La glu a encore frappé. Saurions-nous nous tirer de l’épreuve ?
Le dilemme d’une ville moyenne, au pays du tourisme roi et des retraités fortunés cherchant leur résidence senior au soleil, est là.
Le résultat aussi.
Ce que les droites attardées, qui font le lit du Rassemblement National ne voient pas, c’est qu’on ne fait pas une ville humaine avec de grands projets alléchants.
On ne fait pas une ville où il fait bon vivre en ne satisfaisant que sa population moyenne supérieure engluée dans l’ignorance et l’arrogance (tout en se prétendant cultivée).
Le réveil sonne : il est douloureux quand même pour les gens sincèrement de gauche (celle de Gilles Deleuze : « Être de gauche c'est d'abord penser le monde, puis son pays, puis ses proches, puis soi ; être de droite c'est l'inverse. »), mais il est une évidence que nous ne pouvons pas nier.
La France, plongée dans la glu néo-libérale se retrouve avec la gauche la plus pesante du monde : une gauche qui se réduit à un combat d’ego boursouflés qui se répandent sur les médias tenus de main ferme par les oligarques d’extrême droite, chacun convaincu d’avoir raison tandis que les autres sont dans l’erreur.
Pas un mot sur le système qui de génocides en esclavages, de misères répandues en guerres incessantes, cloue notre humanité au pilori d’une poignée d’individus qui ont fait sécession et n’existent qu’à la hauteur de leurs porte-feuilles d’actions, ou, quand on en parle, c’est presque en s’excusant d’être grossiers.
Quand il faudrait creuser les mémoires, astiquer les savoirs, les répandre d’esprits en esprits jusqu’à in-venter une humanité intelligente, que certains voudraient voir plier devant une IA incapable de s’inventer elle-même, on déserte, on fait des discours, et on incrimine l’autre, ce renégat, lui-même de gauche mais encore plus englué dans ce monde devenu immonde.
Nous avons sous les yeux l’art d’y jeter la poudre : pendant qu’on festoie, qu’importe qu’on crève en Méditerranée, au coin d’une rue froide, ou sous les bombes impérialistes.
Face aux difficultés de la vie, faute de s’en échapper pour prendre de la hauteur et réfléchir, il y a de forte chances qu’on s’enfonce.
Nous en sommes à ce stade où faute de voir et dénoncer clairement les tenants et aboutissants d’un monde-proie aux mains de la finance, on se laisse aller aux plus bas instincts, que plus aucune inhibition peut arrêter.
C’est notre quotidien : une bêtise absolue qui fait qu’on raye des noms sur une liste pour n’en laisser qu’un seul, parce qu’on est incapable de comprendre que l’homme seul, même avec les plus beaux projets n’est rien. Nous ne sommes humains que par la force collective que nous élaborons depuis la nuit des temps.
L’homme seul néo-libéral est un fantasme qui le rend esclave d’un monde artificiel dépourvu d’humanité.
Pour nous sortir de cette glu, pour désengluer notre liberté de ces faux-semblants petit-bourgeois, il n’est qu’une solution : travailler, travailler sans relâche à notre intelligence collective.
À défaut, il est bien clair que c’est le pire en l’homme qui fait son chemin : celui qui ne connaît de la relation à l’autre que la domination et donc un jour où l’autre la ruine.
Ruine patente car incapable de voir que tout ne tient pas dans un mono-rail, et qu’au contraire, les pansements posés, la Terre et le monde vivant n’ont que faire d’une espèce qui s’auto-satisfait en se suicidant.
Même les plus belles rues, pavées des meilleurs intentions, ne nous conduiront pas à notre résilience.
Les vivants que nous sommes, aussi sinon plus fragiles que toutes les autres espèces, ne sont rien dans cet univers dont nous ignorons beaucoup de ses ressorts.
Nous avons le choix : la fuite en avant en se voilant la face (ça, c’est fait, au lendemain d’une élection à la campagne entachée de profondes inégalités de traitement), ou de nous poser et réfléchir, cultiver une intelligence collective enrichie des apports de celles et ceux qui parmi nous peuvent éclairer le chemin, non en le pavant de vérités bien ficelées, mais en découvrant au fil du chemin que nous n’en détenons chacun qu’une infime parcelle, un semblant de celle-ci se formant de l’apport de milliers de nuées individuelles jusqu’à faire l’archipel capable de survivre à la catastrophe néo-libérale.
Le culte du chef établi en dieu vivant a fait son temps. Il suffit de lire un peu l’histoire dans ses développements les plus récents comme les plus lointains, pour le comprendre : pour construire les pyramides qu’on nous donne en modèle de ce qu’on nomme « civilisation », combien d’ouvriers morts ?
Ce que nous voyons apparaître dans notre petite ville moyenne, c’est ce suivisme ringard qui conduit les humains parfois, à avoir besoin d’un petit père des peuples pour se rassurer, au risque de ne jamais grandir.
Il n’est pas de sauveur suprême chantaient les communards sous le feu roulant des versaillais du capital.
À mort les penseurs libres et les diffuseurs du savoir, clame un ignoble président américain en mâchant son chewing-gum, le doigt sur le bouton qui éteindrait notre humanité pour longtemps.
Comprendrons-nous l’enjeu ? Lèverons-nous enfin le nez du guidon d’une actualité façonnée par des IA au service des mêmes ? Nous laisserons-nous entraîner jusqu’au massacre final ?
Penser n’est désormais plus un luxe mais une nécessité. À défaut nous continuerons à plonger dans la bêtise la plus gluante.
Xavier Lainé
Manosque, 16-26 mars 2026