vendredi 28 avril 2017

XII - Tu crées les conditions de la rencontre





XII

Tu crées les conditions de la rencontre
Lorsqu’elle se produit ton pas se fait léger

Tu redeviens l’homme aux semelles de vent
Ton désert se peuple de regards si vivants

Une chaleur te submerge

Tu marches dans une ville inconnue
Tu observes cette foule anonyme et bigarrée

Une chaleur te submerge

Tu regardes ces êtres qui ne te rendent point ta vision
Tu aimerais croiser ces pupilles vidées

Tu crées les conditions de la rencontre
Lorsqu’elle se produit ton pas se fait léger

Tu redeviens l’homme aux semelles de vent
Ton désert se peuple de regards si vivants

Dans le hall d’un hôtel luxueux
Tu entres timide et réservé

Tes pas se font discrets
Ton regard en cherche d’autres

Tu les croise
Une chaleur passe
Un sourire une tension
Un sourire une tension
Une inquiétude pour l’avenir du monde

Tu crées les conditions de la rencontre
Tu crains la dissolution du lien qui nous fait humains


© Xavier Lainé 2017 - Pronoms indéfinis, recueil inédit II - Tu

Octobre 2002 – Décembre 2005
Manosque - Aix - Paris - Liège - Forcalquier - Tourtour - Chaumont-Gistoux – Volstroff – L’échalp – Abriès – Saint Saturnin les Avignon

mardi 25 avril 2017

Longue marche 2






-2-

J’ai marché pourtant, je vous assure.
J’ai très souvent demandé le droit de penser, même.
Sans trop savoir à quoi, d’ailleurs.

Il fut même un temps où j’aurais bien volontiers croisé le fer pour prendre la place de.
C’était pour mordre la poussière.
On ne s’improvise pas tricheur, copain-copain avec l’ivraie.
On ne s’improvise pas homme de pouvoir.

On ne souhaite pas, c’est tout…
On revient au seul qui demeure : celui des mots.

J’y reviens sans cesse.
Mis si longtemps à voir que là était le fil !
Que rien ne pouvait être hors mots jetés, sans savoir quel courant les emporte.

Parfois, on plonge sec, on se noie, on ne sait plus à quelle planche attacher son salut.
J’ai appris qu’il ne fallait surtout rien attendre et que l’humain, ça n’existait qu’avec parcimonie.

Alors j’ai saisi à deux mains mon bâton et suis reparti.
Le sentier est si étroit qui te mène de presque trépas à lente survie.
La vie n’est qu’un horizon à atteindre, avec la boussole des pensées dans le havre-sac, pour les jours de défaite.

Parfois ils sont si nombreux que tu te demandes à quoi bon.
Puis d’un soupir quand même tu reprends la marche.


Tu fais un peu semblant de vivre, tu plies sous le poids des chaines, tu meurs de petite mort certaine. Puis reviens à toi, sans trop savoir pourquoi.



© Xavier Lainé 2016-2017, tous droits de reproduction réservés

mardi 11 avril 2017

XI - Tu franchis les portes du sérail




XI

Tu franchis les portes du sérail
Avec difficulté elles s’ouvrent sur une foule inconnue
Ce qui t’étouffe au premier abord
C’est l’absence de ciel
Ici quoi qu’il arrive
Il faut lever les yeux pour l’entrevoir

Tu franchis les portes du sérail
Remontant des rues inconnues
Tu gravis des marches antiques
Tu ouvres une large porte vitrée
Au fond du hall à droite
Tu franchis une entrée discrète
Montes de deux étages sur un tapis bleu

Tu franchis les portes du sérail
Hésites un moment tes poèmes à la main
Tes semelles de plomb te scellent à la moquette
Autour
Des siècles d’ouvrages te contemplent
Ironiques

Tu franchis les portes du sérail
Ta voix s’élève dans un ton grave
Des applaudissements la suivent
Miracle de la parole poétique
Les livres eux-mêmes t’attendent

Tu retournes à la foule anonyme
Ton regard touche mais ne rencontre
Personne



© Xavier Lainé 2017 - Pronoms indéfinis, recueil inédit II - Tu

Octobre 2002 – Décembre 2005
Manosque - Aix - Paris - Liège - Forcalquier - Tourtour - Chaumont-Gistoux – Volstroff – L’échalp – Abriès – Saint Saturnin les Avignon

dimanche 9 avril 2017

Longue marche 1





-1-

Puisque la nuit traîne en longueur désormais.
Puisque marcher ne peut-être que choc frontal avec le sol rafraîchis.
Puisque toujours, comme papillon aux lanternes pâles, m’en vais me cognant aux limites étroites de ce monde.
Il me faut ouvrir grande mes papilles pour déguster ce qui peut l’être, faire ventre de ces indices toujours un peu souterrains qui me prouvent la lente digestion des intempéries.

