lundi 16 mai 2022

… Rêve ce qu’il te plaît 5

 




Vivre n’attend pas.

Il faut bien avancer, même sous le couvercle des soumissions.

Sinon que parfois, en mai, ici ou là, on se met à plusieurs pour le soulever, le couvercle.

Ça laisse échapper un fumet de vapeur.

Mais comme ils y mettent du lest et nous pas assez du nôtre très vite, ça retombe.

Faudrait être plus nombreux, dans la marmite et cumuler nos forces.

Mais…

Mais il y a ceux qui pleurent.

Ceux qui s’assoient devant la télé avec un paquet de chips.

Ceux qui marmonnent puis reprennent la bouteille laissée sur la table et la vident.

Ceux qui voudraient bien mais qui n’y croient point.

Ceux qui ont un rendez-vous ailleurs, toujours urgent, puis que tu croises à la terrasse du café.

Ceux qui ont peur pour leur crédit, de perdre leur salaire.

C’est fou.

C’est fou le nombre de poids posés sur le couvercle histoire de bien faire sentir que la liberté n’est qu’un espace très limité.

Limité aux frontières que les possédants tracent sur la carte du monde.

Frontières qui entravent la fuite éventuelle.

Surveillance absolue sur tout le territoire.

Pour ne pas laisser la moindre parcelle de terre et d’humains libres de s’organiser comme ils, elle le voudraient.

Nous en sommes là.

On peut toujours psalmodier qu’en mai on pourrait faire ce qu’on veut.

Il y a toujours des limites imposées dont nul ne songe à contester la validité.

Dès lors, on vit comme on peut et on fait semblant d’être libre.


Xavier Lainé


5 mai 2022


dimanche 15 mai 2022

… Rêve ce qu’il te plaît 4

 




Il faut se souvenir, des choses, des gens, des évènements et des désillusions.

Rien de ce qui nous tisse en humanité n’est jamais venu simplement depuis l’instant où des hiérarchies se sont imposées.

Avons-nous été un jour consentants à ce pouvoir de domination de quelques-uns  sur l’existence de tous ?

Ou peut-être nous sommes-nous pris les pieds dans un jeu qui lentement a dérivé, nous détournant de notre sens commun.

Fourmies, comme toutes les « révolutions » du passé, imposant le premier mai comme « fête des travailleurs et de la lutte sociale » ne serait que la suite d’une longue histoire, commencée dès la fin de l’époque glaciaire.

Lire et relire David Graeber & David Wengrow pour  constater avec eux que si des pouvoirs autoritaires se sont parfois imposé, notre première liberté était de nous en détourner pour inventer « autre chose ».

C’est de ce pouvoir d’invention dont nous avons été dépossédés, au fil de la pré-histoire puis de l’histoire elle-même.

Lorsque je dis, « fais ce qu’il te plaît », c’est en ce sens de me réapproprier le pouvoir de m’inventer une existence qui ne soit pas de sempiternelle soumission.

Une existence qui tienne compte du commun pour que chacun y trouve sa part « merveilleuse ».

Force est de constater que les guerres sont le résultat d’une domination masculine et donc d’une soumission des femmes à des rôles prétendus subalterne.

Or, il semble bien que ce soit d’elles que nous avons appris à distinguer dans la nature les plantes qui nous nourrissaient, nous guérissaient . 

 D’elles encore que nous avons appris à cultiver les cultures nécessaires à notre subsistance, non pour qu’un groupe corrompu s’en approprie l’usage à des fins de profit, mais pour ne laisser personne crever de faim sur le bord du chemin.


Xavier Lainé


4 mai 2022


samedi 14 mai 2022

… Rêve ce qu’il te plaît 3

 





« Pour créer, pour penser, pour vivre, il est nécessaire de rêver le monde, de le recréer en le dépouillant de ses évidences. » Roland Gori, La fabrique des imposteurs, éditions Les Liens qui Libèrent, 2013


Ce qui jaillit en salves de révoltes, c’est ce besoin de créer.

Besoin de créer, toujours comprimé sous le couvercle étanche des conformités.

De la colère passagère à l’occupation des rues, des usines, des universités, il faut bien que ce besoin créatif, immanent chez l’humain, trouve sa voie d’accès à l’air libre.

À défaut, soumis à la pression constante des « obligations », le chemin qui se dessine est bien plus souvent chemin de souffrance et de désir refoulé.

Chemin ponctué de symptômes dont les victimes sont elles-mêmes rendues responsables, mais jamais ceux qui dirigent le monde.

Car c’est bien connu, le prolétaire d’autrefois choisissait de son plein gré de descendre au fond des mines, de risquer sa vie devant les cratères de fonderies.

Que le choix imposé soit toujours entre crever de faim ou opter pour un esclavage déguisé en salariat échappe sans cesse à l’attention.

Le prolétaire est sa propre victime tandis que tous les honneurs vont à son employeur dont l’opulence est sensée montrer quelque chose de la richesse de son monde.

Il y a les invisibles tapis au fond des mines et des ateliers, les « riens » selon la dénomination méprisante d’un président mal élu, et de l’autre ceux qui ont l’accès, qui se pavanent dans les couloirs du pouvoir.

Entre les deux, ceux qui lorgnent du côté des plus forts, convaincus de n’être pas assimilables aux plus faibles.

Erreur de casting, d’aiguillage : ceux-là sont le bras armé des puissants contre les faibles, alors qu’ils devraient se ranger aux côtés des seconds.

