lundi 19 août 2024

Chroniques d’un désastre annoncé 24

 





Mauvais joueurs sont les destructeurs

Ils ne tolèrent rien hors de leur pré carré

Ils ont l’âme mauvaise des dictateurs


*


C’est sûr

C’est dur

De prendre le risque d’être contredit

De ne pas pouvoir jouer avec la vie des gens

De ne pas voir tous ses caprices satisfaits

Au risque d’une explosion planétaire

Pauvres immatures dont le seul horizon

Se limite à la cotation en bourse

D’usures mal acquises


Drôle de retournement des choses

Qui a conduit de la condamnation aux enfers

Des usuriers et de ceux qui avaient recours à leurs services

À leur mise en avant comme dieux d’une religion

Dont le veau d’or est le Graal

Drôle de retournement

Du culte de dieux invisibles

À cet argent qui contamine tout

De sa pandémie de cynisme et de corruption


C’est sûr 

C’est dur

De tomber du saint siège

Où des innocents vous placent en haut d’une affiche

C’est dur le nez dans le ruisseau sans rien savoir de Rousseau

Ou le cul par terre sans rien connaître de Voltaire

Quand à Hugo, ce chantre des miséreux

Qu’il soit voué aux gémonies médiatiques

Avec son copain Zola 

Ils sont durs 

Ces mots depuis si longtemps lus et relus

Qui résistent aux sons de cloches de sales profits

Qui contestent par delà les siècles

Le pouvoir mal acquis des bonimenteurs de la politique spectacle


Debout damnés de la terre

Il est l’heure du réveil

De ne plus laisser les dominants accaparer les terres

Mettre la main sur l’eau l’air et le feu

De ne plus leur livrer nos vies 

Sur l’échiquier de leurs basses besognes


Debout damnés de la terre

Nos vies valent plus que leurs dividendes

Nos vies ne sont pas à leur service

Il est l’heure de vous réveiller

D’en finir avec les vieilles soumissions

Qui mènent toujours au désastre

Dont ils sont capables

Les pleutres

De tirer d’infinis profits



Xavier Lainé

24 juillet 2024


dimanche 18 août 2024

Chroniques d’un désastre annoncé 23

 





Il faudrait

Te couper du monde

Ne plus rien voir

Du désastre en cours

De ces images qui circulent

D’où l’humain a déserté

Ou demeure parqué

Comme bétail ou animal de zoo

Derrière des grilles

Pour lui interdire

De marcher dans les zones réservées

À l’élite qui paye sa place

Pour parader sous l’oeil des caméras

Aux jeux du tous perdants

Parodie de célébration

Qui cultive la gloire des gagnants

Dans un monde où nous sommes tous

VAINCUS


Il faudrait retourner 

Aux vallées perdues

Où l’air se fait léger et pur

Où courent dans l’herbe folle

Les espèces en voie de disparition

Puisque l’humain grandiose

Ne sait désormais qu’ensemencer du désastre

Où la vie autrefois se faisait belle

Pour briller dans l’univers froid

Où aucun calcul d’intérêts

Ne saurait être fécond


*


Alors tu t’arrêtes et tu ouvres les bras

Te voilà comme un sémaphore

Perché au-dessus de la mer des désastres


Tu ouvres tes bras immenses comme deux ailes

Les années passant tu te sens lourd et ne peux t’envoler

Tu attends que les tendres souvenirs te rejoignent


Les yeux fermés sur tes lacs intérieurs

Tu sens les douces effluves de qui sait aimer

Qui sait se laisser blottir au coeur de la tendresse


Pour un instant au moins dans un murmure blessé

L’océan des désastres se retire au plus loin

C’est toute la force de l’amour que d’en suspendre la rage


Privilège de l’âge tu remets les amarres et te laisse guider

Par le flot des baisers d’où jaillit le chant des sirènes

Privilège de l’âge tu décides de les suivre jusqu’au bout de la vie


*


Que dit ton inconscient qui te fais ouvrir les bras

Partir à l’aventure de la tendresse

Plongeant avec délice dans l’inconnu

Comme pour fuir un monde réel qui t’accable


Il cause le bougre il cause fort il hurle

Il te plante le couteau de l’amour meurtri

Dans le coeur déjà bien en peine de vivre sombre époque

Il est cette musique qui psalmodie en toi l’abandon 



Xavier Lainé

23 juillet 2024


samedi 17 août 2024

Chroniques d’un désastre annoncé 22

 





Retrouver la légèreté d’antan

Renouer avec le jeux des mots

Du vocabulaire posé sur les choses

Qui change le regard qui s’y dépose


Faire à nouveau des mots filet d’espérance

Dans un contexte où le désastre s’étend

Ne pas céder d’un pouce le terrain aux imbéciles


*


Il te faudrait pour ça du repos

Enfin ce moment où dormir

Entre deux pages

Entre deux heures

Entre deux mots


Mais cette lave qui jaillit toujours

Qui te pousse à cette révolte en dedans

Qui ne te laisse pas de place pour la tendresse

Pas le temps

Pas le goût


Tu mets un pieds devant l’autre

Quand le sommeil te prend c’est par surprise

Qui te laisse au milieu du gué

Avec sentiment d’épuisement


Tu mets un pied devant l’autre

Si le chemin monte tu souffles comme un boeuf



Xavier Lainé

22 juillet 2024


vendredi 16 août 2024

Chroniques d’un désastre annoncé 21

 





Pourquoi demeurer ici quand tu pourrais être ailleurs

Comment assumer ce que la vie t’a appris

Que ta seule satisfaction peut mettre en péril la vie des autres

Que seul la vie n’a pas le même goût

Qu’à vouloir t’en sortir dans la solitude

Tu contribues sans le vouloir au désastre en cours


Pourquoi demeurer jusqu’aux limites de ta patience

Sinon en tirant les leçons d’une vie

Dont il te reste bien moins à vivre

Que ce qui a déjà été vécu


Bien sûr l’amour qui vient et puis s’en va

Qui change de forme lorsque le désir n’est plus au rendez-vous

Que l’épreuve de vivre le rend parcimonieux


On s’y heurte aux récifs acérés

On avance encore avec la coque éventrée

Mais

C’est de vivre qu’il s’agit

Donc de construire toujours

Construire


Dans le désastre annoncé

Ce que la patience t’apprends

C’est à ne rien démolir 

Juste ajouter une pierre

Au défi de vivre

Dans un monde en proie justement 

À la destruction


*


Aux nuées noires zébrées d’éclairs

Succède étrange lumière

Les temps sont durs pour la planète

Mais


Mais on fait comme si

On fait comme ça

On fait la queue pour avoir une place

Au soleil des vedettes de l’industrie culturelle


Le monde ne peut qu’aller en folie désastreuse

Puisque humains ne sont plus que troupeaux

Dirigés de mains magistrales

Vers un hypothétique destin 

Parsemé de récifs et d’écueils



Xavier Lainé

21 juillet 2024