jeudi 20 novembre 2025

Alors je suis resté sans voix 4

 





D’Auschwitz au Nord à Gaza au Sud

Il me faudra dresser un monument de mots

À la mémoire des trépassés innocents

Un monument de mots écrits dans le granit

De ce temps qui semble ne plus très bien savoir

À quelle boussole lier son sort devenu funeste


D’Auschwitz au Nord à Gaza au Sud

Je devrai marcher inlassablement

Inscrivant à chaque pas un nom

Dans la longue liste des suppliciés

Dont la mémoire serait ainsi

À jamais sauvée du désastre orchestré

Par les maîtres d’un monde sans âme


D’Auschwitz au Nord à Gaza au Sud

Je déroulerait le long rouleau des complaintes

Les mille chants des jeunes âmes

Enterrées sans sépultures sous les ruines

Parties en cendres et fumées dans le ciel gris

D’une histoire qui ne sait pas arrêter

La longue tragédie des massacres


D’Auschwitz au Nord à gaza au Sud

Je dresserai la bannière des visages

Rayonnant d’avoir vécu en humains

D’avoir bravé l’enfer des geôles et des menaces

Pour aller au secours des plus humbles 

Dont la vie chancelante ne demandait rien d’autre

Qu’à eux aussi marcher et sourire


D’Auschwitz au Nord à Gaza au Sud

J’érigerai un monument à la beauté humaine



Xavier Lainé

4 octobre 2025


mercredi 19 novembre 2025

Alors je suis resté sans voix 3

 





Tout à coup le silence

Le vide de la page et du ciel

Un étrange sentiment 

D’avancer sans savoir vers quoi

D’écrire sans trop savoir quoi dire

Y aurait-il seulement encore

Quelque chose à formuler

Me voici devant ma journée

Avec l’envie d’y entrer

Mais à reculons pour ne pas

Pour ne pas retourner 

Au bruit que font les âmes en peine

Les corps lassés d’exister


Tout à coup le silence

Les petits bras d’enfants perdus

Qui me prennent par le cou 

Me tiennent comme si j’étais bouée

Capable d’éviter leur naufrage

Alors que le vide nous appelle tous

Les fossoyeurs de notre humanité

N’ayant pas prévu de nous offrir

Gilets de sauvetages capables de nous sauver


Tout à coup ce silence

Et dehors le frais qui gagne du terrain

La vie qui hésite sur le seuil

Avec larmes rentrées d’en avoir trop

Trop vu et trop vécu de tyrannies

De mots et discours lâchés

Comme vanité de vouloir être encore

Alors que ce monde déjà

Parle de nous au passé



Xavier Lainé

3 octobre 2025


mardi 18 novembre 2025

Alors je suis resté sans voix 2

 





