dimanche 31 juillet 2016

Etat chronique de poésie 2887





2887

Votre contentement m'est blessure
Moi qui ne sais rien affirmer
.
Je vous suis en ces lieux
D'éminente poésie
Qu'on vous prenne en photographie
Vous ravis et vous souriez
.
Le couteau se retourne dans mes plaies
Je ne sais rien affirmer
.
Peut-être d'ailleurs n'ai-je rien
Rien de poétiquement correct
A proposer à ce monde
Sinon cette entaille dans mon ego
.
Je vais chaque jour de mon pas
N'osant rien dire de cette partie immergée
.
D'ailleurs je n'en sais rien
Si mes doigts tissent poésie
Où autre chose d'inclassable
Qui ne demande que silence et dédain
.
Je suis de ces territoires aventureux
Où l'écriture ne survit que pour elle-même
.
N'ayant d'autre objectif qu'éradiquer
Les monstres qui me possèdent
Je délivre à chaque instant de sa gangue
Le flot impétueux des pensées désordonnées

*

Je vous vois
Je vous suis
.
Demeure dans l'ombre
N'ayant rien à affirmer
Sinon ma soif d'écrire
En toute heure
En tout lieu
.
Ai appris à me taire
Déverse ici le flot retenu
Puisqu'ailleurs ne peut
Rien dire
.


13 juin 2016

© Xavier Lainé, juin 2016, tous droits réservés

vendredi 29 juillet 2016

Etat chronique de poésie 2886




2886

Jour entre deux
Où vont tes rêves à la dérive
Ville piégée
En ses dortoirs sans vie
.
Que communiquer encore
Qui soit audible
A peuple captif

*

Le silence pour emblème
Tu vas par les rues
Soleil ardent sur crâne luisant
.
Une sueur glauque
Coule sur ton échine blasée
.
Les mains se tendent
De porte en porte
Réduites en indigence

*

Tu passes
Comme tant d'autres
.
Tu marmonnes un bonjour
Honteux de cette pandémie

*

Mais comment donc
Toi et les autres
Pouvez-vous tolérer
L'affront
.
Et même
Au secret d'un isoloir
Délivrer blanc-seing
A celles et ceux
Qui vous enfoncent

*

Tu voudrais savoir
Tu voudrais pouvoir
.
Tu rentres pensées lasses
Dans le concert strident
.
Cigales sont de retour
L'été sera de plomb
.


11 juin 2016

© Xavier Lainé, juin 2016, tous droits réservés

jeudi 28 juillet 2016

Etat chronique de poésie 2885





2885

Les poètes en costume
Vont vendre leurs mots
Au marché qui les concerne
Consternés d'autres dorment
A même les trottoirs humides
D'où se retire lentement
La marée sporadique
.
Les poètes vont
On costumes adéquats
Cheveux au vent
Comme de bien entendu
Vendre leurs mots
Au marché qui nous consterne
Un peu plus loin vont les grèves
Qui attendent au tournant
Les poètes patentés
Mais peuvent toujours attendre
Car
.
Les poètes vont
En leur marché
Vendre leurs petits mots
Leurs doucereuses liqueurs
Tandis que monde grogne
Sous la férule des chefs
.
Poètes n'en ont rien à dire
Ils s'en vont vendre leurs mots
Au marché de l'entre soi
Où poésie perd son âme
A n'être lue qu'en indigence
Dans un monde qui crève
Sous le sens perverti
Des discours sans âme
.
Pas d'inquiétude
Les poètes ne veillent plus
Ils vont faire leur marché
Achètent le livre du copain
Qui se porte acquéreur du leur
Les poètes se lisent entre eux
Se consolent comme ils peuvent
Tandis qu'au dehors
Le marché brûle le monde
.


10 juin 2016

© Xavier Lainé, juin 2016, tous droits réservés

mercredi 27 juillet 2016

Etat chronique de poésie 2884






2884

Ne me reconnais pas
En poèmes édulcorés
En sourde évasion
De ce qui est
.
Quoi
Toujours il faudrait
Pour être poète
Se porter contempteur
Des jolies fleurettes
Des doux crépuscules
Des sublimes aurores
.
Le mot pour ne rien dire
Serait le sésame
De ce marché

*

N'ai rien à vendre
A l'étalage
Fut-il de poésie
.
Ma plume trempe
Au vitriol des mots usés
D'avoir trop dormi
Sur les trottoirs d'indifférence
.
Mots comme larmes
De rire ou de tristesse
Vont sur mes pages
En lentes inondations
.
Voudrais savoir
D'un mot un seul
Répandre amour et beauté
Mais toujours l'idée même
Résiste au flot de mes colères

*

Alors m'en vais
Sous vos quolibets
Assister muet
Au crépuscule de mes rêves
.
Rien ne trouvant grâce
A vos yeux consuméristes
M'en vais dormir d'un sommeil éternel
.


