mardi 31 mai 2016

Etat chronique de poésie 2841





2841

Je n'aurai pas de larmes
Lorsque ce monde éteint
De nos mains entre les lignes
Nous aurons écrit son requiem
.
Je n'aurai pas de regrets
Lorsque sans fleurs ni couronnes
Nous irons en long cortège
Insoumis le porter en terre
.
Je n'aurai pas de larmes
Je n'aurai pas de regrets
Je les garde chaque jour
Pour celles et ceux qui s'écroulent
Sous le fardeau d'exister
Envers et contre mauvaises fortunes

*
à Francesco Filidei,
et en écoutant Macchina per scoppiare pagliacci,
une composition de l'année 2004
.

Tant vient la chute
Que tu ne l'attendais pas
.
Un trou dans l'espace temps
Te voilà suspendu
Au frémissement des heures
.
Ici s'écroule un monde
Dans le grondement sournois
Des actes répétés
.
Tant vient la chute
Que tu en attendais le son
.
Te voilà l'esprit affuté
L'oeil rivé aux nuées
Ciel noir d'avoir trop
.
Trop attendu
Trop hésité
Trop tu pour ne rien briser
.
Du miracle d'être ici
Lorsque la chute s'en vient
.


22-23 avril 2016

© Xavier Lainé, mai 2016, tous droits réservés

lundi 30 mai 2016

Etat chronique de poésie 2840





2840

Au matin frais m'en allais
Chercher pain encore chaud
Sortant du four
Cuit avec amour
Peut-être
.
Sur mon chemin ai rencontré
Un homme perdu
Parlant tout seul
Pied nus
Chemise déchirée
Qui ne voyait plus rien
Sinon son infinie misère
.
Ainsi vont les pas
En temps obscurs
Qu'ils croisent
Chaque jour un peu plus
Les symptômes
D'un univers malade

*

Bien sûr mes yeux
Posés sur la beauté des feuillages
.
Bien sûr mes oreilles
Ouvertes au Requiem allemand
.
Bien sûr mon esprit
A l'écoute de l'infinie nostalgie
.
Bien sûr mes rêves
A l'affut d'un autre monde
.
Mais tout
Toujours
Remis au lendemain

*

Car pas le temps
Lorsque pas se trouvent
Dirigés vers d'autres horizons
Où se perdent actes et pensées
Au vide abyssal
.
Car c'est ici qu'ils nous projettent
Au bord du vide
.


22 avril 2016

© Xavier Lainé, mai 2016, tous droits réservés

dimanche 29 mai 2016

Etat chronique de poésie 2839





2839

Puis passer une journée sans un mot
Sans l'embryon d'un moment
Où laisser s'épanouir
Petite faille pour les pensées

*

En méditerranée on meurt
Croyez-vous que ça indignerait
Les foules en délire
.
Point
.
Rien
.
Ici on peut vous écraser
Sans l'ombre d'une indignation

*

En cette ignominieuse époque
Les valets vont s'épandre
Comme lisier sur les terres incultes
.
La récolte sera insipide
Soyez-en certains
Que leur importe
Que peuples crèvent
Qu'amour s'étiole
Au gibet de mauvaise vie
.
Rien
.
Point

*

Alors m'en vais dormir
Colère en l'esprit
De ne savoir aller
Au devant de vos frêles esquifs
Vous qui fuyez
L'ignominie de ce monde
.
M'en vais tenter encore
Quelque rêve sans fortune
Pour ouvrir les portes
De mon crépuscule
A vos âmes meurtries
Leur ouvrirai les bras
Pour un ultime sommeil
.


21 avril 2016

© Xavier Lainé, mai 2016, tous droits réservés

vendredi 27 mai 2016

Etat chronique de poésie 2838





2838

Ô vous
Regard posé sur la page
Où se tordent mots
Qui ne savent encore quoi dire
.
Ô vous
Qui lisez les lignes
Prenez pour vers
Ce qui n'est que pensée hachée
Sur le billot des rêves perdus
.
Vous qui déchiffrez
L'indéchiffrable monologue
Qui voyez plus loin
Ce que les mots ne disent pas
Ne diront jamais
.
Arrêtez-vous un instant
Au bord de mes rives silencieuses
Restons là
Pensées ballantes
Goûtant le frais vent
Venu des cimes orageuses

*

Au jardin solitaire
M'en suis allé matin
Offrir petite boisson
Aux roses à peine écloses
.
Que sais-je de cet éveil
Qui fend la ville
De sa routine sans âme

*

Les mots
Sous l'apparence de la caresse
Parfois se font dard ou épine
Sous la peau de celui qui les prononce
.
Les mots qui prennent l'apparence du miel
Parfois cachent une arme redoutable
Au coeur de celui qui les reçoit
.
C'est un éternel numéro d'équilibriste
De savoir s'il faut écrire ou pas
Parler ou se taire
.


