mercredi 30 août 2017

Un besoin de rouge 5








-5-

Toujours lorsque tu te réveilles
Il est trop tard

Tant de misères et de morts
Jonchent tes silences
Tant de crimes et de forfaits
Scellent la pierre des indifférences

Toujours lorsque tu te réveilles
Il est trop tard

Que feras-tu demain
De ton semblant d’intelligence
Que feras-tu

Toujours lorsque tu te réveilles
Il est trop tard

Les morts et les noyés
Sont autant de bornes
Sur le sentier de tes inconsciences

*
Alors
Tu cries dans la nuit
Tu cries tout le jour
Tu cries à chaque heure
Tu appelles en vain
Ce qui est dépasse en détresse
Tes pires cauchemars



17 août 2017

© Xavier Lainé, août 2017 - Besoin de rouge, extrait, tous droits de reproduction réservé

mardi 29 août 2017

Un besoin de rouge 4










-4-

Tu cherches le plaisir
Aux marches solitaires
De ton silence intérieur

Créer dans un rire
Mots et mélodies
Qui sachent renverser
Tourments et peines

Un peu de joie
Pour éveiller les matins
A l'heure où tristesse 
Et soumissions
S'en viennent

*
Les voilà
Ils y sont
Les vautours sont entrés
Dans la place
Tiennent en leurs serres
Le butin et l’orgie

*
Puis tu retournes à ta solitude
Rien de meilleur que le silence
L’angoisse de l’affronter
Assailli de toutes parts
Par tes voix intérieures
Tu y reviens sans cesse


15 août 2017


© Xavier Lainé, août 2017 - Besoin de rouge, extrait, tous droits de reproduction réservé

lundi 28 août 2017

Un besoin de rouge 3








-3-

J'ai hanté les rives ancestrales
Exploré les mythes et croyances
Rejeté les dogmes 

J'ai arpenté la terre
En quête d'humaines vérités
Elles avançaient plurielles
Elles avançaient multiples
Jamais abouties

J'ai erré au gré des chemins
Me suis perdu 
Aux vallons buissonniers
Y ai cueilli les voix 
En fines gouttelettes de rosée

Seul au plus haut des cités
J'ai laissé mon regard 
Effleurer les indices de beauté
Toujours enfuis
Toujours enfouis

*
A l’instant où se retirèrent les justes
Il y eut comme une déchirure
Dans l’espérance du monde
Le retrait est partout
Plus moyen de porter secours
Aux candidats à la noyade
Aux suicidaires de mal vivre


14 août 2017


© Xavier Lainé, août 2017 - Besoin de rouge, extrait, tous droits de reproduction réservé

dimanche 27 août 2017

Un besoin de rouge 2









-2-

Le tout demeurant irréductible
Tu tâches de faire de tout un peu

Tu te tais

*
Vient le crépuscule
La nuit s’étend

La nuit s’écoule 
En tragiques soubresauts

Que faire  de ces rêves
De ces songes embarrassants
Sinon composer
Tenter de les semer
Entre deux étoiles

Vient enfin l’aurore
Discrètement parsemée
De douces nuées

*
Lorsque tu reviens sur tes pas
La nuit s’étend
Lorsque tu cherches repos
La nuit s’agite
Tant de détresses
Au fond de vos regards
Que sommeil s’enfuit


13 août 2017

© Xavier Lainé, août 2017 - Besoin de rouge, extrait, tous droits de reproduction réservé

vendredi 25 août 2017

Un besoin de rouge 1









-1-

N’importe où j’irai
Je chercherai l’issue
M’insinuerai aux sous-bois

Tandis qu’ici bas
Ne sont que tracts et banderoles
Brandies sur pensées imposées
J’irai

Je chercherai sans cesse
Une issue favorable
En un lieu secret
Où décliner d’autres cieux

*
Loin des rumeurs
Loin

Tu vas d'un pas solitaire
Chercher sous d'autres cieux 
La densité 
L'intensité

Il en faut si peu
Au petit matin de fraîcheur
Il en faut

Tu cherches tes mots
A vivre le silence
Tu ne sais plus


12 août 2017



© Xavier Lainé, août 2017 - Besoin de rouge, extrait, tous droits de reproduction réservé

jeudi 24 août 2017

Redressez-vous 9










-9-

Et puis rien.
Toujours rien.
Juste attendre le soupir.
Regarder comment tu respires.
Sans perdre le fil des yeux.

