samedi 31 octobre 2015

Etat chronique de poésie 2629





2629

Ecrire c'est tenter de mettre un frein
Mais parfois la pente est si raide
Que le meilleur ne tient

*

Le temps nous joue des tours
Invention diabolique
Il nous harcèle de son passage
Ne laisse aucun répit
.
Et nous courrons
L'âme en alerte constante
Ne sachant que faire
De nos intelligences partielles
.
En quelle vocation
Pourrais-tu durer
Puisque portes ne sont
Qu'entrouvertes
Sur ton chemin pierreux
.
Tu trébuches si souvent
Tentes de te rattraper
Aux poignées glissantes
Et l'huis se referme
Sur tes doigts gourds

*


Les mots te viennent
Puis s'absentent
Il te faudrait un filet
Ou une ligne
Pour en arrêter l'évasion
.
Tu encolles les pages
Histoire d'arrêter
L'hémorragie verbale
Mais rien n'y fait
Te voilà silencieux
Et l'oeuvre prend du retard

*

Dès lors en reviens au temps
Que tu frappes de ta plume
Pour le vacciner de te jouer ses tours
Mais il insiste
Le bougre
Et te voilà suspendu
.


11 août 2015

© Xavier Lainé, octobre 2015, tous droits réservés

vendredi 30 octobre 2015

Etat chronique de poésie 2628





2628

Tu appelles
Mais c'est en vain
.
Tu écris
Ne reçois rien
.
Ainsi vont les temps
Qu'ils effacent
Petits signes de politesse
.
Ne pas répondre
Laisser tomber les cris
Au puits des indifférences
.
Tu appelles
En vain
Ecris
Pour rien

*

Mais voici que viennent
En cohortes de lamentations
Les déçus de n'avoir rien fait
Lorsqu'il était temps
.
On s'étonne devant les murs
Erigés en protections sordides
Les portails automatiques
Autour des demeures sans livres
.
Une télévision grand écran
Tient place de cerveau
Aux domiciles bien rangés
Des similis et pacotilles
.
Ils viennent pourtant
Hurlant d'être à leur tour
Dépossédés de tout pouvoir
Trop tard puisque tout s'écroule
Trop tard fallait vous réveiller

*

Dans le petit matin blême
Un cliquetis de clavier
Frémit sous le souffle frais
D'une aurore automnale
Jour de paix en berne
.


10 août 2015

© Xavier Lainé, octobre 2015, tous droits réservés

jeudi 29 octobre 2015

Etat chronique de poésie 2627





2627

Comme une vague mon frère
Comme une vague
.
Et celle-ci ne sera pas de celles qui noient
Des innocents
.
Celle-ci sera à la mesure d'un monde
Que nous avons à inventer

*

C'est à la mode
Qu'il dit
C'est à la mode
Alors il me le faut
Puisque c'est à la mode
.
Y'a pas les sous
M'en fout
C'est à la mode
Donc il me le faut
.
Plutôt crever
Que de n'être pas
A la mode de tous
Et marcher du même pas
Oreilles bouchées
Aux rythmes anglo-saxons
Pour ne pas entendre
Le cri des suppliciés
.
C'est à la mode
Alors il me le faut
Qu'importe fric gagné ou volé
Du moment que j'suis
A la mode bien vendue
Me voilà appât
.


9 août 2015

© Xavier Lainé, octobre 2015, tous droits réservés

mercredi 28 octobre 2015

Etat chronique de poésie 2626





2626

Tu guettes d'un œil inquiet
Le coup de pied de l'âne
.
Il vient
Il arrive
Il te botte le train
Te bouscule et te culbute
.
Te voilà
Sans dessus dessous
Un peu hagard
Sous les mauvais coups

*

L'enfant dans sa juste colère
T'emporte en son tumulte
.
Ô comme tu avais rêvé
De lui offrir autre chose
.
Mais quoi offrir
Lorsque monde lui met
A portée de main
Plus que tout
.
Et te le rend
Moins que rien

*

Regard lourd
Lorsque tu pousses la porte
L'enfant sauvé du naufrage
Porte haine et crainte
Et tu ne sais
Que dire qui soient mots
Capables de réconciliation
.
Trop
Trop
Te voilà poids aux épaules
Incapable d'agir
En ta propre demeure
.
Au dehors roulent
Larges nuées noires
Que vent ne sait défaire
Sur tes sentiers douteux
.