20 avril 2016

© Xavier Lainé, avril 2016, tous droits réservés

jeudi 26 mai 2016

Etat chronique de poésie 2837





2837

Je vais avec mes larmes rentrées
Je vais et je fuis
M'enfuis et me cache
Qu'aurais-je à dire encore
Atterré devant insipides dérives
.
Je vais avec mes larmes rentrées
Suis les chemins escarpés
Où liberté guide mes pas
Hors vos horizons prédéfinis

*

Ne suis jamais où il faut quand il faut
Arrive toujours après la bataille
Ne sais penser qu'en mots d'escalier
.
Je dérive à la surface du temps
M'interroge toujours
Sur la justesse de mes propos
.
Toujours reviens en arrière
Trouve stupide de m'en mêler
Puisque d'autres ont prétention à être
.
Tandis que n'ai plus d'existence
Depuis qu'au front des luttes ai perdu
Ma foi en un monde meilleur demain
.
Puisque sais désormais
Ne rien avoir à attendre
Qui vienne de mon vivant
.
M'en vais larmes rentrées
Décliner ma non identité
Derrière le paravent des apparences

*

Au ciel rouge d'un printemps colérique
J'écris en lettres noires
La juste insoumission
Aux ordres établis
.
Voudrais savoir balancer pavés
Mais ne peut point
Tant au fond violence me révulse
.
Mais voudrais quand même savoir
.

19 avril 2016

© Xavier Lainé, avril 2016, tous droits réservés

mercredi 25 mai 2016

Etat chronique de poésie 2836





2836

Aurais-je encore à dire
Que les flots d'oppositions
Et d'intransigeance
M'emporteraient au diable
.
N'ai donc aucun point de vue
A délivrer de la gangue de silence
Qui fut mon refuge tant d'années

*

Au fond me voici en terre d'amnésie
Nul ne se souvient de ce qui fut enduré
.
Il en est ainsi
Lorsque les coups sont trop forts
Le torturé oublie ses blessures
Et embrasse son bourreau
.
Sauf que les plaies ne cessent
De saigner sans jamais trouver cicatrice

*

Que dire donc
De ces humains fuyant le désastre
Capables de toiser la mort
Pour chercher refuge
N'importe où
N'importe comment
Du moment qu'ils n'entendent plus
La rumeur de nos bombes
.
En quelles plaies universelles
Trouveront-ils chemin
Qui construise réconciliation
Lorsque tout se dérobe
Sous leurs pieds fatigués
.
Ils sont ce que nous sommes tous
Des êtres marchant d'un continent
Vers un autre imaginaire
Imaginé
Qui ne ressemble en rien
A celui quitté
.
Qui ne ressemblera en rien
A celui rêvé
Mais rêvé quand même
.


18 avril 2016

© Xavier Lainé, avril 2016, tous droits réservés

mardi 24 mai 2016

Etat chronique de poésie 2835





2835

Jusqu'à faire exploser les rêves
En un grand feu d'artifices
Pour que parole s'ouvre
A l'au-delà des mots ruminés
.
Jusqu'à faire exploser les rêves
Qui vont bien plus loin
Que rhétoriques usées

*

J'en ai arpenté des déserts
Y laissant mes pas d'enfant
.
Je poursuivi des horizons
Qui toujours se faisaient mirages
.
J'ai porté mes rêves
A bout de bras
Souhaitant au plus profond
Les voir prendre chair
.
Lorsque crépuscule tombe
Me voici vague à l'âme
Passablement désespéré
De ne pouvoir partager
Ma soif d'un autre monde

*

Alors j'ouvre la page
M'en vais
En la discrétion de l'antre
Epancher au papier virtuel
Les larmes rentrées
.
Une fois la lutte brisée
Sauriez-vous le fleuve
Qui emporta les peines
Que vous n'imaginerez jamais
En quels affres fut
Le convaincu d'hier
Devenu le con vaincu d'aujourd'hui

*

D'un soupçon de vérité
Je prolonge la nuit de mes doutes
Je cueille à plein mot
Le soupir étoilé
L'ardente soif
.


16 avril 2016

© Xavier Lainé, avril 2016, tous droits réservés