Et puis rien.
Ce petit rien qui fait la différence.
Chose impalpable.
Chose inexplicable à qui garde pensées rivées sur la cause et ses effets.


De ce rien tirer toutes choses.
Laisser dériver les mots, à l’instant où silence retombe.
Paupières lasses, arpenter les dernières secondes solitaires.


Ce qui existe n’est dans aucun catalogue.
Ce qui vit ne relève d’aucune mécanique formelle.

Il faut toucher ce qui résiste, écouter ce qui geint.
Alors émerge multiples raisons d’être ce que tu es.

Nulle obligation de demeurer ainsi que se forgent tes habitudes.
Sortir de l’ornière mais sans forcer.
Observer toujours plus à quoi tu te sens rebelle, et vaquer en tes insoumissions.

Fut un temps de servage : serais-tu obligé d’y retourner ?
Ferme.
Ferme la porte aux jougs et aux chaînes.

Libère tes pensées de la gangrène des défaites.


31 juillet 2017



© Xavier Lainé, août 2017 - Redressez-vous !, extrait, tous droits de reproduction réservé

mercredi 23 août 2017

Redressez-vous 8









-8-

Je fais donc un effort pour me redresser.
Je sors de ma réserve et erre un instant dans une salle vide.
Les réjouissances, c’était hier.
Trois quart d’heure avant la fin, il n’y a plus rien et presque plus personne.
A croire que la culture n’est faite que pour celles et ceux qui n’ont pas besoin de travailler, pas de famille à nourrir.

Quelle impression je retire ?
J’observe des gens sûrs d’eux et de leur talent, et qui savent frapper aux bonnes portes.
Je n’ai aucune envie de nier leur certitude.
C’est assez vrai : il en faut, du talent, pour briller.
Mais j’ai l’impression terrible d’observer un monde à l’envers.
C’est l’artiste qui est convaincu de son savoir faire et qui trouve le carnet d’adresse nécessaire à se faire voir.

Dans ce monde à l’envers les plus illustres demeureraient inconnus.
Monde qui ne satisfait qu’ego surdimensionné ne peut que lentement étouffer sous ce joug.

Je rentre donc chez moi, avec regret d’être allé affronter les ardeurs caniculaires pour presque rien, sinon ouvrir sans cesse les mêmes blessures.
Je n’ai rien à vendre, rien à présenter.
Mes mots, un jour, je les brûlerai pour que rien ne demeure.
Vous aurez ainsi le vague souvenir d’une piètre apparition.

Pas un mot qui soit digne de durer.
Juste ce flot que je ne peux empêcher, que je vous offre en pâture, pour faire semblant d’exister.
S’ils venaient à s’éteindre, c’est que je serai passé de l’autre côté du miroir.
Savoir si j’y trouverai le réconfort introuvable sur ce versant ?

Je dois avouer n’en avoir cure. Je tente simplement de me redresser.

30 juillet 2017



© Xavier Lainé, août 2017 - Redressez-vous !, extrait, tous droits de reproduction réservé

mardi 22 août 2017

Redressez-vous 7








-7-

Je tente pourtant de vivre redressé, d’affirmer ce qui me semble devoir l’être, mais toujours cette peur…

Peur de n’être pas sincère, de paraître au lieu d’être.
Tant qui vont arborant leur art en médaille, qui vont fièrement exposer leurs oeuvres, où je n’ose rien affirmer.

Que valent les mots à l’échelle d’une vie ?
Ils ne sont que partie lisible de l’iceberg, maigre apparence , vaguelette à la surface des océans de pensées, de réflexions, de connaissances jamais satisfaites.

J’en vois tant qui osent.
Qui se montrent, savent vanter leurs mérites.
J’en vois tant.

