lundi 29 février 2016

Etat chronique de poésie 2763





2763

Tant roué que plus une parcelle
Ne soit irritée d'être
.
Cerveau dans les brumes
Ouvre la porte de l'aube tardive
.
Il n'est plus rien à sauver
Une fois bruits et fureurs
Plantés entre deux oreilles

*

M'en vais cependant
Glaner ici et là
Au hasard des pages lues
Quelque raison de semer
Mes mots matinaux
Plantés entre pensées défaites
.
Il me faudrait suspendre
Mettre une parenthèse
Sur la nécessité d'écrire
.
Il me faudrait apprendre
A mettre de l'ordre
En ce fatras sans issue
.
Chaque jour qui passe
Epuisé ou pas
Ne sait qu'aligner
Sur la page vaine
Le long cortège

*

Gueux parmi les gueux
Parfois vibrant de colère sourde
Voudrais savoir énoncer
Les paroles à jamais tenues
.
Il n'est d'heure ni jour
Qui ne laisse les doigts engourdis
Sur le seuil des rêves éphémères
.
Gueux parmi les gueux
Tu quittes les zones de turbulences
Où s'épanchent en leur fiel
Les âmes damnées du siècle
Puis t'en retournes soupirant
.


28 janvier 2016

© Xavier Lainé, février 2016, tous droits réservés

vendredi 26 février 2016

Etat chronique de poésie 2762





2762

C'est course contre les brumes
Marathon contre le courant
Et tu rames
.
Tu rames
Voiles affalées
A la poursuite de ce rien
Où décliner juste un peu
Petites choses qui te ressemblent

*

Brume au dehors
Brouillard au dedans
L'aurore te laisse
Bride au cou
Boulet aux pieds
.
Chaque jour ainsi
Tu regardes s'éloigner
Maigres chances de répit

*

Non que soit bagne
Ton art et ta matière
Mais tu rêves parfois
D'en pouvoir lâcher sur la durée
L'impérieuse nécessité
.
Petites bouches à nourrir
Grands appétits de vivre
Vont progénitures
Décliner leur soif
Sur les rives alimentaires
Où s'épuisent tes ressources
.
Dès lors t'en vas
Te remets à l'oeuvre
Sans l'ombre d'un souffle

*

L'air vif vient à ta rencontre
Il caresse un espoir d'hiver
Le feu en l'âtre sommeille
Hésite à libérer sa flamme
.
C'est que tu vas comme le monde
Il t'enserre en ses griffes
En longs cortèges de défaillances
.


27 janvier 2016

© Xavier Lainé, février 2016, tous droits réservés

jeudi 25 février 2016

Etat chronique de poésie 2761





2761

Même pas vu passer
Secondes
Minutes
Ou heures
Et même le jour
Me laissant coi

*

Les mots parfois
S'absentent ou tardent
Puis l'horloge
Vient en effacer le cours
.
Un peu perdu
Lorsqu'ainsi noyé
En la tyrannie du temps
Le crépuscule te saisit
A peine l'aube défaite

*

Tu attends un signe
Un tout petit
Celui d'une aventure
D'un moment de grâce
.
Rien n'arrive
Tu te lasses
Lorsque la fenêtre s'éclaire
Tu te tais

*

Au paysage obscur
De tes pensées sombres
Vont en lent cortège
Tes propos sans cohérence
.
Tombent comme neige
Les mots insensés
Tombent comme pluie
Les pages éperdues

*

Chaque jour s'épuise
S'en va éreinté
Décliner ses rêves en loque
Où tu voudrais savoir
Glaner le fragile instant
D'émoi et d'amour
Qui toujours s'évanouit
.