9 juin 2016

© Xavier Lainé, juin 2016, tous droits réservés

mardi 26 juillet 2016

Etat chronique de poésie 2883





2883

Pour une fois j'écrirai
En lettres blanches
.
Rien n'apparaîtra
Puisque tout est inepte
Aux yeux des patentés
.
Ils sont là
Les gardiens du temple
A surveiller de près
Chaque faux pas
Sur le chemin orthographique
Chaque erreur
Sur celui de la syntaxe

*

Quelle jolie vigilance
Lorsque les mots s'échappent
Blancs de peur
Dans les brumes matinales
.
Plus loin
Quel outrage
Des artistes vont
En due banderole
Sous les balcons de ministre
.
Tiens donc
La voilà qui s'étouffe
D'être ainsi dérangée
Dans son petit confort douillet

*

Cul par dessus tête
Vont les choses
.
Qu'il est possible de rêver
Mais pas d'utopies
De grâce
Maîtrisez vos songes
.
N'y laissez pas traîner
Quelque monde idéal
Ne frappez point aux portes
Des territoires nouveaux
.
Quelque chose ici meurt
.


8 juin 2016

© Xavier Lainé, juin 2016, tous droits réservés

lundi 25 juillet 2016

Etat chronique de poésie 2882





2882

Un peu vide
Un peu hagard
Le cœur chaviré
L'esprit à la dérive
.
Une fois l'oeuvre échappée
Que te reste-t-il
Sinon attendre que vienne
La fougue d'un nouvel ouvrage

*

Tu puises au jardin du silence
Dans le brouhaha lointain
De l'avenue active
Le pouvoir des mots
.
Mots sans avenir
Dressés sur la page vierge
Comme viatique à tes états d'âme

*

Mots écrits
Ne sont que paroles consignées
Pour ne point s'envoler
Aux petits matins blêmes
Où tu prends conscience
De n'avoir jamais vraiment vécu

*

Tu voudrais pourtant
Comme tant qui vont
Dans les allées d'un marché
Répandre leur poésie
.
Ils savent si bien
Eux
Montrer patte blanche
Où tu ne sais qu'être
Eléphant
Dans un magasin de porcelaine
.
A chaque porte entrouverte
Ton pied devient inutile
Puisque huis trop lourd
Viendrait le briser
Alors tout se referme
Ainsi va ta vie
Que tout se referme toujours
.


7 juin 2016

© Xavier Lainé, juin 2016, tous droits réservés

dimanche 24 juillet 2016

Etat chronique de poésie 2881





2881

Traverse du silence
Tu berces les mots
Au creux de tes bras
.
Ils dorment du sommeil du juste
Ne font aucun bruit
S'illuminent d'étoiles vaines
.
Au passage du désespoir
Tu déposes ta gerbe
Où manque une fleur
Celle qui jaillit
Du fond du cœur

*

Qu'une poignée résiste
Te voilà toutefois réjouis
.
Tes rêves en voulaient plus
Toujours plus qui ouvrent
Leurs esprits au vent
A la révolte
A la puissance des colères

*

Un jour épuisé
Tu regardes le ciel d'orage
Nuées lourdes sur les collines
Où tes pas matinaux
Se frayaient un chemin
Au cœur des brumes épaisses
.
Que sais-tu de ces gens
Cloitrés derrière leurs grillages
Qui dorment en l'aurore triste
Que sais-tu
.
Dans leurs rêves peut-être
Partagent-ils ta colère
Sans oser jamais
En formuler un mot

*

En chaque temps minuscule
Tu lèves un peu le voile
Sur l'impérative démarche
Qui s'impose à ton esprit
Marcher vaille que vaille
.


6 juin 2016

© Xavier Lainé, juin 2016, tous droits réservés