samedi 2 août 2025

Que sont poètes devenus 17

 





Je regarde sidéré

Ce qui se détruit sous mes yeux

Ces enfants perdus

À qui pères et mères font défaut

Qui entrent en adolescence

Dans un monde qui se moque d’eux

Qui leur ferme la porte au nez

Mieux même qui les invite

À vivre sous la menace d’une guerre

Pire que toutes les précédentes

Sous la houlette d’hommes

De mâles auto-suffisants

Qui sont prêts à en découdre

Pour leur seule petite gloire


Je regarde sidéré

Ce monde qui se referme

Chacun l’oeil rivé sur ses écrans

Tactiles certes mais destructeurs

Car adversaires d’une pensée autonome

En ce monde là on ne pense plus

On se fait influencer par des coachs

Qui savent mieux que soi

Vers où diriger la vie


Je regarde sidéré

Les bombes échangées

Tandis que sous les décombres

À Gaza la vie s’éteint sans un mot 

Sans une larme de compassion

Mais ha ! Comme ceux qui hier

Se baignaient à une encablure

D’un génocide perpétré en leur nom

Se trouvent malheureux

Sous ce retour terrible 


Je regarde sidéré

Cette si belle terre qui chancelle

Sous les mauvais coups 

Des mauvais larrons

Les ignobles qui au nom

De leur dieu libèrent les monstres

Qui s’expriment en insultes et vomissures

Sur tout ce qui humain bouge encore


Je regarde sidéré

Leurs pitoyables cris de victoire

Qui signe le clip de fin

D’un monde à leur solde

D’où sont exclus les humains

Les vivants parmi les vivants

Qui osent encore croire en autre chose

Que leurs écrans d’esclavage


Je ne sors pas de cette sidération

De vous voir verser tous

Dans l’agressivité d’être privés 

De pensée et de parole

Dépossédés d’une vie digne de ce nom

Par le commerce rutilant

Qui offre chaines brillantes

Aux nouveaux esclaves de l’inhumanité


Pardonnez ma rancoeur



Xavier Lainé

17 juin 2025


vendredi 1 août 2025

Que sont poètes devenus 16

 





Je ne prends pas la parole au nom de

Je ne parle pas pour ou à la place de

C’est déjà bien complexe d’en mon nom

Dire ce que je ressens de ce monde fou


Je ne parle qu’en mon nom

Ne comptez pas sur moi

Pour vous distraire

Pour vous éloigner de votre devoir

Qui est de penser par vous-mêmes


Écrire n’est pas distraction

Lire non plus

C’est prise de position et témoignage

Devant les comédies ou tragédies

Dont notre monde est abreuvé


J’écris

C’est contribution à la marche du monde

Regard posé sur ce qui m’entoure 

Et si souvent me blesse

Lorsqu’humains s’en prennent à d’autres

Lorsqu’en lieu et place de débat serein

Viennent les invectives et les insultes


J’écris

Je fais en sorte d’être lu par qui veut

Même si la forme livre ne semble pas

Trouver vraie place 

Dans un monde littéraire

Plus enclin à la distraction

À l’invitation à regarder ailleurs

Plutôt que faire face à nos responsabilités



Xavier Lainé

16 juin 2025


jeudi 31 juillet 2025

Que sont poètes devenus 15

 





Rien d’étonnant à l’extension des conflits

Puisqu’il n’est pas de jour

Sans qu’au quotidien ne viennent

Violences en tous genres



Xavier Lainé

15 juin 2025


mercredi 30 juillet 2025

Que sont poètes devenus 14

 





Nous voici au bord du gouffre

La guerre pire que la guerre

La guerre sans fin

Qui permet aux inhumains

De se maintenir au pouvoir

Car ils ne connaissent que ce mot 

Ce maudit mot qui gangrène

Le corps de notre humanité commune


Nous voici au bord du gouffre

En notre nom en voici 

Qui soufflent sur les braises allumées

Par les plus fous dans leur ivresse

De pouvoir et de fortune

La mort de l’humanité

Au bout de ce tunnel d’infamie

De mensonge et d’hypocrisie


Nous voici au bord du gouffre

Pour nous faire oublier

Qu’en Palestine les enfants meurent

Avant d’avoir eu le temps de vivre

Ils meurent de faim sur les gravats

Ils meurent sous les décombres

Sous les bombes made in France

Sans un mot de compassion

Sans une indignation 


Nous voici au bord du gouffre

Gouffre d’amertume et de honte

Dont les prémisses remontent

Au temps pas si lointain

Où j’écrivais « La mille et unième nuit c’était hier »



Xavier Lainé

14 juin 2025


mardi 29 juillet 2025

Que sont poètes devenus 13

 





Alors je l’écris parce qu’il le faut

Boualem Samsal est en prison

Et avec lui combien de poètes

Qui ont pour seul tort d’écrire

De dire la vie qui va plutôt mal

En un monde dominé


Alors je l’écris parce qu’il le faut

Je ne jouerai pas à ce jeu pervers

Qui salit les uns partis au secours

D’un peuple sous les bombes

Et voudrait encenser Boualem

Comme si les uns qui s’opposent 

À la domination sioniste

Seraient des criminels

Tandis que l’autre non


Poètes qui de la hauteur de vos livres

De votre liberté en pays pas encore gagné

Par la fange et la répression constante

Qui vous placez du bon côté du monde

Avec le droit bien entendu de demeurer là

Penchés sur la littérature comme alpha

Et oméga de toute culture

Poètes qui oubliez un peu vite

L’histoire qui permet d’être poètes

Libres d’écrire ce qui vous convient

Du moment que vous ne débordez pas

Que vous n’empiétez pas sur la courtoisie 

Que les bourgeois vous imposent

Au nom de leur domination sans faille


Poètes qui entrez dans ce jeu : juste un peu de décence, s’il vous plaît



Xavier Lainé

13 juin 2025