jeudi 31 mars 2016

Etat chronique de poésie 2789





2789

Tu pourrais rester là
Muet
.
Ne plus rien dire
Puisque ce qui est écrit
Jugé non conforme
Aux canons de digne poésie
Ne trouvera place nulle part

*

Tu pourrais rester là
Muet
.
Tu étais bien parti pourtant
Une enfance heureuse
Une belle insouciance
Lorsque jeunesse fut
.
C'était sans mesurer
En quel monde tu tombais

*

Tu pourrais rester là
Muet
.
Tu n'étais pas préparé
A la barbarie d'un temps
Sans états d'âme
.
Tu croyais que rêver
C'était s'engager corps et âme
A faire accomplir au monde
Une spirale ascendante
Vers du toujours mieux

*

Tu pourrais rester là
Muet
.
Que de fois on t'a dit
Qu'il valait mieux apprendre
A ne rien dire de non autorisé
.
De soumission en injonction
On te voulait bon petit bourgeois
Avec joli métier te faisant riche
.
Et parader parmi ceux de ta caste
.


26 février 2016

© Xavier Lainé, mars 2016, tous droits réservés

mercredi 30 mars 2016

Etat chronique de poésie 2788





2788

Alors ?
.
Alors...
.
Atterré !

*

Tant de dit et de redit
Tant qu'il en vient nausée
A ressasser sempiternelles
Balivernes usées
.
Tant qui se dit
Tant qui se répète
Propos insipides
Ou nauséabonds
.
Qu'à ouvrir yeux et oreilles
Vertige te prend et ne te quitte

*

Quelque chose de grippé
En l'âge qui vient
Car n'a pas vécu si longtemps
Pour voir réduites toutes espérances
.
Te revois encore
En ta prime jeunesse
Brandissant de plume sûre
La soif d'une autre vie
.
Toujours remise au lendemain
La voilà qui se détricote
Sous le couteau des malfrats

*

Atterré tu abordes le journaliste
Atterré tu t'enfermes en ta nuit
.
Puisque rien n'est jamais venu
Qui te rende légère la vie
En viens parfois à souhaiter
Que le calvaire ne dure pas trop
Que fin s'en vienne débonnaire
Sans l'avoir provoquée
Mais sereine
Abréger tes tourments
Eponger tes larmes
.


25 février 2016

© Xavier Lainé, mars 2016, tous droits réservés

mardi 29 mars 2016

Etat chronique de poésie 2787





2787

Les chenilles tissent leur toile
Cocons brillants dans le clair matin
Nul ne s'en soucie
Nul ne s'en soucie
.
L'eau monte comme jamais
Noie et ronge lentement la terre
Nul ne s'en soucie
Nul ne s'en soucie

*

Il te faut un bon coup de poing
Pour réagir à l'agression
Mais qu'en silence se tisse
La toile des évidents mensonges
Tu n'en dis rien
Tu n'en dis rien
.
Qu'on te vole ta télévision
Qu'on te pique ton portefeuille
Te voici en émoi
Te voici en émoi
.
Qu'on liquide ta vie
Qu'on te condamne
A l'éternel esclavage
Tu ne dis mot
Tu ne dis mot

*

Un silence poisseux
Se pose sur la marée
Etouffant les salves
Tirées à bout portant
Sur tes raisons de vivre
.
Tu consultes et te plains
Bouffe avec respect
Ta prescription d'anxiolytiques
Pour oublier la poix
Pour chasser le couvercle
De plomb posé
Sur tes épaules graciles

*

L'amour et l'amitié
Le lit qui les sépare
Seraient un baume
.


24 février 2016

© Xavier Lainé, mars 2016, tous droits réservés

lundi 28 mars 2016

Etat chronique de poésie 2786





2786

Alors ?
.
Alors quoi ?
.
Toujours rien ?
.
Non, trop !

*

Trop
Trop de crimes impunis
Trop de soumissions
Volontaires ou involontaires
Mais trop

*

Qu'un poing rageur se lève
Le voici traduit
Devant vos tribunaux d'injustice
.
Qu'un autre de vos amis
Planque son oseille
Le voici arrogant
Sortant libre de vos prétoires

*

Alors ?
.
Alors quoi ?
.
Toujours rien ?
.
Non, trop !

*

On vous taille
On vous morcelle
On vous réprime
On vous emprisonne
On vous exclut
On vous expulse
On vous tond
On vous assassine
.
Que dites-vous ?
.
Rien

*

Alors ? Alors rien !
.


23 février 2016

© Xavier Lainé, mars 2016, tous droits réservés

dimanche 27 mars 2016

Etat chronique de poésie 2785





2785

Alors
.
Alors
Rien

*

Matin de brume
Froid en dedans
Esprit gourd
S'en vient mutin
Contemple et lit
S'en retourne
Harassé
Epuisé
Dégouté

*

Un instant arrêté
Même pas ouvrir les volets
Juste capter à travers vitres fermées
La vie au dehors telle qu'elle est
Avec ses maigres beautés
Ses petits et grands travers
.
Choisir la diagonale
Pour ne rien croiser d'insignifiant
Chaque jour se mettre à l'oeuvre
Sans jamais défaillir
Puisque sombrer en mutisme
Relèverait d'une déchéance
.
L'homme se nourrit de mots
Souvent se paie d'illusions
Sur leur portée
Sur leur audience

*

Alors
.
Alors
Quoi

*

Si peu et tant
Puisqu'il faut suivre le chemin
Ne pas désespérer tout à fait
Lorsque le jour s'habille de gris
.


22 février 2016

© Xavier Lainé, mars 2016, tous droits réservés

samedi 26 mars 2016

Etat chronique de poésie 2784





2784

Et pourtant je me suis tu
Pour ne plus rien entendre
Des sombres réprimandes
Des paroles sans fond
Des mots informes
.
Et pourtant je me suis tu
Empruntant les chemins de traverse
Où dans les bois montait
La lente symphonie printanière
Milliers d'êtres volatils
Heureux de saluer le jour

*

Soleil haut levé
Paupières lourdes
Tu cherches parcelle d'ombre
Dans le frais mouvement
D'un doux zéphyr

*

Parfum de printemps
Sur les ailes posé
Vole d'un horizon l'autre
.
Terre
Terre si douce
En ton levant d'ombre
Suit le cours abusé des eaux
Canaux boueux d'avoir trop vécu

*

Je me suis tu
Rien ne valait
Le sentier du silence
Comme requiem aux pensées mortes
D'avoir été trop défendues
.
Je me suis tu
Pour le seul plaisir d'écouter
Un chant timide d'oiseau
Dans l'aurore délicate
Où mot s'absentaient
.
Je me suis tu
Pour laisser la beauté
Resplendir sous les ombrages
D'humeurs vagabondes
.


21 février 2016

© Xavier Lainé, mars 2016, tous droits réservés