jeudi 27 avril 2023

Poésie/Tracts#5

 



Céleste-Lever de rideau/XL-Photographie



Hier ça tournait rond

Et puis ça enrageait

Entre deux mouvements

L’un discréditant l’autre

L’un ne sauvant que lui-même

L’autre oeuvrant au commun


De quel côté penchez-vous

Qui me lisez 

De quel côté vous placez-vous

Selon votre degré de fortune

Selon vos options de vie

Selon


Selon on peut

Se révéler indifférent

Marcher en regardant droit devant

Ne rien voir des mains tremblantes

Ne rien voir 

Allongé sur une chaise longue

Du cortège des suaires

Alignés au bord des vagues


On peut


Celui qui écrit ces mots

Qui ne les signe pas

Pour qu’ils n’appartiennent à personne

Lui

Ne peut pas


















Quel idée avons-nous de l’humain ?











Anonyme XXI


5 avril 2023


mercredi 26 avril 2023

Poésie/Tracts#4

 



Céleste-Lever de rideau/XL-Photographie



« L’acte de désobéissance comme acte de liberté marque le début de la raison. » Erich Fromm, La peur de la liberté, éditions Les Belles Lettres, 2021


Vivre conforme

Sans trop se poser de questions

C’est une possible vérité


Mais


Aujourd’hui préservé

Encore un peu en dehors

De l’extension du domaine de la misère

C’est possible vérité aussi


Mais


C’est toujours l’autre

L’étranger qui s’approche

Qui tend une main fébrile

Qui est regardé comme responsable

C’est possible vérité


Mais


À trop regarder ici et maintenant

Tu ne vois pas plus haut

Plus loin que ta porte

Tu préfères pas

Tu as peut-être raison


Mais


Alors à accepter le monde comme il est













Que feras-tu si demain c’est ton tour

De tomber le nez dans la poussière

Sans un regard de quiconque ?









Anonyme XXI


4 avril 2023


mardi 25 avril 2023

Poésie/Tracts#3

 



Céleste-Lever de rideau/XL-Photographie


De quoi serrions-nous capables

Si seulement nous écoutions

Ce que nous disent nos coeurs

Si nous ne faisions pas semblant

De ne rien voir de l’injustice

De la misère et de la guerre

De quoi


De quoi serions-nous les représentants

Si nous regardions la Terre

Si nous écoutions le chant des oiseaux

Le vent dans les branches

Le bruit de la source

Jusqu’à nous y confondre

De quoi


De quoi seraient tissées nos vies

Si nous marchions à pied

Sur les sentiers non balisés

Parmi les forêts profondes

Sans la peur de nous perdre

Avec le sentiment d’une alliance

Qui nous relie au monde

De quoi


De quoi serions-nous responsables

Si nous apprenions à vivre en humain

Sans oublier le lien qui nous relie

Entre nous autres et la Terre

Qui fut notre berceau

De quoi















Vivre hors nature

Serait-ce encore vivre ?













Anonyme XXI


3 avril 2023


lundi 24 avril 2023

Poésie/Tracts#2

 



Céleste-Lever de rideau/XL-Photographie


De quoi donc avez-vous peur


Regardez donc 

Ce que ce mot lourd de sens

Produit de recul et de repli


De quoi sont tissés vos jours


Allez-vous en regardant vos pieds

Allez-vous détournent votre regard

Lorsque misère s’y introduit


De quoi est faite votre vie


Derrière quels murs sont enfermées

Vos révoltes et colères

Vos imaginations 


De quoi donc seriez-vous capables


Si


Si vous alliez d’un pas guilleret

Suivre les chemins de traverses

Qui vous mènent et vous enivrent


Si


Si vous décidiez de vous en occuper

De votre vie si 

Si seulement vous en étiez 

Les maîtres incontestés









Insinuer la peur de l’inconnu

pour obtenir le consentement

serait-ce ça

la liberté ?










Anonyme XXI


2 avril 2023


dimanche 23 avril 2023

Poésie/Tracts#1

 



Céleste-Lever de rideau/XL-Photographie




C’est l’heure

L’heure de relever le gant

De quitter le petit confort

Du canapé devant la télé

Du livre de poésie sagement rangé

Sur l’étagère


C’est l’heure

L’heure où poésie se doit

D’abandonner les salons feutrés

D’un « printemps » qui ne vient

Qu’une fois par année

Puis revient au silence

Tandis que les discours grondent


C’est l’heure

L’heure de rejoindre

Par les mots semés

Sur des trottoirs d’avenir

Par ceux qui se lèvent

Et donnent de la voix


C’est l’heure

L’heure vous dis-je

D’une poésie qui gronde 

Avec le fleuve souterrain des colères

D’une poésie qui nous questionne








Quoi l’humain

Une marchandise cotée à la bourse de la médiocrité ?