Alors, fenêtre ouverte sur les ultimes étoiles, tandis que la ville frémit encore d’être l’objet d’un culte momentané, j’ouvre de nouvelles pages, assises sur les anciennes.
Toujours tirer leçon, pour faire croire au naufrage.
Et puis taper du pied au fond, pour remonter chercher l’air pur.

Bon, bien d’accord que l’air pur, parfois…
Bien d’accord que respirer, alors…
Bien d’accord.

Mais peut-être à trop attendre que vienne on ne sait quelle étincelle, je pourrais me réveiller trop tard.

C’est tout le problème : le temps de prendre conscience, il est bien souvent trop tard.
Le réveil alors est amer. L’art est ne pas se laisser piéger par le mot.
Trop.

Toujours se remettre à marcher, pour ne jamais laisser le mot se refermer sur une culture du désespoir.
Morbide système qui construit tant de murs et ferme tant de portes sur qui, découragé, se lasse de marcher.


© Xavier Lainé 2016-2017, tous droits de reproduction réservés

samedi 8 avril 2017

X - Gare des courants d'air





X

Gare des courants d’air
Tu croises d’un regard
La figure de Walt Whitman

Et tandis que tes mots s’alignent
Un lutin, bonnet rouge et vert sur le front
Soupire, un regard posé sur tes mots

Gare des courants d’air
Tu croises d’un regard
La figure de Walt Whitman

Ses mots alignés derrière la vitre
Fustigent la futilité du siècle
Et ses techniques élaborées

Gare des courants d’air
Tu montes
Le train démarre

Un lutin attentif
Mèche sur l’œil
Ecoute son grand père

Dehors un train fend la brume
Une porte s’ouvre et se referme
Pschtt pschtt

A chaque bruit c’est ton oreille
C’est ton oreille qui cette fois
Guide ta plume

Ton train fend la brume
Vers une Abyssinie lointaine

Ton regard cherche le sommeil
Tandis qu’un enfant nouveau-né
Près d’une vitre cherche le sein d’une mère



© Xavier Lainé 2017 - Pronoms indéfinis, recueil inédit II - Tu

Octobre 2002 – Décembre 2005
Manosque - Aix - Paris - Liège - Forcalquier - Tourtour - Chaumont-Gistoux – Volstroff – L’échalp – Abriès – Saint Saturnin les Avignon

mercredi 5 avril 2017

IX - Tu laisses libre cours





IX

Tu laisses libre cours à ton regard
C’est lui qui anime ta plume
Tandis que les minutes défilent

Au café de la gare
Il en est désormais tant
Qui peuplent ta solitude
Qu’impossible de les décrire tous

Tu laisses libre cours à ton regard
Des physionomies te traversent
Grosses ou maigres
Préoccupées ou souriantes
Jolies ou parfois moins
Tu laisses libre cours à ton regard
Il anime ta plume retenue en soubresauts anarchiques

Les mois passent
Tu avais volé si peu de temps
Les mois passent
Aucun café au rendez-vous des courants d’air

Voici :
Il en est qui se lèvent
Tu rêves de ton Abyssinie
Tu ouvres ici la page des songes
Au loin une guerre se trame

Ils entrent et sortent du champ de ton regard
Ta plume emplit les déserts d’une trace indélébile 




© Xavier Lainé 2017 - Pronoms indéfinis, recueil inédit II - Tu

Octobre 2002 – Décembre 2005
Manosque - Aix - Paris - Liège - Forcalquier - Tourtour - Chaumont-Gistoux – Volstroff – L’échalp – Abriès – Saint Saturnin les Avignon

lundi 6 mars 2017

VIII-3 - L'un arbore une cravate





VIII-3


Voici :
L’un arbore une cravate bleue
Sur une chemise jaune
Et un ventre proéminent
Il ferme sa parka
Jette un regard alentour
Au buffet des courants d’air
Puis il s’en va

Voici :
Certains rient
D’autres entretiennent 
Une conversation feutrée


L’homme aux semelles de vent
Rêve de son Abyssinie
Devant une tasse vide
Dans l’attente
D’un voyage au loin




© Xavier Lainé 2017 - Pronoms indéfinis, recueil inédit II - Tu

Octobre 2002 – Décembre 2005
Manosque - Aix - Paris - Liège - Forcalquier - Tourtour - Chaumont-Gistoux – Volstroff – L’échalp – Abriès – Saint Saturnin les Avignon

dimanche 5 mars 2017

VIII-2 - Deux plus âgées





VIII-2


Voici :
Deux plus âgées s’assoient et déambulent
Au buffet des courants d’air

Voici :
Deux fument
Les autres trinquent
Tous attendent
Au buffet des courants d’air