Or les plus nombreux sont de ce côté pauvre de la barrière.


Xavier Lainé


3 mai 2022


vendredi 13 mai 2022

… Rêve ce qu’il te plaît 2

 




Il semble pourtant qu’en des lieux capitaux une fumée de liberté s’échappe.

C’est la foule des grands jours, ou des grands soirs en pavois multicolores.

Le tribun harangue la foule un instant puis la marche se poursuit.

On se prend à rêver qu’elles ne s’arrêterait plus d’avancer, jusqu’à monter à l’assaut de tous les pouvoirs.


En mai, il est de tradition de rêver construire nos utopies.

Qu’un monde meilleur soit à notre portée, nous en sommes convaincus depuis longtemps.

Mais pas tous, convaincus, pas tous.


Pour beaucoup les désillusions de l’histoire ont un poids qui engourdit les consciences.

Il faut du temps pour se remettre de l’accumulation des mensonges.

Il faut du temps pour remettre à gauche ce qui est à gauche, à droite ce qui est à droite.

Il faut du temps pour reconstituer le puzzle en cent mille pièces de nos espérances.


Je me revois allant d’un bon pas.

C’était le 10 mai de l’année 1981.

Je partais de chez moi, sans banderole ni drapeau.

J’arrivai place de la Bastille où la fête commençait à peine.

La fête et l’illusion.

Quelque chose s’ouvrait et se fermait en même temps.

Rejet lorsqu’à quelques-uns, nous revendiquâmes que tout ceci ne pouvait être qu’un début et non une fin.

Puis portes fermées, Place Colonel Fabien, comme si un deuil venait de frapper les combattants d’hier.


Xavier Lainé


2 mai 2022


jeudi 12 mai 2022

… Rêve ce qu’il te plaît 1

 





C’est un cri de martinet revenu et retrouvant son nid sous la génoise.

Un piaulement de moineau dérangé par le retour du premier.

C’est un rayon de soleil derrière drapeau multicolore invitant à la paix.

J’aurais aimé pour un jour au moins y ajouter drapeau rouge du sang des ouvriers.

Mais je n’ai pas d’oriflamme de cette couleur rebelle.


C’est un jour pas comme les autres où la mémoire s’aventure au plus loin.

Cultiver la mémoire et l’histoire pour préserver chaque jour une parcelle de rêve qui puisse fonder autre chose, sans même savoir quoi.

Avancer dans la clarté d’un temps de grises mines et de coups de grisou.

Un temps de tempêtes et de guerres grondant tout autour.

Un jour toujours de sang répandu à l’instant de redresser la tête.


Me voici rêvant que les rues et les places se mettent à vibrer de cette foule immense.

De ces quatre-vingt-dix-neuf pour cent de gens dont j’ai décliné au fil du mois des poissons, le mépris qui les accable.

J’ai rêvé et je me souviens de ces temps où la peur n’avait pas encore accompli son outrage.

Où manifester faisait encore partie des droits civiques élémentaires.

Je me souviens de ce temps, où, certes maréchaussée était présente, mais sans aller jusqu’aux provocations à la violence.

Un temps où la démocratie faisait encore semblant d’exister.


Il n’en reste pas grand chose, à l’heure du délit de solidarité et de la suspicion érigée en règle administrative.

Quarante années que, gouvernements après gouvernements il s’acharnent à semer la peur, posant couvercle étanche sur les souffrances endurées.


Xavier Lainé


1er mai 2022


mercredi 11 mai 2022

Chant des riens 30

 




Comme je comprends

L’impatience et la hâte

Et puis la colère aussi

De se heurter aux murs

Puissamment élaborés

De mains de maîtres

Qui se croient ainsi

En nous regardant comme « riens »


Que faire un trente avril

Pour mettre un terme aux mauvais poissons

Nageant en l’eau trouble

D’un temps incertain

Sinon inviter à réfléchir

Avant d’agir

Pour ne pas se faire mal


Inviter à agrandir les fissures

S’inviter où ils se croient chez eux

Les dominants d’un temps révolu

Où ils pouvaient nous envoyer 

Au front de leurs guerres


Et nous y allions 

« La fleur au fusil »

Qu’ils disaient

En chantant des hymnes patriotiques

Pour défendre une patrie qui était la leur

Une nation d’où ils tiraient tous profits

Nous y allions

C’est ce qui est nouveau : cette façon de ne plus y aller.


Xavier Lainé


30 avril 2022


mardi 10 mai 2022

Chant des riens 29

 




Relever le gant des insultes

Ouvrir le parapluie

Pour éviter celle des injures

Ne plus fréquenter que ce qui est fréquentable

Autrement dit laisser la porte ouverte

Mais à condition qu’ouverture d’esprit

Ne se confonde pas avec fracture du crâne


N’être rien en comparaison des fortunes

Colossales fortunes ramassées sur l’échine courbée

De ceux que riches vous considérez comme négligeables

Ne veut pas dire déficit d’intelligence

De créativité ni de curiosité


*


A chaque humain qui tombe

Sous les mauvais coups des dominants

C’est un peu de moi-même qui saigne


À un jour du dernier

De ce mois du poisson

Ou du poison

Il n’est question que de lettres

En plus ou en moins

Qui font que certains s’autorisent à

Tandis que d’autres

Plus nombreux

N’osent pas


Question d’ego


Xavier Lainé


29 avril 2022