mercredi 7 août 2024

Chroniques d’un désastre annoncé 13

 





Tu ne sais pas

Tu ne sais plus

Comment sortir tes pensées

De cet amoncellement de gravats

Éparpillés de par le monde


Tu ne sais pas

Tu ne sais plus

Comment qualifier encore

Les actes de barbarie

Les grandes et les petites violences


Tu ne sais pas

Tu ne sais plus

Comment répondre

À celles et ceux qui t’accusent

De n’écrire que chansons tristes


Tu ne sais pas

Tu ne sais plus

Comment éviter

Que le bruit des bombes

Les cris de misères ne viennent te réveiller


Tu ne sais pas

Tu ne sais plus

En quels refuges déposer

Ton coeur qui a soif

D’un monde d’amour et de paix


On te dit que c’est inaccessible

Tu persistes et signe


*


De quoi saurais-tu te faire l’interprète

Devant les visages fermés

Les regards tourmentés

Les démarches hagardes

Croisées sur les chemins du marché


De quoi saurais-tu te faire l’interprète

Devant les tenues froissées

Les sacs mal ficelés sur maigre bagage

Les dos voûtés par la vie

Qui ne cesse de subir l’outrage


De quoi saurais-tu te faire l’interprète

Devant les langues qui disent

La solitude et la souffrance

D’avoir trop tenté la traversée

D’un monde si peu taillé pour l’humain


Dès lors tu contemples

Au fil des pages

Le désastre qui avance

Avec en arrière plan

Le mufle brun si longtemps combattu


Parmi ceux que tu croises

Tu sais désormais qu’il en est

Qui ont placé leur confiance

En cette impasse



Xavier Lainé

13 juillet 2024


mardi 6 août 2024

Chroniques d’un désastre annoncé 12

 





Ils sont dans le refus

Ça tombe bien

Nous aussi


C’est pourquoi d’ailleurs

Voter à un sens

On peut refuser de s’exprimer

On peut aussi en faire usage

Pour empêcher leur désastre


*


Pas le temps de souffler

Pas le temps de prendre distance

Pas le temps de réfléchir


Alors on dit et écrit des bêtises

Puis on crie parce qu’elles se retournent

Qu’elles sont retournées

En discrédit toujours orienté

Contre les plus faibles et les plus fragiles


C’est ce qu’il faut pour se maintenir

Coûte que coûte

« Quoi qu’il en coûte »

Dirait le fat

T’empêcher de réfléchir

Te bousculer jusqu’à ce que tu dises

Quelque sottise à retourner comme gant

Retour à l’envoyeur



Xavier Lainé

12 juillet 2024


lundi 5 août 2024

Chroniques d’un désastre annoncé 11

 





Ils portent le désastre comme la nuée porte l’orage

Juste une petite correction à l’oeuvre de Jaurès

Mais comment faire autrement

Quand l’objectif est bien de détruire

Pour tirer profits de la destruction


Quand donc

Humains

Prendrons-nous le taureau par les cornes

Quand donc 

Humains

Ouvrirons-nous les yeux


À l’horizon chimérique de l’argent 

Ne se profile que misère et ruine


*


Mais bien sûr

Tu appliques ton devoir de poésie

Tu ne te vautres pas

Dans la marée brune du désastre

Tu t’accroches comme tu peux

À quelques éphémères sentiments amoureux

Mais quand ils pointent leur nez

La vie se fait plus légère

Sauf que


Éphémères sont

Éphémères restent

Légères bouées où t’accrocher

Pour ne pas suivre en son naufrage

Le monde des ivrognes assoiffés de pouvoir


*


C’est l’ultime branche

Le dernier port


Tu regardes le monde vaciller

Sous les mauvais coups 

D’un dieu côté en bourse


C’est l’ultime branche

Ton dernier port


L’âge n’y change rien

Tu tends les mains

Tu t’accroches à l’amour


C’est l’ultime branche

Ton dernier port


Sans attaches mais avec amour

Tu déambules parmi les ombres

Parmi les visages fermés 


C’est l’ultime branche

Ton dernier port


Tu laisses briller dans tes yeux

La lumière de l’amour

Pour vivre encore tant que souffle te guide



Xavier Lainé

11 juillet 2024


dimanche 4 août 2024

Chroniques d’un désastre annoncé 10

 





Même au beau milieu du désastre

Garder la main tendue

Pour que toi

Et puis toi

Qui vous perdez

Qui vous noyez

Qui ne savez à quelle branche vous accrocher

Sachiez que quelque part quelqu’un vous attend


Même au beau milieu du désastre

Garder la porte ouverte

Comme ultime outil

Pour éviter que se répande

La gangrène brune qui veille

Qui attend son heure


Même au beau milieu du désastre

Rester coeur ouvert à l’amour

Celui qui saigne dans la violence

Qui sort meurtri des épreuves

Qui cherche son chemin 

Parmi les buissons d’épine

D’une terre desséchée



Xavier Lainé

10 juillet 2024