jeudi 24 octobre 2024

À vue d'oiseau 27

 




Dans une grande envolée de mots

Les écrivants sont montés sur un podium

Ils dominent de haut la foule

En clamant à voix haute

Ne pas vouloir être placés sur un piédestal

Être voués au culte de la célébrité

Que quelqu’un marmonne un peu fort dans la foule

Quelques mots incompréhensibles

L’écrivant adulé tourne en dérision le blasphème

Sous les applaudissements ravis 

Du public endimanché qui l’écoute 

Comme grand prêtre de la culture spectacle


Le livre s’ouvre et se lit dans le silence

L’écrivant ne devrait pas monter sur scène

Mais se mêler à la foule

Anonyme parmi tant d’autres

Nul ne devrait savoir 

En quels étonnants dialogues 

Il puisera la force de son écriture


Quelque chose cloche dans cet étonnante chose

Que certains nomment « festival  des correspondances »

Sans que nul ne sache très bien 

De quelles correspondances il s’agit

Le mot festival seul est bien choisi

Puisque les gloires littéraires de la rentrée 

Se montrent et sont adulés comme nouveaux dieux

Au ciel des mots qui ne changeront rien

À l’ordinaire délicat de ceux qui ne se sentent pas concernés



Xavier Lainé

27 septembre 2024


mercredi 23 octobre 2024

À vue d'oiseau 26

 




« Pardonne-moi

J’étais parti avec mes migrateurs

Nous avons décidé d’explorer votre monde

(Puisque nous n’y avons guère de place nous dirons que c’est bien le vôtre)

Il nous fallait explorer d’autres rives

Nous faire une idée de ce dont votre humanité serait capable

Si en quelqu’endroit elle aurait encore forme humaine


Nous sommes revenus très étonnés de nos découvertes

Dans votre monde

Les gens de bonne intention sont très nombreux bien plus nombreux qu’il n’y paraît

Mais c’est un paradoxe

Que les imbéciles assoiffés d’argent et de pouvoir qui sont si peu parmi vous se trouvent partout aux commandes

Arrivent à s’y maintenir contre la volonté de tous au mépris de vos soifs de justice et de paix


Dans notre monde nous avons bien plus de respect de nous-mêmes

Si l’un d’entre nous empiète sur la vie des autres

Nous l’isolons pour que notre communauté n’en souffre pas

Tandis que vous avez une forme très masochistes de vivre

Qui vous incite à donner pouvoir aux pires d’entre vous

Que vous soyez incapables d’organiser collectivement vos défenses

Pour vous prémunir de ces horribles personnages

Qui n’hésitent pas

Au nom de leur fortune

À tuer piller saigner à blanc votre « civilisation »

À mettre en péril notre planète commune »



Xavier Lainé

26 septembre 2024


mardi 22 octobre 2024

À vue d'oiseau 25

 





Agressif(ve)

L’oeil rivé sur l’écran plat

Tu suis l’éventail des séries

L’oeil vide tu regardes 

Des vidéos sans queue ni tête


Agressif(ve)

Tu déverses la bile de ta mal vie

Sur tout ce qui bouge autour de toi

Tu ne sais plus l’amour à ta portée

Qui n’attend qu’un geste

Un élan qui ne vient jamais


Agressif(ve)

Plus rien ne trouve grâce

Sous le rouleau compresseur

Des médias payés pour te laver le cerveau

Et le vendre au plus offrant

Dans les temps du commerce 

Où tu vas pieusement

Vider le peu d’oseille qui te reste


Agressif(ve)

Tu voudrais le monde à ta botte

Disponible au doigt et à l’oeil

Pour satisfaire tes moindres caprices

D’enfant gâté parfois attardé

Tu imagines un monde tournant autour de toi

Tu ne comprends pas qu’il n’en soit pas ainsi

Alors tu déverses ta bile sur tout ce qui bouge 



Xavier Lainé

25 septembre 2024


lundi 21 octobre 2024

À vue d'oiseau 24

 





Tu rejoins le club très sélect des « aquoibonnistes »

Ces gens qui traversent temps et misères

La tête bien droite au-dessus des épaules

Le buste arrogant de ceux à qui « on ne la fait pas »


Misère croissante ?

Que nenni

Ils traversent

Dans ou hors des clous

Le monde est à leur botte

Et tourne comme un fou qu’il devient

Autour de leur minuscule personne


Tu ne rejoins pas

Tu en es très souvent malgré toi


*


Je n’en suis pas

Je n’en reviens pas

Je n’irai pas

Je ne veux pas

Être de cette engeance


Je n’ai rien à vendre

Rien à gagner

Tout à perdre

Mais que m’importe

Sinon ton soupir d’aise entre mes deux mains attentives

Ton sourire esquissé entre deux lèvres amoureuses (ou presque)



Xavier Lainé

24 septembre 2024 (2)


dimanche 20 octobre 2024

À vue d'oiseau 23

 





Alors parfois me lève et me dit qu’à quoi bon écrire encore ?

Ressasser les mêmes antiennes éculées, me fatiguer à chercher les mots coups de poings rageurs qui réveilleraient des torpeurs.

À quoi bon encore ?


Regardez : il y a ceux qui ont droit à

La parole

L’écriture

Ceux qui pérorent à la face des médias

Ceux dont l’art est reconnu 

Et puis les autres

Ceux qui ne sont rien

Ceux tout juste bons à se taire

Qu’on regarde de haut 

Lorsque dans une arrogance insupportable à la bourgeoisie

Ils tentent de se hisser non au sommet de leur art

Mais tout simplement de jouer des coudes

De se faire une toute petite place 

Un parmi les humbles

Mais existant.


Existant :

Combien ne sont qu’ombre en ce monde dominé ?

Combien qui chaque jour tentent de respirer

De survivre encore un jour

Sans trop savoir pourquoi

Car chaque lendemain les écrase un peu plus

Que dire et qu’écrire qui soit audible et lisible

Qui ne suscite point petit sourire de commisération

Aux lèvres de tristes bourgeois sûrs de leur réussite ?



Xavier Lainé

24 septembre 2024 (1)


samedi 19 octobre 2024

À vue d'oiseau 22

 





J’ai rêvé qu’avec ton talent d’observation tu trouverais bien une manière de faire et de dire

Une manière de faire respecter ce qui ne l’est pas

Une manière aussi de chuchoter des mots d’amour aux oreilles de ceux qui ne veulent pas entendre

Une façon d’inviter à la paix alors qu’elle est sans cesse compromise


Avant de t’évanouir dans l’automne

Tu m’avais dit ton chagrin devant le triste spectacle 

Que nous autres humains donnons aux vivants qui nous sont si proches

Car issus de cette même terre qu’une poignée de fanatique sacrifient

Et nous avons pleuré de concert car ma souffrance était la même que la tienne


Il semble que ce soit chose inconcevable sans être accusé de « sensiblerie » que de dire souffrir autant que les vivants qui m’entourent

L’invitation est toujours à regarder ailleurs que là où nous mènent nos erreurs

Qu’il suffirait de regarder un beau coucher de soleil pour être rassuré

Il n’en est rien


Comment saurais-je me faire pardonner de sentir ainsi ce qui cause notre perte

Comment de partout ce que je regarde et que toi, l’oiseau multicolore anthropologue tu m’invitais à observer

Ce naufrage assuré si nous restons de marbre devant les cataclysmes qui se succèdent

Orage par ici

Coulées de boue ailleurs

Noyés par milliers sans que rien ne change aux causes de leur fuite



Xavier Lainé

23 septembre 2024