mardi 5 septembre 2023

Un été sur la Terre 12

 



XL-Un été sur la Terre




Un jour d’été parfois se termine bien : les dissolutions d’hier se trouvent suspendues au grand dam des tyrannies.

Les tyrannies se portent bien : elles engrangent les bénéfices du chaos.

La ruine des uns fait la fortune des autres.

Comme le saumon, l’argent ruissèle mais de bas en haut du système.

Nager donc à contre-courant devrait être la règle.

Puisque le courant nous emporte si loin de la vie.


*


C’est un jour d’été sur la Terre.

Une chaleur accablante plombe les places.

Les rues étroites gardent encore un peu de fraîcheur.

Savoirs anciens qui savaient préserver le frais en toutes saisons.


Je m’égare auprès d’un stand, dans la rue.

Une académie locale de chercheurs en histoire, férus de patrimoine.

Savez-vous qu’Apollinaire a dédicacé son Bestiaire à Elémir Bourges ?

Que savez-vous de lui, de son histoire.


Il est né ici, qu’ils disent, mais n’y a pas resté.

Et de toutes les façons, aujourd’hui il serait en prison pour son racisme et son antisémitisme, qu’ils ajoutent.

Bon, si tous les racistes et les antisémites d’aujourd’hui étaient en prison, ça se saurait et ça nous soulagerait l’esprit.

Encore un peu, ils demanderaient de débaptiser le boulevard à son nom.


Je ne saurai rien de plus de ce côté là.

L’été sur cette Terre est de plomb et les esprits gourds.



Xavier Lainé

12 août 2023


lundi 4 septembre 2023

Un été sur la Terre 11

 



XL-Un été sur la Terre



J’ai vécu un temps Boulevard Elémir Bourges.

Sans trop me préoccuper de qui était cet homme surgi de nulle part dans mon existence lacérée.

Je ne cherchais pas, cet été là comme les suivants à connaître ce qui le rendit célèbre en ma ville morte.

Je ne cherchais pas.

J’avais bien d’autres soucis dont celui de me reconstruire une existence déjà bien mal partie.


J’ai vaguement appris par la suite qu’il fut écrivain né ici.

Il ne restait visiblement de lui que son nom sur un boulevard assommé de soleil, malgré l’ombre des platanes.


Les étés passent, les livres s’accumulent, je ne suis plus sur ce boulevard.

Aucun boulevard ne s’est d’ailleurs jamais ouvert devant mes pas.

Je vis donc en ermite parmi mes livres.

Je suis « une moule » accrochée au rocher de ma quête intellectuelle autodidacte.

Qu’on vienne me dire que je ne dois pas lire un tel ou un autre au prétexte de la complexité de sa pensée ou de son écriture ne m’impressionne guère.

Je lis.


Je lis et je relis.

Alcools, d’Apollinaire, par exemple.

Un détail accroche mon oeil, en exergue de son Bestiaire orphique : « à Elémir Bourges », célèbre inconnu dans ma ville vouée à la mémoire d’un seul et unique écrivain.

Il ne m’en fallait pas plus pour éveiller ma curiosité estivale.

Mes recherches à ce stade font choux blanc : même pas sur de pouvoir encore trouver des ouvrages de ce pauvre Elémir oublié à l’ombre de l’écrivain du Paraïs.

La montée des vraies richesses littéraires risque d’être longue et hasardeuse.

Mais l’été n’est pas fini.


*


L’été n’est pas fini

La lumière focalisée sur les uns

Crée une ombre intolérable sur les autres

La bourgeoisie adule les uns

Méprise les autres


Une ville aux mains des sinistres

Finit de ce fait sinistrée


*


« Une démocratie est particulièrement en danger lorsque ses systèmes de médias se retrouvent aux mains des tyrannies privées. C’est un gigantesque système, bâti avec des fonds publics. » Noam Chomsky, Raison & liberté


L’été sur Terre est celui de tous les dangers

Ici les tyrannies privées s’approprient toute la sphère médiatique.

Ailleurs on assassine froidement un candidat aux élections.

Tout prêt on manipule la menace nucléaire histoire d’enfoncer dans les têtes l ‘immobilisme de la peur.


Seule la poésie me permet encore de garder la tête hors de ce marécage nauséabond.



Xavier Lainé

11 août 2023


dimanche 3 septembre 2023

Visiteur du samedi

 



XL-Visiteur du samedi





Il est venu jusqu’au bout de la branche.

Il est resté là, observant les humains que nous sommes, attablés derrière la vitre.

Un peu surpris de sa témérité, il s’en est vite retourné derrière une branche, se croyant invisible.

Il tenait entre ses pattes une noisette longuement dégustée.

Il fallait attendre qu’il finisse son repas.


Nous savons depuis sa visite si peu discrète comment un tiroir sur la terrasse s’est retrouvé rempli de coques de noisettes brisées.

Le garde manger du visiteur du samedi était là, sous notre nez.



Xavier Lainé

3 septembre 2023

Un été sur la Terre 10

 



XL-Un été sur la Terre



L’été se vit à l’ombre

À l’ombre des murs 

À l’ombre des pergolas

À l’ombre des moucharabieh

À l’ombre des ruelles

À l’ombre des andrones


Mais


À l’ombre


*


L’été

C’est comme la vie

On aimerait pouvoir la vivre

À l’ombre de la beauté

Au frais de la tendresse


Non 


Je n’ai pas dit

Aux frais de la tendresse

Bande de mercantiles


*


Puisqu’il ne reste plus que ça

Je plonge dans l’océan des souvenirs

Histoire de me rafraîchir la mémoire



Xavier Lainé

10 août 2023


samedi 2 septembre 2023

Un été sur la Terre 9

 



XL-Un été sur la Terre



Vivre sur Terre en été

Rien à voir avec l’esprit vacances

L’esprit vacant

D’avoir tant travaillé

Pour en arriver là

Privé


Comme les propriétés

Chacun se retrouve privé

Privé de sortie comme de dessert


*


Je prends la route

Je ne connais aucune frontière 

Sur mon chemin de longue errance

Je suis toujours de la diaspora des humains

Libre comme l’air que je respire encore

Mais jusqu’à quand


*


J’ai quitté dans l’ardeur de midi

Un rare lieu d’humanité


Je reprends la route

L’humanité ne souffre aucun lieu

Où l’enfermer



Xavier Lainé

9 août 2023


vendredi 1 septembre 2023

Un été sur la Terre 8

 



XL-Un été sur la Terre



Je vis comme je pense

Ou je pense comme je vis

C’est mon premier acte de résistance

Ne rien concéder 

N’accepter aucun compromis

Qui remette en cause fondamentalement

Le fait que

Je vis comme je pense

Ou je pense comme je vis


Héritier d’une diaspora

Non inféodée à une quelconque obédience

Dans le secret de mon antre poétique

Je lis et relis

Je cherche ce qui nous relie

Nous aide à rompre nos isolement

Je vis comme je pense


Qu’un été vienne 

Lourd de promesses sombres

Voilà qui me fonde

Non à entrer dans les grand messes solennelles

Des rentrées foisonnantes de discours

Je n’en fais aucun

Ils me mettent mal à l’aise

Je pense comme je vis

Dans la marge d’un temps

Où sincérité ne fait pas bon ménage

Avec les institutions



Xavier Lainé

8 août 2023