Voici :
L’un se lève l’autre te regarde
Tu traces sur la page des mots quotidiens
Des lettres de sang transpirent
Derrière chaque personnage
Dehors le temps gris recouvre la Méditerranée

Voici :
L’un téléphone
L’autre tire sur une paille
L’une lit son journal
(le même que le tien d’ailleurs)
L’autre pianote devant son écran
Deux discutent devant leur café
Deux autres en silence
Sont rejointes par une troisième


L’homme aux semelles de vent
Rêve de son Abyssinie
Devant une tasse vide
Dans l’attente


D’un voyage au loin



© Xavier Lainé 2017 - Pronoms indéfinis, recueil inédit II - Tu

Octobre 2002 – Décembre 2005
Manosque - Aix - Paris - Liège - Forcalquier - Tourtour - Chaumont-Gistoux – Volstroff – L’échalp – Abriès – Saint Saturnin les Avignon

VIII-1 - L'un arrive








VIII-1

Voici :
L’un arrive et s’assoit à l’écart
Au buffet des courants d’air

Voici :
Deux arrivent
L’un comme le premier
Ouvre un ordinateur portable
L’autre ouvre un cahier de brouillon
Le premier range son informatique
Le précédent effleure les touches

Voici :
Deux femmes s’assoient face à face
Au buffet des courants d’air
Une autre vient
Hésite
Puis s’éloigne
Sans doute le vent froid
L’une se découvre
Puis se recouvre
Dans un sourire
Elle use de ses manières féminines


L’homme aux semelles de vent
Rêve de son Abyssinie
Devant une tasse vide
Dans l’attente
D’un voyage au loin




© Xavier Lainé 2017 - Pronoms indéfinis, recueil inédit II - Tu

Octobre 2002 – Décembre 2005
Manosque - Aix - Paris - Liège - Forcalquier - Tourtour - Chaumont-Gistoux – Volstroff – L’échalp – Abriès – Saint Saturnin les Avignon

jeudi 2 mars 2017

VII-3 - Des yeux d'enfant





VII-3

Des yeux d’enfant dans cette gare
le regardent et il pleure

Il pleure en dedans

Des nuées dehors rient
de le voir voler ainsi
ailes engluées
des clous plantés dans les paumes

Les mois passent
tu n’as pu voler un instant
Pour ce il te fallait partir d’un pas résolu
Malgré
Des yeux d’enfant dans cette brume
Un regard qui te cloue les paumes
Au sang de ton devenir

Tu peuples les pages de tes nuits
le cœur écartelé à la veille d’une guerre
Tes mains sanglantes se tendent
Des yeux d’enfant dans cette brume
pleurent le silence d’une page obscurcie


© Xavier Lainé 2017 - Pronoms indéfinis, recueil inédit II - Tu

Octobre 2002 – Décembre 2005
Manosque - Aix - Paris - Liège - Forcalquier - Tourtour - Chaumont-Gistoux – Volstroff – L’échalp – Abriès – Saint Saturnin les Avignon

vendredi 24 février 2017

VII-2 - L'homme aux semelles de plomb







VII-2

L’homme aux semelles de vent
a du goudron sur les ailes
le voici cloué à la poutre maîtresse
les ailes écartées pour faire face au bonheur
clouées inutiles et aphones

Des yeux d’enfant dans cette brume
Des yeux d’enfant dans cette brume
lui arrachent encore une larme
furtivement effacée

L’homme aux semelles de plomb
Aimerait s’endormir d’un sommeil léger

Il vole enfin un instant
au buffet d’une gare
Il vole enfin un temps
par la grâce du voyage

Des yeux d’enfant dans cette gare
le regardent et il pleure

Il pleure en dedans


© Xavier Lainé 2017 - Pronoms indéfinis, recueil inédit II - Tu

Octobre 2002 – Décembre 2005
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vendredi 17 février 2017

VII-1 - Les mois passent





VII-1

Les mois passent
tu n’as pu voler un instant
Au diable qui agite ton existence
Aucun mot arraché au quotidien
Aucune image défaite de ces journées
Aucun son dans l’obscurité hivernale

Les mois passent
tu n’as rien fait que courir
Après le temps après l’argent après toi-même

Tes semelles de plomb
Te rivent au désert
Te rivent aux berges
D’une vie vide

En un mois tu n’as rien volé donc
Tes ailes engluées de mazout
Ont scellé ta plume au silence ordinaire

Ainsi vont tes amis
Ainsi vont tes parents
Ainsi vont tes enfants

Leurs ailes définitivement atrophiées
Les maintiennent à l’orée d’un siècle
Mystérieusement identique au précédent