8 août 2015

© Xavier Lainé, octobre 2015, tous droits réservés

mardi 27 octobre 2015

Etat chronique de poésie 2625





2625

Gris dehors vague dedans
Matins s'écoulent
Ne cessent de se ressembler
.
Un peu désarticulé
Tu ouvres ta fenêtre
Puis rien ne vient
Sinon toujours
La vague et le ressac
.
Navire à quai
Désormais sans hunier
Sans gouvernail ni voiles
Affalé tu soupires

*

Affalé
C'est le mot
Comme voiles sans consistance
.
Affalé
Tant chaque jour te trouve
Galérien d'un temps sans âme
.
Affalé
Sur le banc de nage
Où tes rames dorment
.
Affalé sous la vague
Tu rêves de noyade
Sous l'avalanche sournoise
De formulaires et questionnaires
.
Justifier de ci
Justifier de ça
Tenir compte
Prouver que tu es honnête
Tandis que malhonnêtes pérorent
Sur toutes les ondes
Plastronnent sous les ors
De nos défaites silencieuses
.
Affalé sous la charge
Bourrique du passé
Rêves éparpillés dans les buissons
Tu guettes d'un œil inquiet
.


7 août 2015

© Xavier Lainé, octobre 2015, tous droits réservés

lundi 26 octobre 2015

Etat chronique de poésie 2624





2624

J'en fais des tours et des détours
Une biographie en suit une autre
Toujours me parviennent
Poèmes volés une fois vie envolée
.
J'en fais des tours et des détours
Tandis que Marina oscille
Au bout d'une corde
A Elabouga
.
Le siècle n'avait que quarante ans
Enterré à quinze dans la boucherie
Terre tranchée aux veines
Sang d'espoir englouti
.
Quatorze ans avait le siècle
Que déjà il rampait sous la mitraille
Les poètes mourraient au champ d'horreur
Ou pendus de ne savoir vivre encore
En temps de tristes présages

*

Elabouga
Et plus loin combien de camps
Combien de vies brisées
Ne survivant qu'au travers de mots
Perdus puis retrouvés
Dans le désert laissé
.
Elabouga
Combien de barbelés
Dressés aux frontières de l'absurde
Où Marina Oscille
Tout au bout de sa corde
Dans le silence glacé
D'un siècle déchiré
.
De camps en camps
Volent nos consciences engluées
Dans le suave parfum des dogmes
Où croupissent en geôles
Les chants des poètes désespérés
.
Un vent de folie nous traverse
Dès l'instant qu'au silence
Sont vouées nos consciences abusées


.
6 août 2015


© Xavier Lainé, octobre 2015, tous droits réservés

dimanche 25 octobre 2015

Etat chronique de poésie 2623





2623

C'est toujours un peu étrange
Ce public restreint
Dès qu'il s'agit de n'être pas
Dans la conformité du monde
.
Pourtant s'en viennent
Les contestataires de haut vol
Reprenant mêmes procédés
Que ceux qu'ils vouent
Aux gémonies de leurs marges
.
La marge est immense
Où savoir inventer
Ouvrir d'autres parenthèses
.
Puisque si peu sommes
A jouer dans l'arrière-cour
Spécialistes des coulisses
A quoi bon singer
La bonne bourgeoisie esbaudie
Devant l'érudition des auteurs
Nourris à l'encens illusoire
Des bénéfices éditoriaux

*

Tu tournes le dos
Rentré chez toi
Te livres à la volonté
De tes rêves toujours enfuis
.
Les pages s'amoncèlent
Qui n'ont aucun sens
Plongeant en la beauté
Des lumières d'automne
Pour en tirer l'encre vive

*

Tu mélanges les dates
Brouilles les pistes
Ne montres rien
.
Ne montres rien
Sinon ce que plume dessine
Entre deux passages de nuées
Qui ensemence le bleu du ciel
Cries encore avec les meurtris
Leur dépeint ce qu'ils ne verront jamais
.