Même que parfois ça me fait mal.
Cet étalage de soi me blesse profondément.
Et ce n’est ni jalousie ni envie.
C’est une blessure qui réveille les secrets jalousement gardés, les pages écrites, les photographies qui dorment, les musiques perdues.

Impossible de m’avancer dans la lumière.
Je préfère les chemins creux, la solitude à la compagnie qui me passerait la brosse à reluire en face pour mieux m’assassiner par derrière.
Car il en est ainsi dans cette société du spectacle.
Et si tu ne te plies pas aux exigences de l’apparence, tu n’es rien.
Il faut savoir donner de la gueule, s’avouer artiste et paraître fier de sa production.
Je ne suis pas de ce monde.

Je ne suis fier de rien : mes mots s’alignent sans autre ambition que d’être ce qu’ils sont.


29 juillet 2017



© Xavier Lainé, août 2017 - Redressez-vous !, extrait, tous droits de reproduction réservé

lundi 21 août 2017

Redressez-vous 6








-6-

Tempêtes de mots sur la nuit : de quoi alimenter les colères du jour !

Je vais parmi ces insondables fulminations.
Avec tant de raison de bondir, de mordre, de tempêter !

Voudrais savoir quand aura lieu la cristallisation.
La rage est palpable, elle est dense comme un brouillard anglais.

Et cette impression permanente d’être floués, volés.
Que les couleurs et les assassins de nos libertés ont des noms, bénéficient de non lieux éloquents.
Monde grippé qui voudrait te faire croire qu’il n’est aucun remède.

Il y en a pourtant : chasser la corruption avant qu’elle ne gangrène le monde.
A son stade ultime, tu sais l’agonie proche.

Il y en a pourtant : te redresser et apprendre à vivre debout.
Ne plus rien céder au chantage à la misère brandi comme viatique par les grands prêtres de l’ordre établi.

Ne plus rien céder.
Déplier enfin les échine spoliées sous le joug.

Regarde : tant qui déjà cherchent lieux et sentiers paisibles où construire d’autres univers.
Il ne faut pas grand chose : une parole tenue, une vie irréprochable…

Canalise donc ton tsunami de rancoeur.
Ferme les écoutilles de tes oreilles pour ne plus rien entendre des messes défaitistes.

Tu sais devoir te lever quand ils te veulent couché. Il est temps…




28 juillet 2017


© Xavier Lainé, août 2017 - Redressez-vous !, extrait, tous droits de reproduction réservé

dimanche 20 août 2017

Redressez-vous 5










-5-

Je t’ai regardée partir, le coeur serré.
Tu n’as pas eu un regard, ne t’es pas retournée.
La vie est ainsi faite qu’elle attire les défaites.
Rien ne vient jamais par la force d’attendre.

Il faut savoir forcer ton destin,
Ouvrir les portes de ton avenir
Acheter les carnets d’adresse
Qui t’ouvrent les accès

Ton ignorance en poche
Des talents à déployer
Pour être de ce monde
Tu vas toujours le coeur gros.


Tu n’as jamais su être autre chose
Que ce rien qu’on néglige
Que cette anomalie qu’on méprise


Alors, cantonné en terre d’anomalie, il reste à y survivre.
Aucun mode d’emploi, juste la débrouille pour faire de chaque jour une fête, malgré tout, une fête envers et contre tout.

La recette ?

Une pincée d’amour 
Un test d’humour
De bons gros soupirs

De francs sourires à partager


27 juillet 2017



© Xavier Lainé, août 2017 - Redressez-vous !, extrait, tous droits de reproduction réservé


samedi 19 août 2017

Redressez-vous 4








-4-

Parfois les mots manquent à l’appel.
Ils restent terrés, atterrés, cherchant désespérément une ombre où méditer.

Parfois les mots attendent.
Ils cherchent la sortie mais ne la trouvent pas.
Alors ils tournent et tournent sans fin.
Lorsqu’ils affleurent, ce n’est plus l’heure, ni le jour.
Ils s’évanouissent et ne connaissant plus le sentier des mains.

Tant de fois il m’arrive de croire en cette page devenue blanche, comme l’esprit qui la contemple.
De quelle vie le texte est l’oripeau ?