Anonyme XXI


1er avril 2023


samedi 22 avril 2023

Poésie/Tracts (Anonyme XXI) - Préface

 



Céleste-Lever de rideau/XL-Photographie


C’est d’ailleurs parmi les manifestants que je rencontrais l’anonyme du XXIème siècle

Je suis d’accord, personne ne me croira, sur ce coup là.

C’est pourtant vrai.

De manifestation en protestation, le hasard nous porta sur le même chemin, côte à côte et unanimes à contester les décisions iniques d’un Etat aux abois.

Il m’affirmait écrire, mais sans trop savoir quoi faire de ce qu’il écrivait.

Comme beaucoup, son écriture était une écriture du silence, vouée à ne jamais paraître au ciel pur de la littérature bourgeoise.

Il se sentait d’ailleurs très mal à l’aise, bien que lecteur assidu de toutes formes littéraires, avec ce milieu qui brille plus par la juxtaposition des ego que par son penchant à l’oeuvre commune, celle qui s’écrit dans les souterrains où se terre la liberté d’expression.

Car nous en sommes là : la liberté erre dans les sous-sol de la République, puisque, au rez-de-chaussée, on frappe, on cogne, on éborgne et on mutile.


Prenant un café en terrasse, il me proposa un « marché » : sans faire de blague, il écrirait à partir du premier avril 2023, une série de poèmes à distribuer sous forme de tracts, pas plus de vingt chaque jour, répartis aléatoirement dans la ville, au fil des rencontres probables ou improbables.

En échange, je lui devais un café hebdomadaire avec lui-même, sans que nul ne puisse savoir qui il était.

Le marché fut ainsi conclu. Je lui fit part de ma volonté de publier ses textes sur mon blog. Il me demanda d’insister sur son anonymat. Je respecterai donc sa volonté.


Je vais donc depuis avec mes tracts à la main.

Mal foutus, mal imprimés, j’en distribue dix pour la première version.

Finalement je change.

Changement de présentation pour que ça fasse plus « tract ».

J’en imprime vingt de chaque sans savoir très bien comment les diffuser.

Ils restent dans mon sac.

Peut-être étais-je un peu présomptueux, m’engageant ainsi auprès de mon auteur anonyme.

Tout le monde s’en fout que la poésie gagne la rue.

Tout le monde s’en fout qu’elle marche aux côtés de ceux qui se rebellent.

Le poète est un anonyme parmi d’autres.

Rien ne le distingue.

Il ne sait d’ailleurs pas ce que ce serait, d’être poète.

Il ne sait pas.


Ne sachant pas, les poèmes, un à un, se déposent dans ma salle d’attente.

Ils sont en attente, patiemment, d’être lus…

À vous, lecteurs, de jouer avec.


Manosque, 19 avril 2023


Xavier Lainé


vendredi 21 avril 2023

Poésie/Tracts (Anonyme XXI) - Avant-Propos

 



Céleste-Lever de rideau/XL-Photographie



C’était un jour de puissante manifestation.

La foule, après déambulation dans les rues de la ville, s’était rassemblée sur l’esplanade de la poste (dite esplanade François Mitterrand).

Dans le coin le plus reculé, une statue et la foule qui lui tournait le dos.


Elle n’avait jamais attiré mon attention, sauf ce jour là.

Une tête, couverte d’un voile, sauf la bouche, et une grosse main posée qui semble maintenir le linge ou le soulever pour ne laisser place qu’à la bouche.


J’y retournais bien plus tard.

J’observais l’objet sous toutes les coutures.

Je lui trouvais une symbolique d’actualité : je vous couvre les yeux et le nez mais vous laisse libre les lèvres.

À vous donc de dire ce que vous voulez mais sans rien dire du monde que vous ne pouvez ni voir, ni sentir.


Que l’auteur de ce monument ne m’en veuille pas de cette interprétation.

Car, à force d’en faire le tour, je découvrais, au dos de la sculpture, gravé, le nom du sculpteur : Céleste.

Je cherchais sur internet quelque chose le concernant.

Je découvrais que son oeuvre s’intitulait « Levée de rideau ».

J’en avais donc détourné le sens, avec mon regard d’aujourd’hui.


Il ne semble pas que cet artiste ait eu d’autres oeuvres exposées ainsi.

La sienne, qui prend une expression si différente aujourd’hui, est posée là, au coin de cet espace excentré de la ville, si peu fréquenté que nul ne prend garde à l’existence de ce monument.

Signe d’un temps où, si le rideau parfois se lève, c’est pour aussitôt retomber sur les regards accaparés par d’autres écrans.

Un signe des temps qui va donc accompagner l’oeuvre anonyme à venir.


18 avril 2023


Xavier Lainé