lundi 2 septembre 2024

Résistance(s) 7

 





Mais peut-être finalement

Laisser le silence gagner

Et attendre puisqu’ainsi vont les choses

Qu’on attend sans savoir quoi

Mais on attend comme si

Comme si le monde allait changer 

Sous le coup de baguette magique

D’un somptueux homme providentiel

(Car bien sur le providentiel 

Est toujours du sexe masculin)


Mais peut-être finalement

Laisser les mots sur le quai

Attendre avec bagages à bout de bras

L’hypothétique transport

Vers un futur moins sombre

Un avenir moins tyrannique


Mais voici que le train risque fort

De ne pas passer

Te laissant là

Tes valises de mots à bout de bras

Le coeur sanglant devant les tragédies

Incapable d’inventer le poème

Qui ferait jaillir de cette tourbe

L’embryon d’une espérance

Qui enfin ne serait vaine



Xavier Lainé

7 août 2024


dimanche 1 septembre 2024

Résistance(s) 6

 





Ce qu’il faudrait appeler résister

Ne serait pas se durcir jusqu’à devenir de marbre

Résister ce serait au contraire

Se montrer si plastique qu’en face

Ils ne cesseraient de se heurter à un mur mou

Nous ferions le pari de leur fatigue

De leur usure à trop nous presser par la leur


Ce qu’il faudrait appeler résister

Ce serait échapper à la folie des contraintes

Qui n’ont aucune justification

Sinon nous rendre esclaves de leurs désirs

Tandis que les nôtres passeraient aux oubliettes


*


Résister ce serait vivre

Vivre pleinement

Non dans la formule étriquée

Qui nous est imposée


Trouver un chemin de désobéissance 

D’insoumission apaisée

Ouverte sur l’infinie variété des vies


*


En fait tu ne cesses de t’égarer

Tu erres au hasard des ondes

Tu en reviens toujours affligé



Xavier Lainé

6 août 2024


samedi 31 août 2024

Résistance(s) 5

 





Alors tu serres les poings de tes mots

Tu en aiguises le tranchant

Espérant qu’en cette révolte

Quelqu’un ou une saurait trouver

Trouver réconfort et pouvoir de résister


Alors tu serres les poings sur tes mots

Pour les lancer plus fort à la gueule du monde

Pour que puissent s’y cramponner

Les victimes incessantes sacrifiées

Sur l’autel des profits aveuglés de pouvoir


Alors tu serres les poings sur ta vie

Tu cognes sur la table des tranquillité

Tu rêves même de cogner encore plus fort

Pour réveiller les ultimes consciences

Capables encore de cultiver révolte


Alors tu serres les poings jusqu’au sang

Les traîtres au genre humain se terrent

Ils ne se montrent jamais parmi les vivants

Ils sont derrière leurs paravents de fortune

Se croient protégés tandis que peuples meurent


Alors tu serres les poings vers le ciel

De tes pieds tu bottes dans la fourmilière

Insensée fourmilière silencieuse et muette

Où grouillent les naufragés du temps

Convaincus de leur impuissance irréelle



Xavier Lainé

5 août 2024


vendredi 30 août 2024

Résistance(s) 4

 





Ce serait si facile

De fermer les yeux

Tandis que le bruit des bombes

Ne cesse de se rapprocher

Que lentement

Le monde s’en va sombrant

Dans la folie d’une poignée

D’omo démens ivres de pouvoir et d’argent


Ce serait si facile

De se taire

D’accepter comme fatalité

La dérive de toute humanité

Vers les récifs de sa bestialité


Mais


Toujours tu vois les regards implorants

D’amis ici et là

Parfois si loin de tes rives

De relative paix


Comment fermer les yeux

Ne pas écouter et entendre

Leurs suppliques pour ne pas être enterrés

Sous la désastreuse dérive


Ne pas céder c’est ta devise

Sempiternel mantra qui te tient vivant

Debout parmi les fumées et les cris



Xavier Lainé

4 août 2024


jeudi 29 août 2024

Résistance(s) 3

 





En fait tu ne devrais pas

Écrire ces choses sans intérêt

Qui ne concernent personne

Puisque tout le monde semble s’en moquer

L’essentiel était ailleurs

Dans les courses du samedi et des autres jours

Dans les pouces qui s’agitent sur écrans tactiles

En des réseaux sans âme où s’épanchent molles révolutions

Tristes résolutions


En fait tu ne devrais pas écrire un seul mot

À regarder le monde tel qu’il va ou pas

Qu’importe au fond qu’il se perde

Guidé par mauvais bergers

Dans les gouffres amers d’une planète exsangue


Tu ne devais pas te poser en résistant

Quand à l’égal des pouces sur les réseaux prétendus sociaux

Tu ne fait qu’aligner des mots comme maigres protestations

Tes mains ne soulèvent aucun pavé

Ton corps lentement s’enfonce dans la vieillesse

Tu as très souvent rêvé qu’il puisse être autrement

Alors à ta façon de vivre tu tentais de ne pas t’y soumettre

Mais qu’est-ce qu’une façon de vivre 

Quand il faudrait que par milliers 

Nous clamions notre refus d’obtempérer

Aux ordres qui créent la tragédie


Tu ne devrais pas

Pourtant tu t’y colles chaque jour



Xavier Lainé

3 août 2024


mercredi 28 août 2024

Résistance(s) 2

 




C’est vivre sans cesse en porte-à-faux d’un système qui n’aime que la conformité.

Toujours hors.

Hors sujet, hors propos, hors amour.

Sans doute est-ce détestable d’être qui tu es, avec tes lèvres qui toujours protestent.

Certes il existe en ce monde, des natures aimables.

Elles ont noms d’arbres, d’herbes, de fleurs, d’animaux et d’oiseaux.

Tandis que, parmi les humains, tu te demandes toujours où est ta place.

Lorsque tu parles, que tu dis l’histoire vécue, traversée, tu vois les regards ébahis de ne pas savoir.


Pourtant…

Pourtant tu dois bien ne pas être le seul à avoir pris le retour de bâton pour avoir manifesté.


C’était un jour de mai.

Le catholicisme familial imposait de faire une « communion solennelle » en aube blanche et cierge à la main.

Tu n’imaginais même pas que refus serait envisageable.

Ce soir là, la famille catastrophée écoutait le poste : la Bourse brûlait et les barricades se formaient un peu partout.

La famille semblait avoir perdu quelque chose d’important dans ce feu répandu.

Toi, tu ne disais mot, mais tu pensais que, décidément, l’histoire parfois use de symboles imperceptibles à l’attention des adultes.

Le lendemain, tu allas rejoindre les prêtres ouvriers qui faisaient collectes pour les grévistes.

C’était pas bien vu, mais tu y étais bien plus à l’aise qu’à la table familiale aux mines compassées.



Xavier Lainé

2 août 2023