5 août 2015

© Xavier Lainé, octobre 2015, tous droits réservés

samedi 24 octobre 2015

Etat chronique de poésie 2622





2622

Trop noir ou trop blanc
Mais toujours trop
.
Bien sûr piocher
En la beauté du monde
La force d'écrire
.
Mais pourquoi diable ne pas voir
Ne pas faire le pas de côté
Plonger en cette armée défaite
Qu'au nom de la beauté
Je voudrais voir rire et chanter

*

Sur ma route j'ai croisé
Une multitude au regard triste
Et une poignée heureuse
.
Sur ma route j'ai rencontré
Une multitude de méfiants
Et une poignée collective
.
Sur ma route j'ai rencontré
Une foule de solitaires
Une parcelle solidaire
.
Sur ma route j'ai rencontré
Une armée de cauchemars
Une infime bande de joyeux lurons
.
Devinez qui je préfère
Devinez qui je chéris

*


Mais voilà que si peu hier
Vont bien plus nombreux désormais
Les convaincus du faire
.
Agir n'est pas si compliqué
Suffit de savoir lire
Au cœur des hommes endormis
Et savoir susciter le réveil des consciences
Pour que marchent avec les exilés
Ceux qui hier vivaient terrés
.
Levez donc la tête
Excusez ma tristesse parfois
.


4 août 2015

© Xavier Lainé, octobre 2015, tous droits réservés

vendredi 23 octobre 2015

Etat chronique de poésie 2621





2621

J'voulais mettre un bon coup de pied
Dans la fourmilière des indifférences
Bien sûr pas toutes et tous
Dans le même panier
Y'a celles et ceux qui déjà ont fait
Bien avant que langues se délient
Que les yeux se décillent
J'voulais mettre un bon coup de pied
Dans la fourmilière des idées toutes faites
.
Remuer un peu l'humus de notre humanité
J'étais prêt à me poster seul avec mon gong
Du Tibet devant les portes où sont gravés
Trois mots "Liberté Egalité Fraternité"
J'voulais ouvrir mes mots aux passants
Qui regardent leurs pieds
Pour ne pas voir les mains tremblantes
Tendues devant sébile vide désespérément
J'voulais gueuler un bon coup
Pour ne pas poétiser en vain
.
Pour ne pas m'endormir sur mes lauriers
Vibrer dehors à l'unisson de mes pages
Qui ne jaillissent d'aucune tour
A l'abri d'un monde perdu
J'voulais et une poignée répond
Et c'est déjà beaucoup
Mais pas encore assez
J'voulais d'un mot faire ronde
Pour briser les chaines écoeurantes
Des paroles de fiel répandues
Aux écrans glauques de nos vies étriquées
.
J'voulais j'voulais et je vous vois approcher
J'peux rien faire d'autre qu'écrire
On n'se refait pas on poursuit sa route
Eternels réfugiés de nos rêves en partance
J'voulais vous ouvrir mes mots
Et chaud au coeur ouvrir ma porte
Un matin de presque automne
Pour que jamais l'hiver ne puisse triompher
De nos fous désirs d'humaine faim
Dame poésie se nourrit d'émotion
Mais puise ses vers dans la terre
Où l'homme naît Homme s'il sait tisser ses amitiés
.


3 août 2015

© Xavier Lainé, octobre 2015, tous droits réservés

jeudi 22 octobre 2015

Etat chronique de poésie 2620





2620

Ils ne sont pas syriens
Ils ne sont pas kurdes
.
Et dans l'affolement
D'une émotion médiatique
Les lèvres de fiel
Politiquement correcte
Nous feraient presque oublier
La discrimination qui se poursuit
.
Ils ne sont pas réfugiés
Ils ne sont pas "migrants"
.
Et dans l'engouement de nos villes
Pour le sort des non encore noyés
On pourrait presque croire
En leur inexistence
Pendant que leurs camps
Sont toujours objet de vindicte
.
Saurions-nous accueillir
Tout ce qui bouge et s'émeut
Tout ce qui vibre
Dans un regard humain
.
A fixer un nombre
Avant d'ouvrir les portes
C'est l'ombre d'un choix
Qui cache la mauvaise foi
.
Ils sont syriens ou kurdes
Ils sont africains ou érythréens
Ils sont tibétains et roms
Ils ont tous droit au même regard
Tous droit à la même vie
Dont la nôtre se repaît
A oublier le battement d'un cœur

*

A chaque être brisé
A chaque vie broyée
C'est un plomb de plus
Dans l'aile de tes rêves
.
Parfois donc
Ton pas se fait trop lourd
.


2 août 2015

© Xavier Lainé, octobre 2015, tous droits réservés