mardi 20 mai 2025

Pas Marché 4

 




À PJ

On peut vivre longtemps sans 

Mais pas sans lumière

Pas sans un ou deux lieux qui

Dans la vie d’une ville rayonnent

Où la parole se fait échange


Où la parole qui se donne 

Se donne et ne se reprend pas

Où les mots pèsent leur poids

Dans la balance des souffrances


On peut vivre longtemps sans

Mais pas sans lumière


Pas sans quelques êtres qui nous montrent

Ce qu’humain pourrait être si

Si nous ne vivions pas sans

Sans leur lumière dans la noirceur du temps


Que ces lieux ferment leur porte

Que les êtres qui en sont la lumière 

Pour ne pas se perdre décident de l’éteindre

Et la ville devient terne et vide


Terne et vide ma ville comme sous l’éclipse

Qui fait de la lumière du soleil une ombre froide


On peut marcher longtemps

Dans le désert de la pensée

Mais quand une oasis se présente

On croit toujours en sa réalité

Pas en son mirage qui pourtant nous supporte



Xavier Lainé

4 avril 2025


lundi 19 mai 2025

Pas Marché 3

 





Que leur importe ta vie

Ils sont devant leur écran

Qui décide pour eux des procédures

Les protocoles sont stricts

Les âmes muettes


Que leur importe la vie

Ils appliquent ce que l’écran leur dicte

Surtout ne pas réfléchir

Ne pas raisonner

Juste appliquer les règles


Qu’importent les injustices

Qu’importent les misères générées

Du moment que la procédure est conforme

Ils l’appliquent sans un regard pour les conséquences

Qu’il ne peuvent voir


Ils sont devant leur écran qui dit vrai

Ils n’écoutent rien de la voix dans l’écouteur

Qui tente de dire un peu ce qu’humain subit

Lorsque règles administratives

S’appliquent sans discernement


L’humain est passé sous la table

Aux oubliettes de l’histoire

La voix se fait cassante 

À la moindre tentative de résistance

Ils opposent les certitudes procédurières


Nous en sommes là de notre déchéance

Les mots creux succèdent aux mots creux

La vie s’étiole



Xavier Lainé

3 avril 2025


dimanche 18 mai 2025

Pas Marché 2

 





Tu savais ne pas avoir à attendre grand chose

Même ayant dépassé de sept années l’âge limite

Avec cinq trimestre de plus que ce qu’il fallait

Tu savais


Mais quand même

On se berce bien vite d’illusions

On se dit qu’enfin on va pouvoir souffler


C’était premier avril et ce n’était pas une blague

Rien

Ou si peu que tu fus heureux de n’avoir pas tout planté là

À moins que


Tes collègues te l’ont souvent répété

Si tu ne t’en sors pas

C’est que tu ne sais pas te débrouiller


Voilà

C’est le printemps qui déchante

Et la blague est un peu lourde


Une jeune voix féminine te laisse entendre

Qu’une fois de plus tu as eu tort

Que ta retraite n’est pas si nécessaire 

Puisque tu travailles


Qu’importe la nécessité pour ne pas sombrer

Qu’importent les gens qui ne sauraient où se faire soigner si


Tu es fautif et la procédure est ainsi

Il faut recalculer trois mois de cotisations avant que

Tu n’avais pas attendu grand chose tu ne fus pas déçu



Xavier Lainé

2 avril 2025


samedi 17 mai 2025

Pas Marché 1

 





C’est un poisson 

Un poison d’avril

Qui se décline 

En incessantes mauvaises surprises


Âge comme trimestres n’y peuvent rien

Il te faudra attendre

La bienveillance des administrations

Pour songer un instant

À prendre du bon temps


Tu le savais

À ce rythme

Ils seront gagnants

T’offrant le luxe 

De mourir peut-être

Sans avoir vu venir

Ce que certains nomment

Retraite



Xavier Lainé

1er avril 2025


vendredi 16 mai 2025

Mâles ruines 31

 





C’est dur constat que le sujet soit si peu abordé.

Il est vrai qu’à s’accoutumer à la domination, on finit par la trouver naturelle.

En faire poème n’est pas si évident.

Surtout lorsque les bombes pleuvent sur un peuple qui ne demande qu’à vivre sur ses terres ancestrales.

La ligue des colonisateurs ne trouve rien à dire.

Du génocide des indiens d’Amérique à la réduction en esclavage des peuples d’Afrique, les dominants ont acquis une sombre expérience.

Avec l’appui du goupillon, les basses oeuvres se poursuivent.

De colons catholiques à colons sionistes, la cordiale entente est en place.

Nul ne trouvera à redire si les repris de justice héritiers des années noires du siècle passé se rendent à Tel-Aviv soutenir les génocidaires.

Nul ne saura que dans le même temps les rues résonnent des cris d’opposition de milliers d’israéliens aux massacres en cours.

Ici on emprisonne et poursuit celles et ceux qui expriment leur désaccord.

Mais peut-être les soutiens médiatiques de la ligue des dominants iront traiter les manifestants d’antisémites.

Les mots ne veulent plus rien dire.


C’est pourquoi il me reste poésie pour encore chanter.

Demain peut-être, une fois mon propos publié, viendront-ils me passer les menottes.

Rien de grave.

« Ils ont voulu nous enterrer, ils ne savaient pas que nous étions des graines ».

De cellules en cellules nous reprendront la chanson des prisonniers grecs sous la dictature des colonels :


Nous sommes deux

Nous sommes deux

Huit heures vont bientôt sonner.

Eteins la lampe, le gardien frappe


Ce soir ils reviendront nous voir.

L’un va devant, l’un va devant

Et les autres suivent derrière

Puis le silence et puis voici

La même chanson qui revient


L’un va devant, l’un va devant

Et les autres suivent derrière

Puis le silence et puis voici

La même chanson qui revient


Il frappe deux

Il frappe trois

Il frappe mille vingt et trois

Tu as mal, toi

Et j’ai mal, moi

Qui de nous deux a le plus mal ?

C’est l’avenir qui le dira


Nous sommes deux

Nous sommes trois

Nous sommes mille vingt et trois

Avec le temps, avec la pluie

Avec le sang qui a séché

Et la douleur qui vit en nous

Qui nous transperce et qui nous cloue


Nous sommes deux

Nous sommes trois


Nous sommes mille vingt et trois

Avec le temps, avec la pluie

Avec le sang qui a séché

Et la douleur qui vit en nous

Qui nous transperce et qui nous cloue


Notre douleur nous guidera

Nous sommes deux

Nous sommes trois

Nous sommes mille vingt et trois


Inlassablement il nous faudra dénoncer la tyrannie des dominants, extraire en nos coeurs mêmes toutes velléités de cet esprit qui assombrit depuis la nuit des temps notre humanité.

Nous devrons lire et relire La Boétie et Bourdieu, Max Weber  et toutes celles et ceux qui se sont penché sur cette question essentielle.

Pour sortir d’un système et en construire un autre, il faut être capable d’en décrypter les racines les plus profondes : domination, racisme, génocide et nettoyage ethnique sont à la source même du système qui continue à en nourrir le flot.

Ce n’est pas seulement question politique, mais aussi poétique car problématique d’humanité.



Xavier Lainé

31 mars 2025