mercredi 14 janvier 2026

Infinis bruits de bottes 28

 





Les condamnations sont de pure forme

Puisque le crime se poursuit

Que commerce justifie tout

Y compris la négation de toute humanité

Pour les victimes


Me voici devant ce monde là

Qui ne semble pas 

En empêcher beaucoup de dormir

Mais voilà


Mais voilà qu’à condamner le crime

On se trouve en ce pays

Accusé d’en vouloir au criminel

Paradoxe


Il fut un président 

Dont la langue avait sans doute fourché

Mais les lapsus se font parfois révélateur


Il fut donc un président

Venu pas loin de mon repaire

Clamer puis se reprenant

Qu’il fallait en finir

Avec l’Etat de droit


Le même qui disait faire une distinction

Entre certains qui s’en sortent

Et ceux qui ne sont rien


Je l’ai déjà écrit

Je persiste

Excusez-moi mais le fascisme frappe à ma porte



Xavier Lainé

28 novembre 2025


mardi 13 janvier 2026

Infinis bruits de bottes 27

 





Tu donnes ta parole

Tu rêves de la tenir

Parole donnée

Parole tenue


Parole donnée

Encore faut-il 

La vêtir de mots clairs

De mots qui ont un sens

À défaut 

C’est parole creuse


Parole tenue

Si tu la donnes

Tu ne peux la retenir

Une fois dite

Ce n’est plus toi

Qui en détient le titre


Celui ou celle

À qui tu la donnes

Pourrait te reprocher

De ne pas la tenir

Mais toi tu ne sais pas

Si tu la tiens encore


Parole donnée

Est parole sous condition

De pouvoir être tenue

À défaut elle s’écroule

Se joint aux ruines du monde

Qui t’enserre et te contraint

Te rend vulnérable

À des aléas imprévisibles

Qui rendent ta parole vaine


Parole donnée

Qu’attends-tu 

Pour lui donner corps

Dans un monde 

Où les mots ne font plus sens

Travestis qu’ils sont

Par âmes malveillantes


Malveillant

Peut-être l’es-tu un peu aussi

Qui ne sait veiller

À ce que ta parole

Soit suivie d’effets


Pour être suivie d’effets

Tu ne dois pas la tenir en laisse

Elle doit pouvoir s’envoler

Vivre sa vie

De parole non vaine


C’est ce que tu voudrais 

Trouver parole non vaine

Dépourvue de vanité

Dépourvue d’a-priori

Parole qui soit corps à corps

En accord avec ta vie

Ta vie en accord avec ta parole


Tu ne la donnes pas

Tu la laisses libre d’aller où elle veut

Qu’elle soit prise par qui y tient

Qu’elle se fasse fil 

Entre un réel qui t’oppresse

Et une vie que tu rêves



Xavier Lainé

27 novembre 2025


lundi 12 janvier 2026

Infinis bruits de bottes 26

 





Tant de larmes versées

Entendez-vous

Tant de larmes


Tant de suppliciés

Entendez-vous

Tant de suppliciés


Tant de femmes bafouées

Entendez-vous 

Tant de femmes


Tant d’enfants perdus

Que jamais ne serons assez

Pour en sauver 

Entendez-vous


Mais non

Mieux à faire

Mieux à faire vos affaires

Sombres manigances

Tristes tractations

Pour toujours plus d’argent


Entendez-vous ce cri qui monte

Cette exaspération d’impuissance

Ce goût de défaite trop fréquente

Pour que vie trouve chemin

De vie 

Chemin de vie

À l’heure de pays déchirés

D’esprits guerriers 

Pullulant sur les ondes



Xavier Lainé

26 novembre 2025


dimanche 11 janvier 2026

Infinis bruits de bottes 25

 





Beau temps revenu

Mais pas pour tout le monde

Il y a celui qu’on voit par la fenêtre ouverte

Il y a celui qu’on ressent au fond du coeur

Celui-là parfois

Même par grand soleil extérieur

S’absente outrageusement

Ne laissant aucune trace dans la vie quotidienne


Fort nombreux sur cette Terre

Vont ceux pour qui ne cessent de s’accumuler 

Brumes et tempêtes

Pluies glacées ou torrentielles

Fleuves de boue

Sous des tentes de fortune


La fortune est ailleurs

Dans des coffres bien gardés

Loin des regards indiscrets

Les uns voués à se courber

Les autres à pérorer


Les mots sont irrémédiablement

Trop pauvres pour décrire l’injustice

Établie en mode de civilisation

Tandis qu’humains à genoux

Tremblent sur les trottoirs hivernaux

D’autres font bombance

En des paradis fiscaux


Monde d’inégalité 

Toujours plus arrogant

Toujours plus cynique



Xavier Lainé

25 novembre 2025