Je vis ainsi à cette heure

Où plus rien n’arrête les détenteurs de la force

Où le seul droit que devrait triompher

Est celui de la guerre de tous contre tous

De chacun contre chacune

Au nom d’un dieu né dans une corbeille

Autour de laquelle vocifèrent trafiquants en tous genres


Je vis ainsi cette heure grave

Qui ne voit dans l’humain

Que variable d’ajustement 

À sombres calculs de rentabilité

Par des algorithmes dépourvus de toute vie

Automatismes aveugles 

Qui ne peuvent que broyer 

Tout ce qui est fragile et vulnérable


Je vis cette heure et j’y écris

Je ne suis pas une intelligence artificielle

J’ai un coeur qui bât une âme qui chancelle

Nausée au ventre devant les massacres 

Devant l’obstination du mensonge 

L’arrogance d’individus sans esprits

Ou du moins qui en ont un

De la grosseur de leurs porte-feuilles


Je vis cette heure et j’écris

D’une écriture qui n’a pas voix au chapitre

Qui ne sait tirer gloire de ce que doigts gourds

Déposent sur les pages de l’histoire

Je vis cette heure glauque

Cette heure de lutte profonde

Entre les pas encore humains

Et ceux qui voudraient le devenir


Je vis et j’écris

Je lance mes mots à la mer

Mots qui espèrent qu’aucun navire de guerre

Viendra en interrompre le chemin

Jusqu’à ton coeur toi qui succombe dans les ruines


Je vis et je tente encore d’écrire

Mes mots ne forment aucun rempart

Ils tentent juste d’être là

Où ma conscience me dicte de les poser

À défaut de faire rempart de mon corps

Pour protéger tes enfants

Amis inconnu qui agonise 

Sous les coups des abrutis avinés

Ignorants de toute humanité


Je vis et j’écris

Je vis et je crie

Dans le silence glacé des complicités

Je rêve d’un tribunal humain

Qui viendrait mettre criminels et complices

Devant l’abomination de leurs actes


Je rêve

Il ne me reste que ça

Rêver et écrire

Pour ne pas exploser de colère

Tandis qu’ici et là

Silencieux et complices

Vous expédiez vos affaires courantes


Je rêve et vomis

Devant l’abominable spectacle

De la déroute de notre humanité



Xavier Lainé

2 octobre 2025


lundi 17 novembre 2025

Alors je suis resté sans voix 1

 





On ne cesse de parler au nom de

On ne cesse d’usurper la parole

Répandant croyance

Que parole de l’autre ne vaut rien

Que cet autre est trop nul

Pour lui-même dire

Ce qu’il a sur le coeur ou dans le ventre


On ne cesse de parler à la place

Comme si l’autre dans sa misère

N’avait pas assez de mots 

Pour en dire la douleur

Pour en dire la stupeur

Alors on dit pour lui

Avec ce qu’on pense de lui


Mais lui

Cet autre qui tente de survivre

Dans un monde qu’il n’a pas désiré

Il ravale ses mots

Comme ses larmes

Il ne cesse de fuir devant les bombes

Que sont les mots mal dits

Les maux mal exprimés


Lui

Cet autre

Dont mon talent d’écriture

Ne pourra jamais rien dire

Sans prendre le risque

D’un fantasme sans réalité

Dont les puristes me diront 

Que c’en est l’essence



Xavier Lainé

  1er octobre 2025


dimanche 16 novembre 2025

Une autre nef des fous 30

 






Mon voyage n’a pas de terme : il se poursuit et se poursuivra tant qu’humanité trouvera le moyen de survivre à elle-même.

Je demeure au fond de cette Santa Maria de mots, à contempler ce que nous ne comprenons pas, ce que nous ne comprendrons jamais, ce qui est en soi plutôt réconfortant.

Quelle plaie ce serait si notre science et nos savoirs se mettaient à prétendre tout comprendre !

Je regarde donc cette tragédie humaine qui souvent tourne à la comédie, mais avec crimes à la clef qui nous laissent désemparés et sidérés.

Cette sidération vient non pas de l’ignorance qui est la nôtre mais de ce que nous savons ; nous savons parce que nous voyons et que même les moins compétents sont humains, sont donc capables de voir et d’analyser, ne serait-ce que pour s’organiser dans notre survie.

Je parlerai plutôt d’une méconnaissance. C’est plus pertinent, ça nous dit que nous avons le droit de ne pas tout appréhender.

Par exemple, étant en perpétuelle méconnaissance de nous-mêmes, il nous est bien difficile de nous mettre dans la peau des tyrans, des criminels, des génocidaires de tous bords et de toutes espèces. 

Parce que nous mettre dans leur peau, ce serait nous regarder en face, face à notre capacité à être sublimes, mais aussi à disjoncter, à devenir bourreaux de la pire espèce.

C’est en nous, c’est ce qui explique peut-être notre capacité à nous adapter à un monde de plus en plus inhumain, et parfois à nous laisser embarquer dans des stratégies qui nous mènent au désastre.

Notre conformisme, notre indignation à géométrie variable, notre couardise, notre indifférence protectrice ne sont que manières de nous fuir.

Israël ne serait au fond que le dernier avatar du colonialisme européen, celui qui nous met devant ce que nous sommes, nous autres, blanc européens : des prétentieux à la tyrannie de supériorité. 

Ce qu’Israël commet à Gaza, nous place devant ce miroir de nécessité impérieuse d’une décolonisation de nos esprits.

Il est temps de ne plus parler au nom de… Il est temps de donner la parole, ce qui serait déjà une reconnaissance de l’humanité de l’autre.



Xavier Lainé

30 septembre 2025