Les mois passent
tu n’as abordé nul désert


Sinon en des nuits agitées de songes


© Xavier Lainé 2017 - Pronoms indéfinis, recueil inédit II - Tu

Octobre 2002 – Décembre 2005
Manosque - Aix - Paris - Liège - Forcalquier - Tourtour - Chaumont-Gistoux – Volstroff – L’échalp – Abriès – Saint Saturnin les Avignon

dimanche 12 février 2017

VI - Le lundi matin





VI

Le lundi matin
(c’est comme ça chaque semaine)
Tu as le cœur qui saigne
Tu as le coeur de plomb
Tes pas sont plus lourds

Le lundi matin
(c’est comme ça chaque semaine)
Tu croises des regards fuyants
Tu croises des regards obstinés
Tu croises des regards absents

Le lundi matin
(c’est comme ça chaque semaine)
Et surtout l’hiver
Engoncé dans ta veste du Tibet
Un keffieh enroulé autour du cou
Tu as le cœur hagard
Et le regard qui pleure
Tu laisses ton enfant
Tu te souviens
« Nos enfants ne sont pas nos enfants »
Disait le prophète

Mais
Le lundi matin
(c’est comme ça chaque semaine)
C’est dur à admettre
Plus dur
Que chaque autre matin.



© Xavier Lainé 2017 - Pronoms indéfinis, recueil inédit II - Tu

Octobre 2002 – Décembre 2005
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samedi 11 février 2017

V-3 - Plus rien ne vient





V-3

Plus rien ne vient te sortir
de ta retraite silencieuse
Sinon les mots
Et les maux

Mais
Tu ne dors plus
Tu n’écris plus

De cette retraite miséreuse
Tu prétends encore avoir à dire
Tu prétends encore avoir à faire
Tu les vois bien courir en tous sens
Tu les vois s’agiter
Tu les vois ne rien voir
Tu rejoins la cohorte parsemée
qui se lève encore dans cette nuit

Tu ne dors plus
Tu erres
La lune est descendue d’un degré
Elle se noie de désespoir
à l’horizon d’un océan de brumes

Le froid n’arrête plus ta main
Ton front trempé de sueur
Tu erres

Tu ne dors plus
Tu ne respires plus
Tu n’écris plus
Tu n’éprouves qu’un lent dégoût de toutes choses


© Xavier Lainé 2017 - Pronoms indéfinis, recueil inédit, II - Tu

Octobre 2002 – Décembre 2005


Manosque - Aix - Paris - Liège - Forcalquier - Tourtour - Chaumont-Gistoux – Volstroff – L’échalp – Abriès – Saint Saturnin les Avignon

vendredi 10 février 2017

V-2 - La lune pleure





V-2

La lune pleure en silence
sur ta page qui demeure blanche

Aurais-tu
Homme aux semelles de plomb
Encore une plume
un verbe à prononcer

Même le désert n’est plus un refuge
Il est bruissant de menaces guerrières

Tu ne dors plus
Tu n’écris plus

Un enfant à tes côtés
calque son sommeil troublé
sur le tien
Des étoiles scintillent encore
scintilleront-elles encore longtemps

Tu ne dors plus
Tu n’écris plus

Tu perds toute identité
tes phrases se brisent
sur la conformité

Tu deviens cette conformité
Elle demeure ton silencieux désert

Plus rien ne vient te sortir
de ta retraite silencieuse




© Xavier Lainé 2017 - Pronoms indéfinis, recueil inédit II - Tu

Octobre 2002 – Décembre 2005

Manosque - Aix - Paris - Liège - Forcalquier - Tourtour - Chaumont-Gistoux – Volstroff – L’échalp – Abriès – Saint Saturnin les Avignon

jeudi 9 février 2017

II/V-1 - Tu ne dors plus





V-1

Tu ne dors plus
Tu n’écris plus
Ta vie se trace en lettres de silence
Tu ne sors plus de chez toi
Tu rejoins « l’homme qui dors »
Tu cherches des mots impossibles
à mettre sur la réalité du monde

Mais rien ne vient
Rien ne vient

Tu ne dors plus
Tu n’écris plus
Tes mots perdent leur sens
Brisés sur le mur
sur la société
Tes mots ne rencontrent que silence
et refus

Tu ne dors plus
Tu n’écris plus

Tu es et deviens l’homme des déserts
Ton Abyssinie ne nécessite aucun voyage
Elle s’impose sous le poids du fardeau
Ton existence se mure dans le silence d’une nuit
sans fin
Tu ne dors plus


Tu n’écris plus


© Xavier Lainé 2017 - Pronoms indéfinis, recueil inédit II - Tu

Octobre 2002 – Décembre 2005


Manosque - Aix - Paris - Liège - Forcalquier - Tourtour - Chaumont-Gistoux – Volstroff – L’échalp – Abriès – Saint Saturnin les Avignon