lundi 21 août 2017

Redressez-vous 6








-6-

Tempêtes de mots sur la nuit : de quoi alimenter les colères du jour !

Je vais parmi ces insondables fulminations.
Avec tant de raison de bondir, de mordre, de tempêter !

Voudrais savoir quand aura lieu la cristallisation.
La rage est palpable, elle est dense comme un brouillard anglais.

Et cette impression permanente d’être floués, volés.
Que les couleurs et les assassins de nos libertés ont des noms, bénéficient de non lieux éloquents.
Monde grippé qui voudrait te faire croire qu’il n’est aucun remède.

Il y en a pourtant : chasser la corruption avant qu’elle ne gangrène le monde.
A son stade ultime, tu sais l’agonie proche.

Il y en a pourtant : te redresser et apprendre à vivre debout.
Ne plus rien céder au chantage à la misère brandi comme viatique par les grands prêtres de l’ordre établi.

Ne plus rien céder.
Déplier enfin les échine spoliées sous le joug.

Regarde : tant qui déjà cherchent lieux et sentiers paisibles où construire d’autres univers.
Il ne faut pas grand chose : une parole tenue, une vie irréprochable…

Canalise donc ton tsunami de rancoeur.
Ferme les écoutilles de tes oreilles pour ne plus rien entendre des messes défaitistes.

Tu sais devoir te lever quand ils te veulent couché. Il est temps…




28 juillet 2017


© Xavier Lainé, août 2017 - Redressez-vous !, extrait, tous droits de reproduction réservé

dimanche 20 août 2017

Redressez-vous 5










-5-

Je t’ai regardée partir, le coeur serré.
Tu n’as pas eu un regard, ne t’es pas retournée.
La vie est ainsi faite qu’elle attire les défaites.
Rien ne vient jamais par la force d’attendre.

Il faut savoir forcer ton destin,
Ouvrir les portes de ton avenir
Acheter les carnets d’adresse
Qui t’ouvrent les accès

Ton ignorance en poche
Des talents à déployer
Pour être de ce monde
Tu vas toujours le coeur gros.


Tu n’as jamais su être autre chose
Que ce rien qu’on néglige
Que cette anomalie qu’on méprise


Alors, cantonné en terre d’anomalie, il reste à y survivre.
Aucun mode d’emploi, juste la débrouille pour faire de chaque jour une fête, malgré tout, une fête envers et contre tout.

La recette ?

Une pincée d’amour 
Un test d’humour
De bons gros soupirs

De francs sourires à partager


27 juillet 2017



© Xavier Lainé, août 2017 - Redressez-vous !, extrait, tous droits de reproduction réservé


samedi 19 août 2017

Redressez-vous 4








-4-

Parfois les mots manquent à l’appel.
Ils restent terrés, atterrés, cherchant désespérément une ombre où méditer.

Parfois les mots attendent.
Ils cherchent la sortie mais ne la trouvent pas.
Alors ils tournent et tournent sans fin.
Lorsqu’ils affleurent, ce n’est plus l’heure, ni le jour.
Ils s’évanouissent et ne connaissant plus le sentier des mains.

Tant de fois il m’arrive de croire en cette page devenue blanche, comme l’esprit qui la contemple.
De quelle vie le texte est l’oripeau ?


Une veine ouverte laisse couler son flot d’encre.
Le mot est ce havre ouvert aux matins hésitants.
Il me faut ma dose.
Lorsqu’elle ne vient, c’est mauvaise journée.

Alors ce qui ne relève plus de la page éclate en mille colères.
C’est tempête qui bouscule les heures.
Debout à la proue de mon navire chaviré, je contemple l’étendue des désastres.
Nous savions à quels naufrages nous attendre.
Il semble que beaucoup ne pensaient pas qu’ils viendraient aussi vite.

Nous voyons des légions imbéciles prétendre légiférer nos vies.
Ils viennent avec arrogance nous juger sur nos mines.
Ils étranglent nos faims et nos soifs pour donner aux mieux munis le vol  perpétué sur nos quotidiens blêmes.
Quelque chose se brise chaque jour un peu plus. 

Qui pourrait croire encore que sortirait du bon de cette ornière boueuse ?


26 juillet 2017



© Xavier Lainé, août 2017 - Redressez-vous !, extrait, tous droits de reproduction réservé

vendredi 18 août 2017

Redressez-vous 3








-3-

C’est grand désordre d’été.
Les pensées s’étalent sur les plages bondées.
Juste à côté…

Juste à côté ils font la manche.
Ils espèrent piécettes pour rafraîchir glottes en folie.
Ils espèrent, ou plutôt non.

Ils n’espèrent rien.
Rien à attendre une fois tout perdu, une fois les dos vouté sous le poids de la misère.
Rien.

Comme eux je m’en vais, convaincu d’avoir à lutter contre, puisque m’y voici contraint.
J’avais cru un instant, pour eux comme pour moi pouvoir me mettre à l’oeuvre d’un pour.
J’avais cru.

Tandis que de ses geôles un otage turc de la prison européenne s’évade, je cherche en vain la lime.
Ha ! Scier les barreaux si forts scellés à l’intérieur de mon crâne.

