jeudi 15 août 2024

Chroniques d’un désastre annoncé 20

 





Ils sont naïfs ou débiles

Difficile à dire mais


Mais à confier notre sort d’humains

À des machines fabriquées par icelui

Voilà qui devrait depuis fort longtemps

Nous alerter sur le désastre à venir


Ils sont naïfs ou débiles

Difficile à dire mais


Mais à tout mettre en ligne

Un jour de gros poissons

C’est le fil qui rompt

Et te laisse devant la page coite


Ils sont naïfs ou débiles

Difficile à dire mais


Mais regardez donc la panne

Celle qui paralyse tout 

Celle qui suscite la colère des usagers

Esclaves soumis aux règles du « marché »


Ils sont naïfs ou débiles

Le choix est délicat


Et le pire n’est pas encore arrivé

Le désastre s’il est en cours`

N’en est qu’à ses balbutiements

Ils iront jusqu’au bout


*


Dès lors

Même si le désastre nous colle aux basques

Qu’il est comme glu limitant notre liberté

Rien ne saurait arrêter nos mots

Qui se font graine d’ivraie

Pour ensemencer leur terre

Repousser la désertification des coeurs

Se font douce pluie 

Pour arroser les fragiles pousses d’amour

Qui ici et là s’aventurent à germer

Sous le soleil de notre patience infinie


Dès lors 

Je ne cesserai d’ouvrir mes bras

De semer mots graines 

Mots baisers jusqu’à submerger de larmes de bonheur

La stupide pourriture de leurs tragiques exclusions

Car nous sommes humains

Ne leur en déplaise

Humains égaux devant la vie

Nos valeurs certes ne sont pas cotées

En leurs corbeilles boursières désastreuses

Nos valeurs vont à l’unisson des coeurs

À l’unisson des douces étreintes

Sous les feuillages délicats de nos pensées vagabondes



Xavier Lainé

20 juillet 2024


mercredi 14 août 2024

Chroniques d’un désastre annoncé 19

 




Car en terre désastreuse il faut être conforme

Se conformer à

Ne pas se distinguer du troupeau

Obéir aux injonctions contradictoires

Sortir son pass son QR code sa pièce d’identité

Faire partie des gens digne de confiance

Dont les pensées s’alignent sur celles

Médiatiquement correctes


Tu te tais

De plus en plus tu te tais

Le désastre gagne du terrain

Sous l’oeil de plus en plus ardent

D’un astre solaire sans pitié

Comme sont sans pitié ceux qui usurpent tous pouvoirs

Afin de satisfaire aux exigences des corrompus


Tu te tais

Tu observes le ver dans le fruit

Qui lentement ronge l’ultime pitance

Des migrants en partance pour le naufrage


Tu te tais

Tu écris encore quelque chose 

Qui n’a plus rien de poétique

Car comment trouver un chemin de beauté

Quand au sein même de l’humanité

Laideur et bêtise sont les avatars encensés 


Tu te tais

Tu écris pour ne pas te dissoudre

Dans le flot boueux du désastre en cours


*


Le désastre est d’autant plus épuisant

Que tu sais la beauté et la grâce

Parfois elle surgit sur ton chemin

Elle se jette avec un soupir

Entre tes bras ouverts

Puis s’envole avec un sourire énigmatique


Tu connais ces moments d’espérance

Où la vie se fait légère danse

Lorsque coeur et respiration vont du même pas

Lorsque les mots qui remuent en toi

Se font hymne à l’humanité retrouvée


C’est le contraste entre cette beauté radieuse

Et le monde glauque qui te saute au visage

À travers médias et journaux qui s’en repaissent

Qui est à l’origine de cette douleur


Si brefs les instants de grâce

Qui s’immiscent jusque dans ton sommeil

Si éphémères

Tandis que viennent entre tes mains tant de souffrances

Ne te laissant que fort peu de temps

Pour souffler et trouver repos


C’est une course contre la montre

Pour seulement un tendre et si frêle baiser

Qui te laisse devant l’immensité du désastre

Où tant pataugent en espérant de ta main une rédemption



Xavier Lainé

19 juillet 2024


lundi 12 août 2024

Chroniques d’un désastre annoncé 18

 





Chaque jour un peu sonné

Un peu groggy

Un peu plus las


Ce qui manque d’élan en terre dévastée

En bruit de roues qui ne suffisent plus

À couvrir le bruit des bottes qui monte


Chaque jour un peu sonné

Un peu groggy

Un peu plus las


Ce qui manque de tendresse pour respirer

Ce qui manque de bras ouverts pour sourire

Alors que malgré ciel bleu nuées s’amoncellent


Chaque jour un peu sonné

Un peu groggy

Un peu plus las


Mais peut-être ce qui fut perdu

Qui laisse comme une plaie ouverte

Au coeur même de la vie 


Chaque jour un peu sonné

Un peu groggy

Un peu plus las


Tu tournes ton visage vers le ciel

En implore la grâce inaccessible


*


Ce désastre qui t’accable

Ce vide qui l’accompagne

Dont tu ne sais comment sortir

Sinon par une infinie tendresse

Un amour pour l’humain

Qui semble endormi


Tu ouvres les vannes

Tu t’emportes parfois

On te dis ce que tu devrais être

« C’est pour ton bien »

Qu’ils disent

Tu ouvres les vannes

Tu sais la vie si fragile

Si l’amour n’y fait son nid


À défaut le désastre s’empare

De tes jours et de tes nuits

Tu sais ta vie suspendue

À des décisions qui ne t’appartiennent

Tu regardes ta vie suspendue

Au cynisme et à l’arbitraire


Parfois tu ouvres tes bras

Tu ne demandes pas à être jugé sur ce que tu es

Tu voudrais juste pouvoir respirer sans gêner personne

Alors tu prends des gants

Tu t’excuses d’être parfois un peu trop lourd peut-être

On te dis que tu te rends victime

Dans un jugement péremptoire

Tu tentes seulement de vivre selon tes propres désirs



Xavier Lainé

18 juillet 2024