mardi 25 avril 2017

Longue marche 2






-2-

J’ai marché pourtant, je vous assure.
J’ai très souvent demandé le droit de penser, même.
Sans trop savoir à quoi, d’ailleurs.

Il fut même un temps où j’aurais bien volontiers croisé le fer pour prendre la place de.
C’était pour mordre la poussière.
On ne s’improvise pas tricheur, copain-copain avec l’ivraie.
On ne s’improvise pas homme de pouvoir.

On ne souhaite pas, c’est tout…
On revient au seul qui demeure : celui des mots.

J’y reviens sans cesse.
Mis si longtemps à voir que là était le fil !
Que rien ne pouvait être hors mots jetés, sans savoir quel courant les emporte.

Parfois, on plonge sec, on se noie, on ne sait plus à quelle planche attacher son salut.
J’ai appris qu’il ne fallait surtout rien attendre et que l’humain, ça n’existait qu’avec parcimonie.

Alors j’ai saisi à deux mains mon bâton et suis reparti.
Le sentier est si étroit qui te mène de presque trépas à lente survie.
La vie n’est qu’un horizon à atteindre, avec la boussole des pensées dans le havre-sac, pour les jours de défaite.

Parfois ils sont si nombreux que tu te demandes à quoi bon.
Puis d’un soupir quand même tu reprends la marche.


Tu fais un peu semblant de vivre, tu plies sous le poids des chaines, tu meurs de petite mort certaine. Puis reviens à toi, sans trop savoir pourquoi.



© Xavier Lainé 2016-2017, tous droits de reproduction réservés

mardi 11 avril 2017

XI - Tu franchis les portes du sérail




XI

Tu franchis les portes du sérail
Avec difficulté elles s’ouvrent sur une foule inconnue
Ce qui t’étouffe au premier abord
C’est l’absence de ciel
Ici quoi qu’il arrive
Il faut lever les yeux pour l’entrevoir

Tu franchis les portes du sérail
Remontant des rues inconnues
Tu gravis des marches antiques
Tu ouvres une large porte vitrée
Au fond du hall à droite
Tu franchis une entrée discrète
Montes de deux étages sur un tapis bleu

Tu franchis les portes du sérail
Hésites un moment tes poèmes à la main
Tes semelles de plomb te scellent à la moquette
Autour
Des siècles d’ouvrages te contemplent
Ironiques

Tu franchis les portes du sérail
Ta voix s’élève dans un ton grave
Des applaudissements la suivent
Miracle de la parole poétique
Les livres eux-mêmes t’attendent

Tu retournes à la foule anonyme
Ton regard touche mais ne rencontre
Personne



© Xavier Lainé 2017 - Pronoms indéfinis, recueil inédit II - Tu

Octobre 2002 – Décembre 2005
Manosque - Aix - Paris - Liège - Forcalquier - Tourtour - Chaumont-Gistoux – Volstroff – L’échalp – Abriès – Saint Saturnin les Avignon

dimanche 9 avril 2017

Longue marche 1





-1-

Puisque la nuit traîne en longueur désormais.
Puisque marcher ne peut-être que choc frontal avec le sol rafraîchis.
Puisque toujours, comme papillon aux lanternes pâles, m’en vais me cognant aux limites étroites de ce monde.
Il me faut ouvrir grande mes papilles pour déguster ce qui peut l’être, faire ventre de ces indices toujours un peu souterrains qui me prouvent la lente digestion des intempéries.

Alors, fenêtre ouverte sur les ultimes étoiles, tandis que la ville frémit encore d’être l’objet d’un culte momentané, j’ouvre de nouvelles pages, assises sur les anciennes.
Toujours tirer leçon, pour faire croire au naufrage.
Et puis taper du pied au fond, pour remonter chercher l’air pur.

Bon, bien d’accord que l’air pur, parfois…
Bien d’accord que respirer, alors…
Bien d’accord.

Mais peut-être à trop attendre que vienne on ne sait quelle étincelle, je pourrais me réveiller trop tard.

C’est tout le problème : le temps de prendre conscience, il est bien souvent trop tard.
Le réveil alors est amer. L’art est ne pas se laisser piéger par le mot.
Trop.

Toujours se remettre à marcher, pour ne jamais laisser le mot se refermer sur une culture du désespoir.
Morbide système qui construit tant de murs et ferme tant de portes sur qui, découragé, se lasse de marcher.