Ne rien attendre.
Savoir tout faire pour éviter le naufrage.
Faire la guerre au consumérisme qui nous ruine.

Abattre nos bastilles intérieures.
Rompre les barbelés qui nous enserrent.

A ce prix là, quelque chose pourrait advenir.

Quelque chose qui n’a pas de prix et n’est indexé sur aucune réussite.


17 juillet 2017


© Xavier Lainé, août 2017 - Redressez-vous !, extrait, tous droits de reproduction réservé

jeudi 17 août 2017

Redressez-vous 2









-2-

Puisque la montagne se dérobe à mes moyens, me voilà trouvant refuge dans celle des livres à lire.

Et c’est encore privilège.

Chaque jour je te vois, couché en plein soleil sur le trottoir, devant la rutilante vitrine d’un magnat de la téléphonie.
Tu te tournes d’un côté, de l’autre, parfois viens t’assoir sur le banc, au pied du platane.
Le monde tourne, les passant passent, et toi, toi du dors là, impassible.

Tes yeux dans le vague d’une vie désossée, tu n’as plus un regard pour celles qui glissent devant toi, feignant l’indifférence.

Je me réfugie en mes sommets de littérature.
Je ne sors presque plus.
Ce n’est pas seulement la chaleur qui me rebute.
C’est la vision de ces inégalités.

Je me réfugie dans mes vallées de silence.
Vais-je seulement savoir éviter de sombrer ?
Je te regarde, perdu dans je ne sais quelle vision, au pied de ce platane.
Je me vois demain à ta place.
C’est si fragile une vie.
C’est si ténu lorsque tu n’as pas les privilèges requis.

C’est si simple de descendre aux enfers, sans que nul ne te tende la main.
Alors tu vis courbé, ton regard lentement s’évade vers d’autre univers.
Là-bas sans doute il n’est aucune misère.
Tu attends d’en franchir le seuil.
Par où est la sortie ?

Si peu de secours viennent à ta rencontre !


16 juillet 2017



© Xavier Lainé, août 2017 - Redressez-vous !, extrait, tous droits de reproduction réservé

mercredi 16 août 2017

Redressez-vous 1








-1-

Tes yeux sont de plomb.
Ta tête est si lourde.
Tu regardes sans voir, réfugié en dedans de tes pensées.

Sais-tu de quoi vie se tisse ?
Sais-tu comment jongler avec ton destin ?


Tu vis courbé sous le poids des chagrins.
Jamais le temps de te redresser.
Alors la vie te laisse en cette inclinaison.
Ton regard se pose avec indifférence .
Puis tu retournes dormir sur ton coin de trottoir.

Vie défaite, tu ne comptes plus.
Aurais-tu compté un jour que ça se saurait !


Une balise, une bouée te seraient de grand secours.
Un récif même pourrait te satisfaire.
Juste pour arrêter ta dérive, à la surface d’un monde naufrageur.

Le moindre bruit vient troubler ton repos.
Tu restes là dans la nuit, les yeux rivés sur tes défaites.


Tu n’es rien, ne possède rien.
Même plus la force d’organiser ta résurrection.
Des mains se tendent ? Tu les refuses.

Tu sais n’avoir rien à attendre, mais tu attends.

Tu dérives sur les courants du malheur depuis si longtemps !


15 juillet 2017


© Xavier Lainé, août 2017 - Redressez-vous !, extrait, tous droits de reproduction réservé

mardi 15 août 2017

Vingtième méditation d’après









Il me faut revenir sur l’histoire, celle qui se fait loin des pouvoirs.

Ils ont compris, les sordides, qu’il fallait monter des murailles plus épaisses et moins visibles.
Alors ils ont embauché les médias comme geôliers.
Ils nous ont muré les pensées dans le carcan étroit de la fatalité.
Ils nous ont fait courber l’échine.
Même les plus rebelles, nous voici imprégnés de ce mercantilisme sans âme.

Alors je vais sous d’autres cieux, arpente des rues en la capitale éphémère du théâtre.
Une foule me presse de tous côtés, sans joie.
Quelque chose s’est grippé dans les rouages de l’enthousiasme.

Irai-je sous d’autres cieux encore, méditer sur l’agonie du monde ?

Voudrais m’en affranchir de cette vision.
Voudrais dessiner les contours d’autres lendemains.

Me faudra sans doute en passer par d’autres voies.
Ecouter d’autres voix dire la lente érosion de nos vies.

Je vous regarderai marcher.
Je vous verrai si nombreux faire la manche.
Je verrai en vous les victimes d’un monde usé jusqu’à la corde.
Je chercherai les mots qui sachent accompagner vos révoltes.

Et demain sera ce que, vous et moi, nous apprendrons à en faire.
Nous n’aurons ni moule ni patron pour en tailler le costume d’avenir.
Et c’est fort bien de ne pas savoir que faire.

Ça nous permet d’apprendre à improviser.


14 juillet 2017

© Xavier Lainé, août 2017 - Et demain sera, extrait, tous droits de reproduction réservé