mercredi 30 octobre 2024

Temps étranges 3

 




Ça fait mal

Le bruit d’un monde qui fait naufrage


*


Et puis ce temps qui ne cesse de rétrécir

Te laissant essoufflé sur la grève de vivre


*


Que faire des absences

Comment dire le vide

Décrire l’indicible 

Sinon par un geste de silence

Un point posé sur la page blanche


.



Les doigts parfois se font rageurs

Ils tapent comme des forcenés

Sur le clavier stupide

Au lieu d’écrire en pleins et déliés

Sur les carnets de l’espérance



Xavier Lainé

3 octobre 2024



mardi 29 octobre 2024

Temps étranges 2

 





Nous irons

Tu ne sais pas vers où 

Mais nous irons


Assis au bord du monde

Nos yeux s’ouvriront 

Sur de splendides levers de soleil

Levers d’espérance

Levers de vies palpitantes

Au secret des mousses


Une petite pluie fine

Sur nos visages burinés

Formera lentes rigoles

Comme larmes légères

Pleurant la compagnie des humains

Qui se déchire


La coque éventrée

Nous iront de récifs en récifs

Porteurs d’un message inaudible

En territoire rendu sourd


Nous irons

Sans savoir où poser nos pas

Par les sentiers perdus

Où les âmes éperdues

Errent à la recherche d’elles-mêmes



Xavier Lainé

2 octobre 2024


lundi 28 octobre 2024

Temps étranges 1

 





Rebondir

Tu sais rebondir

Les belles âmes aussi parfois s’éteignent

Qui parlaient de poésie

La sortant de la gangue convenue

Où elle étouffe parfois


Rebondir

Cultiver la mémoire

De ce qui fut d’amour et de beauté

Aux petits matins joyeux de jeunesse passée


*


Tu allumes la radio de bon matin

Rêve de nouvelles fraîches

Elles te reviennent si dures

Que tu te sens lapidé


*


Toujours tu rêves le nez en l’air

Tu traverses les jours comme un somnambule

Peut-être pour ne pas


Peut-être pour ne pas

Te laisser happer ou corrompre

Pour rester amoureux

Contre vents et marées

Tu avances les bras ouverts



Xavier Lainé

1er octobre 2024


dimanche 27 octobre 2024

À vue d'oiseau 30

 




Le bel oiseau s’est envolé

Il a quitté nos rives humaines

Rejoignant ses congénères migrateurs


L’automne est là

Il faut bien s’y résoudre

C’est le coin du feu qui désormais nous attend


D’autres flammes s’élèvent

En tant de lieux où brûle notre humanité commune

Noyée dans le fracas des destructeurs


L’oiseau est parti qui a souligné

Les travers d’une espèce si intelligente

Qu’elle porte en elle-même la capacité de se détruire


Il faudrait pourtant que torpeur estivale s’en aille

Que nous sachions retrouver le chemin de la lutte

Pour que l’histoire reprenne son cours

Construisant un monde meilleur

Où les pires ne cessent de nous enfoncer

Dans l’indifférence et le désespoir


Demain sera un autre jour

Un autre mois

Un autre avenir

Profitons-en pour le prendre en main

Avant d’en être dépourvus



Xavier Lainé

30 septembre 2024



samedi 26 octobre 2024

À vue d'oiseau 29

 





Il ne manquait en ces lieux

Qu’un vitrail brisé dans les hauteurs

Permettent aux volées de moineaux

De s’engouffrer dans la brèche

Et d’envahir la voute 

De leurs chants amoureux


Voilà qui aurait donné aux visions d’apocalypse

Un aspect humanisé


*


Vers où se dirigent les mots

Lorsqu’ils ne sont plus bridés

Par les conventions du « bien écrire »

Ou celles du « bien dire »

Nul n’en sait rien

Ils cheminent d’un pas léger

Se jouent des apocalypses 

Tristement humaines


Les mots délivrés

De la gangue terreuse des conventions

Entrent en résonance des coeurs

Qui n’ont besoin de rien d’autre

Que de cette mise en écho


Êtres de paroles

Apprenez donc à entendre

Goutez donc le plaisir d’écouter



Xavier Lainé

29 septembre 2024


vendredi 25 octobre 2024

À vue d'oiseau 28





 

Oiseaux de papier 

Se déposent par bandes

Sur la reliure du jour

Lire entre les plumes

Le regard exercé

De celui qui note et observe


Oiseaux de papier

Avec écrit en lettres de sang

Toute la tragédie d’un monde

D’où le commun s’est exclu

Convaincu de son impuissance


Oiseaux de papier

Mots déposés en lettres majuscules

Dans l’arbre à palabre

À son pied se déroule

La cérémonie culturelle

Tournant autour d’elle-même


Oiseaux de papier

Mots envolés en cohorte de cris

Tandis qu’ici et là pleuvent

Les bombes et les misères

Sous le joug cynique des corrompus de passage


Oiseaux de papier

De quelle âme faire état

Lorsque les failles et les gouffres amers

S’ouvrent toujours sous nos pas hésitants



Xavier Lainé

28 septembre 2024