vendredi 28 juillet 2023

Beauté : figure de proue de nos révoltes 5

 



Photographie : XL-Manifestation 26 mai 2016



La moindre des choses

Ne pas en rajouter

Surtout 

Quand on ne sait rien

De la vie immonde

Des laissés pour compte


Je m’en vais

Avec sentiment écoeuré

Devant propos déplacés

De haine et de colère


Je ne peux

Retirer de mon attention

Les atteintes permanentes 

À la dignité humaine


Ce n’est pas de bon ton

Il faut en temps de mufle hideux

Crier avec les charognards

La haine de l’autre

La haine du pauvre


Le lisier se répand

Ne cesse de nous enliser

En pays perdu

En monde naufragé


L’immonde s’étale à St Tropez

Sur des yachts rutilants

Tandis que sur les trottoirs

Sous l’inscription

« Liberté, égalité, fraternité »

On crève de faim

Sans vacances et sans sorties


Le tragique s’étale sous nos yeux

Mais les fautifs sont les victimes


Me prend la nausée


*


Ignoble

Le criminel récompensé pour son crime

Ignoble

Que pas un mot ne filtre pour condamner

La caution apportée au crime raciste

Triste pays qui s’adonne à cet outrage



Xavier Lainé

5 juillet 2023


jeudi 27 juillet 2023

Beauté : figure de proue de nos révoltes 4

 



Photographie : XL-Manifestation 26 mai 2016



Si j’étais en relégation sociale

Coincé sans avenir au sommet d’une tour

Ou d’un silo d’habitation

Comme on fait des silos à grains

En vague tenue de camouflage

Avec pour tout horizon

Que béton et bitume

Et surfaces commerciales

Pour tout univers

Si


Si j’étais en relégation raciale

Dans des cités sans âme

Dans l’entre soi de mon identité

Catalogué selon ma peau

La couleur de mes cheveux

La nature de mes vêtements

Ma façon de parler comme je peux

Une langue hier encore inconnue

À mes oreilles de réfugié

Sous les assauts des dictatures

Sous les colères du climat

Si


Si j’étais toujours contrôlé

Suspecté et humilié d’être

Ce que je suis intolérable

Aux yeux des esprits bornés

Comme souche en pays approprié

En pays privatisé mais privé

De toutes commodités sociales

De toute facilité économique

Si


Mais


Je ne suis pas

Je suis de l’autre côté

Du bon

De la barrière invisible

Que société inégale

Impose


Je ne suis pas

J’ai de la chance

De ne pas être né du mauvais bord

De la mer commune

Opposé à celui des chevaliers du bonheur

Un produit comme un autre

Qui pourtant ne s’achète

Ni se vend


Je ne suis pas

Je n’ai pas le droit de juger

De quoi serait ma vie faite

Ou défaite

Si


Je ne peux que tenter de comprendre

Comment

Assis derrière ma table d’écriture

Alignant mes mots illisibles

Pour toi né de l’autre côté

De l’avenue qui nous sépare

Je reproduis à l’infini

Le schéma des éternelles dominations

Des obscures discriminations

Je ne peux


Si

Mais

Je ne peux 

Que


En ce monde devenant fou

Dans le culte de l’argent roi


*

À Thierry Lamarre


Une vie qui s’éteint au quartier des lettres

Quartier non reconnu pour ce qu’il est

Les lettres en ces lieux n’ont plus cours

Elles ont perdu leur lumière en cherchant la gloire

La vaine gloire dans les salons de classe


Les lettres sont en deuil mais il ne faut pas le dire

Le lettré éteint n’avait pas cherché à briller

Sur le devant d’une scène qui n’offre rien

À ceux qui écrivent ne sachant que faire d’autre

Pauvres et sans carnet d’adresse à déployer



Xavier Lainé

4 juillet 2023


mercredi 26 juillet 2023

Beauté : figure de proue de nos révoltes 3

 



Photographie : XL-Manifestation 26 mai 2016



Désormais que la mèche est allumée, il sera bien difficile de l’éteindre.

La jeunesse a compris qu’on se moque d’elle.

Ayant déjà tout perdu avant d’avoir vécu, elle n’a plus rien à perdre.


La violence est aveugle lorsqu’elle prend sa source dans le désespoir.


*


Il n’y a pas d’autre remède qu’à reconsidérer les relations de la base et du sommet.

La vie est bien trop injuste à qui souffre déjà.

Combien de clous plantés au coeur même des plus déshérités ?


Il n’y a pas de remède qui vaille dans l’urgence.

Reculer les morceaux d’une humanité depuis bien trop longtemps bafouée.


J’avance sans référence sinon leçons tirées d’un passé peu glorieux.

Les siècles se succèdent sous le joug des dominations.

L’histoire qui nous est léguée est souillée du sang des plus pauvres.


Ce que bons bourgeois nomment « civilisation » n’a cessé de se construire sur les épaules fourbues des bâtisseurs méprisés.

Combien de morts pour un temple, une pyramide, un palais d’hiver ou de Versailles ?

Ce qu’ils nomment « civilisation » n’est que l’apothéose de leur étroit esprit mâle.

Leur devise ?

Mépris, richesse, esclavage.


Ils n’ont fait que mettre un peu d’eau dans le vin de leur tyrannie.

Les révoltés d’un jour comme ceux de toujours ne font que sentir intuitivement qu’il faudrait en finir.

Ils ne savent pas très bien comment.

Alors ils font preuve de patience.

Jusqu’au jour où la mèche est allumée par un mâle dominant qui se croit plus fort que toutes lois.

Et butte à bout portant un jeune de dix-sept ans.




Xavier Lainé

3 juillet 2023