mardi 24 mars 2026

Âmes meurtries 4

 




-4-


Ceux qui paradent à gauche

Ceux qui paradent à droite


Ceux qui ne cessent d’oublier

Qu’on ne se fait pas porte-parole 

D’un peuples muselé et dépossédé


Ceux qui pensent à la place des autres

Convaincus d’être sauveurs suprêmes

D’une humanité en déroute

Ceux qui ne cherchent gloire

Que pour eux-mêmes

Qui promettent le ciel un jour

Pour mieux oublier leurs promesses

Le lendemain une fois élus


Ceux qui n’ont plus la force de réfléchir

Qui suivent le courant

Par fatigue d’exister

Qui soutiennent les bonimenteurs

Sans mesurer le gouffre ouvert sous leurs pieds


Mais il est là

Chacun le sent dans sa chair

Cet appel du vide

Qui se creuse

Entre ce qui est dit

Et les actes commis


Chacun sent 

Que quelque chose ne va pas

Dans ce divorce entre grandes proclamations

Et horreur sordide qui se déploie



Xavier Lainé

4 février 2026


lundi 23 mars 2026

Âmes meurtries 3

 


Nous savons toujours reconstruire

Certains nomment ça la résilience

Pour qu’elle opère

Encore faut-il que rencontres aient lieues

Que mains se tendent même discrètement

Pour aider celui qui tombe


Et ils sont nombreux 

Ceux qui tombent

Que pouvoir et gloire terrassent

Qu’on accuse de ne pas savoir s’y prendre

Dans un monde qui ne soigne 

Que ses élites auto-proclamées


Alors je fais un choix

Celui de penser dans les sous-sol

De fuir la lumière

Où les ego boursouflés

Paradent avec tambours et trompettes

Ceux qui se voient en sauveurs suprêmes

Pauvres adultes mal dégrossis

Qui ne soignent qu’eux-mêmes

En prétendant sauver les autres

À grands chantiers n’offrant

Que belles façades 


Il y a les bâtisseurs de pyramides

Qui ne lorgnent que sur l’oeuvre achevée

Sans un mot sur ceux qui se sont crevés l’échine

Pour la beauté de l’art prétendu divin


Il y a ceux qui se disent d’un bord

Dont ils ne sont pas



Xavier Lainé

3 février 2026


dimanche 22 mars 2026

Âmes meurtries 2

 




-2-


Mais voilà

Nous sommes des graines

Nous sommes patients

Nous savons attendre le bon moment pour germer


Mais voilà

Jamais un peuple ne s’éteint tout à fait

Jamais le mouvement de la vie

Ne peut s’avouer vaincu


Mais voilà

Vous pourrez toujours dresser vos pipe-lines

Enfumer l’horizon

Détruire les espaces avec vos ordures


Mais voilà

Nous serons toujours là

Veillant au grain de la vie

Surveillant la croissance de nos enfants


Mais voilà

Vous leur en voulez 

À nos enfants

Car vous savez qu’ils ont compris

Les règles de votre enfer


Mais voilà

Toujours nous irons semant

Reconstruisant ce que vous aurez détruit

Sans relâche ni lassitude


Mais voilà

Vos ruines ne sont pas nôtres



Xavier Lainé

2 février 2026


samedi 21 mars 2026

Âmes meurtries 1

 




-1-


Je pose ça là

Histoire de poursuivre la marée

De mots qui se cherchent

Qui cherchent une issue

Un fragment d’humanité

À poursuivre inlassablement


Je pose ça là

Comprenne qui pourra

Mais moi

Marcher au pas cadencé de l’histoire

C’est pas trop ma passion

J’aurais plutôt tendance

À suivre les chemin creux

À contourner les foules

Et à écouter


Je pose ça là

Ce qui me revient toujours

Dans le silence glacé 

Ce sont les plaintes

Non pas les plaintes

Parce que voyez-vous

Ceux qui sont sous les décombres

Ne se plaignent pas

Ils tentent de survivre au désastre


Je pose ça là

Mes mots pour ne rien oublier

De cette misère que répandent

Une minorité d’entre nous

Dans un champ de larmes

Où ils espèrent nous enterrer



Xavier Lainé

1er février 2026



vendredi 20 mars 2026

Grotesque hypocrisie 32

 




J’ai pensé boucler ce mois des voeux avec la longue litanie des morts, à Gaza, au Rojava, en Syrie, au Soudan, au Congo, en Ethiopie…

J’ai pensé y ajouter la liste interminable des morts noyés en Méditerranée.

Et puis aussi celle des morts de froids dans notre pays si riche.

J’ai pensé.


Mais peut-être je pense trop, j’en dis trop.

J’ai l’art de me rendre antipathique ; c’est plus fort que moi, mais je ne supporte pas que vous puissiez vivre dans l’indifférence des massacres en cours qui ne sont que prémisses à ceux qui viendront demain et dont vous pourriez fort bien être victimes.

Comme moi, comme beaucoup d’autres car en régime barbare où seule la fortune d’une minorité compte, nul ne peut se dire à l’abri.

Nos Etats confiés en bien mauvaises mains ont largement de quoi nous détruire tous, sur la simple lubie d’en adulte demeuré enfant.


C’est sûr, je vous lasse, je vous désole.

Je ne trouve plus mots de poésie pour dresser digue contre les flots boueux qui menacent de nous submerger.

Certes, les autocrates locaux comme nationaux viendront vous faire état de leurs grands projets, parfois avec le rêve d’être pharaon mais pour dresser nos tombeaux sous les ruines de leur mégalomanie.

Mais la vie ?

Ils la détruisent, mais pas pour eux, pour les autres, ceux qu’ils considèrent comme une sous-humanité indigne de leur considération, ceux qui « ne sont rien », voués à la peine et à la mort.


Que sont donc nos voeux devenus puisqu’en ce jour on continue à grands coups de génocides justifiés par des lignes financières aux cordons de leurs bourses ? Des voeux pieux, comme prévu, et qui dureront tant que nous ne nous serons pas réveillés de notre torpeur.

À défaut, certains viendront retourner leur veste, mais nul ne pourra dire qu’il ne savait pas.



Xavier Lainé

31 janvier 2026