Une veine ouverte laisse couler son flot d’encre.
Le mot est ce havre ouvert aux matins hésitants.
Il me faut ma dose.
Lorsqu’elle ne vient, c’est mauvaise journée.

Alors ce qui ne relève plus de la page éclate en mille colères.
C’est tempête qui bouscule les heures.
Debout à la proue de mon navire chaviré, je contemple l’étendue des désastres.
Nous savions à quels naufrages nous attendre.
Il semble que beaucoup ne pensaient pas qu’ils viendraient aussi vite.

Nous voyons des légions imbéciles prétendre légiférer nos vies.
Ils viennent avec arrogance nous juger sur nos mines.
Ils étranglent nos faims et nos soifs pour donner aux mieux munis le vol  perpétué sur nos quotidiens blêmes.
Quelque chose se brise chaque jour un peu plus. 

Qui pourrait croire encore que sortirait du bon de cette ornière boueuse ?


26 juillet 2017



© Xavier Lainé, août 2017 - Redressez-vous !, extrait, tous droits de reproduction réservé

vendredi 18 août 2017

Redressez-vous 3








-3-

C’est grand désordre d’été.
Les pensées s’étalent sur les plages bondées.
Juste à côté…

Juste à côté ils font la manche.
Ils espèrent piécettes pour rafraîchir glottes en folie.
Ils espèrent, ou plutôt non.

Ils n’espèrent rien.
Rien à attendre une fois tout perdu, une fois les dos vouté sous le poids de la misère.
Rien.

Comme eux je m’en vais, convaincu d’avoir à lutter contre, puisque m’y voici contraint.
J’avais cru un instant, pour eux comme pour moi pouvoir me mettre à l’oeuvre d’un pour.
J’avais cru.

Tandis que de ses geôles un otage turc de la prison européenne s’évade, je cherche en vain la lime.
Ha ! Scier les barreaux si forts scellés à l’intérieur de mon crâne.

Ne rien attendre.
Savoir tout faire pour éviter le naufrage.
Faire la guerre au consumérisme qui nous ruine.

Abattre nos bastilles intérieures.
Rompre les barbelés qui nous enserrent.

A ce prix là, quelque chose pourrait advenir.

Quelque chose qui n’a pas de prix et n’est indexé sur aucune réussite.


17 juillet 2017


© Xavier Lainé, août 2017 - Redressez-vous !, extrait, tous droits de reproduction réservé

jeudi 17 août 2017

Redressez-vous 2









-2-

Puisque la montagne se dérobe à mes moyens, me voilà trouvant refuge dans celle des livres à lire.

Et c’est encore privilège.

Chaque jour je te vois, couché en plein soleil sur le trottoir, devant la rutilante vitrine d’un magnat de la téléphonie.
Tu te tournes d’un côté, de l’autre, parfois viens t’assoir sur le banc, au pied du platane.
Le monde tourne, les passant passent, et toi, toi du dors là, impassible.

Tes yeux dans le vague d’une vie désossée, tu n’as plus un regard pour celles qui glissent devant toi, feignant l’indifférence.

Je me réfugie en mes sommets de littérature.
Je ne sors presque plus.
Ce n’est pas seulement la chaleur qui me rebute.
C’est la vision de ces inégalités.

Je me réfugie dans mes vallées de silence.
Vais-je seulement savoir éviter de sombrer ?
Je te regarde, perdu dans je ne sais quelle vision, au pied de ce platane.
Je me vois demain à ta place.
C’est si fragile une vie.
C’est si ténu lorsque tu n’as pas les privilèges requis.

C’est si simple de descendre aux enfers, sans que nul ne te tende la main.
Alors tu vis courbé, ton regard lentement s’évade vers d’autre univers.
Là-bas sans doute il n’est aucune misère.
Tu attends d’en franchir le seuil.
Par où est la sortie ?

Si peu de secours viennent à ta rencontre !


16 juillet 2017



© Xavier Lainé, août 2017 - Redressez-vous !, extrait, tous droits de reproduction réservé