© Xavier Lainé 2016-2017, tous droits de reproduction réservés

samedi 8 avril 2017

X - Gare des courants d'air





X

Gare des courants d’air
Tu croises d’un regard
La figure de Walt Whitman

Et tandis que tes mots s’alignent
Un lutin, bonnet rouge et vert sur le front
Soupire, un regard posé sur tes mots

Gare des courants d’air
Tu croises d’un regard
La figure de Walt Whitman

Ses mots alignés derrière la vitre
Fustigent la futilité du siècle
Et ses techniques élaborées

Gare des courants d’air
Tu montes
Le train démarre

Un lutin attentif
Mèche sur l’œil
Ecoute son grand père

Dehors un train fend la brume
Une porte s’ouvre et se referme
Pschtt pschtt

A chaque bruit c’est ton oreille
C’est ton oreille qui cette fois
Guide ta plume

Ton train fend la brume
Vers une Abyssinie lointaine

Ton regard cherche le sommeil
Tandis qu’un enfant nouveau-né
Près d’une vitre cherche le sein d’une mère



© Xavier Lainé 2017 - Pronoms indéfinis, recueil inédit II - Tu

Octobre 2002 – Décembre 2005
Manosque - Aix - Paris - Liège - Forcalquier - Tourtour - Chaumont-Gistoux – Volstroff – L’échalp – Abriès – Saint Saturnin les Avignon

mercredi 5 avril 2017

IX - Tu laisses libre cours





IX

Tu laisses libre cours à ton regard
C’est lui qui anime ta plume
Tandis que les minutes défilent

Au café de la gare
Il en est désormais tant
Qui peuplent ta solitude
Qu’impossible de les décrire tous

Tu laisses libre cours à ton regard
Des physionomies te traversent
Grosses ou maigres
Préoccupées ou souriantes
Jolies ou parfois moins
Tu laisses libre cours à ton regard
Il anime ta plume retenue en soubresauts anarchiques

Les mois passent
Tu avais volé si peu de temps
Les mois passent
Aucun café au rendez-vous des courants d’air

Voici :
Il en est qui se lèvent
Tu rêves de ton Abyssinie
Tu ouvres ici la page des songes
Au loin une guerre se trame

Ils entrent et sortent du champ de ton regard
Ta plume emplit les déserts d’une trace indélébile 




© Xavier Lainé 2017 - Pronoms indéfinis, recueil inédit II - Tu

Octobre 2002 – Décembre 2005
Manosque - Aix - Paris - Liège - Forcalquier - Tourtour - Chaumont-Gistoux – Volstroff – L’échalp – Abriès – Saint Saturnin les Avignon

lundi 6 mars 2017

VIII-3 - L'un arbore une cravate





VIII-3


Voici :
L’un arbore une cravate bleue
Sur une chemise jaune
Et un ventre proéminent
Il ferme sa parka
Jette un regard alentour
Au buffet des courants d’air
Puis il s’en va

Voici :
Certains rient
D’autres entretiennent 
Une conversation feutrée


L’homme aux semelles de vent
Rêve de son Abyssinie
Devant une tasse vide
Dans l’attente
D’un voyage au loin




© Xavier Lainé 2017 - Pronoms indéfinis, recueil inédit II - Tu

Octobre 2002 – Décembre 2005
Manosque - Aix - Paris - Liège - Forcalquier - Tourtour - Chaumont-Gistoux – Volstroff – L’échalp – Abriès – Saint Saturnin les Avignon

dimanche 5 mars 2017

VIII-2 - Deux plus âgées





VIII-2


Voici :
Deux plus âgées s’assoient et déambulent
Au buffet des courants d’air

Voici :
Deux fument
Les autres trinquent
Tous attendent
Au buffet des courants d’air

Voici :
L’un se lève l’autre te regarde
Tu traces sur la page des mots quotidiens
Des lettres de sang transpirent
Derrière chaque personnage
Dehors le temps gris recouvre la Méditerranée

Voici :
L’un téléphone
L’autre tire sur une paille
L’une lit son journal
(le même que le tien d’ailleurs)
L’autre pianote devant son écran
Deux discutent devant leur café
Deux autres en silence
Sont rejointes par une troisième


L’homme aux semelles de vent
Rêve de son Abyssinie
Devant une tasse vide
Dans l’attente


D’un voyage au loin



© Xavier Lainé 2017 - Pronoms indéfinis, recueil inédit II - Tu

Octobre 2002 – Décembre 2005
Manosque - Aix - Paris - Liège - Forcalquier - Tourtour - Chaumont-Gistoux – Volstroff – L’échalp – Abriès – Saint Saturnin les Avignon