26 janvier 2016

© Xavier Lainé, février 2016, tous droits réservés

mercredi 24 février 2016

Etat chronique de poésie 2760





2760

Si belle face de lune
A l'Est du jour
Avec petite nuée
Barrant son front soucieux
.
Plus loin
En grande clarté de couchant
Vont les cimes de l'hiver
Qui soufflent aux cœurs chauds
Leurs petites brises enneigées

*

De quelle poésie je parle
Je ne sais
Je ne sais
.
D'ailleurs n'en parle pas
Me contente de chercher
Doux chemin pour l'écrire

*

Si souvent reste de bois sec
Devant l'âtre où mots brûlent
Mes doigts froids et gourds
.
Alors je guette l'instant volé
La tendresse évanouie
Le moment de désir fugace
.
Quand au crépuscule il vient
Je demeure de silence
A l'instant de la rencontre

*

Viendras-tu calmer ma fièvre
Douce fée penchée
Sur l'autre rive d'un monde
Où se noient poètes et poésie
.
Franchiras-tu le cap
Voiles dehors dans le vent
Poussée d'amour
De vibrante extase
.
En la voie lactée j'attendrai
Qu'en fous soupirs vienne
L'heureux instant tissé d'oubli
En baiser léger posé sur tes lèvres
.


24 janvier 2016

© Xavier Lainé, février 2016, tous droits réservés

mardi 23 février 2016

Etat chronique de poésie 2759





2759

Ma maison devenait de carton
Couverture de pages blanches
Sur les murs de papier
Ma plume allait bon train
.
Par les fenêtres ouvertes
Les mots jaillissaient
Frêles esquifs
A l'assaut d'un temps gris

*

Vous me voyez
Je suis tapis dans l'ombre
Perdu dans ce mille-feuille délicieux
Où se répandent les pensées
.
Ici s'inventent des mondes
Au carrefour des idées
Prennent le train des rêves
En partance pour nulle part
.
Vous me voyez
Voyageur silencieux
Je vais de mon pas de plume
Dévorer page à page
.
Ma faim est insatiable
Ma soif est immense
Mon seul désespoir
Ne venir jamais au terme du voyage
.
Chaque jour dépose son obole
Dans le silence feutré
Entre mes murs de papier
Où se parlent tant d'amis
.
Ils franchissent l'horizon des siècles
Se bousculent au rayon
Parfois se font pitreries
Lorsque les mots ont bien bu
.
Ivres de ce séjour
Je les sais d'un naturel discret
Ils viennent cependant
En cet hiver perdu
Me tirer par les pieds
.


23 janvier 2016

© Xavier Lainé, février 2016, tous droits réservés

lundi 22 février 2016

Etat chronique de poésie 2758





2758

En l'incertitude
Tu vas vers les cimes
T'arrêtes un instant
Devant l'immensité
Croisant le ciel
Et sa beauté diaphane

*

Du lointain où s'ouvrent tes yeux
Marche
Marche donc
.
Ouvre la perspective des rêves
En la douce flamme du soir

*

C'est ardent que tu te pends
Aux ultimes nouvelles du vent
.
Bouche ouverte sur les étoiles
Tu chuchotes un nom
.
Tes mains délacent
A l'horizon infini
L'ultime corsage
D'un jour fade

*

Tapi dans l'ombre tu attends
Cette âme qui te possède
Depuis si longtemps
.
Elle veille sur tes sommeils
Parfois s'assoupit tendrement
Sur ton épaule épuisée
.
A lèvres ardentes
Elle vient boire
Les douces pensées retenues
.
En cette ivresse
Elle te délivre
Du poison lentement bu
.
Une onde de liberté
Court le long de ton échine
En tendre frisson éperdu
Il est l'heure de refermer les bras
.


22 janvier 2016

© Xavier Lainé, février 2016, tous droits réservés

dimanche 21 février 2016

Etoiles filantes




Gammes", carnet - Photographie de Xavier Lainé, tous droits de reproduction réservés




Nous voici au terme du voyage
Beautés évanouies dans les brumes
Nuées dispersées au vent du large
Soleil amoureux entré par effraction

En des tablées d'amicales rencontres
Mer au loin perdue en ses marées
D'écume abreuvés en mousses d'ombre
Foule dense au lointain de vie perdue

Seins nus dans les embruns solitaires
Tes yeux viennent et brillent
Etoiles filantes aux soirs de désir
Tes pieds dans le sable tes courbes en la dune

Tu te penches à la table des accueils
Ta peau est un écueil aux pupilles
Ouvertes sur les ultimes rayons

Demain à l'aube ton pas effacé
Au sable laissera le goût amer
D'un rendez-vous différé




Extrait de "Gammes", carnets inédits
© Xavier Lainé, avril 2011, juin-juillet-septembre-novembre 2013, janvier-février-avril-mai-juin-juillet-août 2014, septembre-octobre-novembre 2015, février 2016




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