vendredi 31 juillet 2015

Etat chronique de poésie 2548




2548

Tōru Takemitsu: And then I knew t'was wind (1992)
.


.

Et puis
Tu vois
J'ai appris à lire
Dans le vent rageur
Les messages oubliés
Déposés en l'urne
D'un temps défait
.
J'ai lu
Entre les nuées
Les idées légères
Les baisers de braise
Les petits soucis
Les folles envolées
Les tenders secrets
.
J'ai appris à lire
Dans la fureur
D'un courant d'air
Les portes qui claquent
Au front d'un coeur
Transi
D'avoir trop rêvé
.
En la page des secrets
A l'encre sympathique
J'ai écrit sur la robe
D'une aurore délicate
Fragile et trouble
Les doux souvenirs
Les fous amours
.
Et puis
Tu vois
J'ai appris à lire
Dans le vent tendre
Dans la rosée aimable
Ai suivi le fil
D'un jour mal réveillé
.


22 mai 2015

© Xavier Lainé, juillet 2015, tous droits réservés

Mal édition

Puisque désormais c'est ainsi : inutile d'abreuver des éditeurs, enfermés dans leur propre monde, de tapuscrits qu'ils ne trouveront pas le temps de lire.
Inutile donc d'attendre une version papier, et, à défaut donner à lire, quand même. 
Le reste, tout le reste viendra peut-être à titre posthume, peut-être, à moins que tout disparaisse, sous les feux de la vieillesse…

Voici donc trois nouveaux ouvrages :


Sentiers du silence, en souffrance dans mes tiroirs depuis presque dix ans


Lire dans l'écoulement du temps, une compilation de textes écrits chaque matin sur Facebook


Disgrâces, petits textes matinaux récents, expérimentés aussi sur Facebook


Bonne lecture !

Xavier Lainé

jeudi 30 juillet 2015

Etat chronique de poésie 2547





2547

En mai n'ai rien fait
En mai n'avais aucun pavé
Aucune barricade à construire
.
En mai comme tous
Allais en mon pas de soumissions
Regardant mes pieds
Pour ne rien voir
Du ciel et de ses promesses

*

En l'impression d'étouffer
Saurais-tu trouver sursaut
Ouvrir les fenêtres
Chercher l'oxygène
Respirer l'air pur
A condition qu'il y en ait
.
Tu te noies dans l'âpre résolution
Te heurtes aux murs qui cachent
La possibilité même de ton bonheur

*

Vivre sais-tu
C'est être architecte
Et de rien faire
Un toit et des murs
Pour protéger l'amour
.
Il se tient là
Tapi dans l'ombre
Il attend un mot
Un petit clin d'oeil
.
Jamais il ne s'impose
Il accompagne tes soupirs
Cueille frais parfums
Au jardin de tes rêves

*

En mai j'aurais pu
Prendre le premier vol
Embarquer sans un regard
Vers d'autres lieux
Où s'ouvrent les bras de l'espoir
.
Les jours se font pièges
Ils t'enserrent dans leurs griffes
.


21 mai 2015

© Xavier Lainé, juillet 2015, tous droits réservés

mercredi 29 juillet 2015

Etat chronique de poésie 2546





2546

Elena Frolova - Marina Tsvetaeva To Akhmatova
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"Il en tomba combien dans cet abîme
Béant dans le lointain !
Et je disparaîtrai un jour sans rimes
Du globe, c'est certain"
.
Marina Tsvetaïéva
.

Je tomberai avec eux et avec toi
Face contre terre de n'avoir pas su
.
Je tomberai de si haut d'avoir rêvé
D'avoir rêvé si loin des rêves épuisés
.
Je tomberai avec eux et avec toi
Nous serons graine en la terre remuée
.
Au sillon de nos jours arrosé de nos larmes
Nous sèmerons l'accord où règne la discorde
.
Je tomberai avec eux et avec toi
Notre sacrifice ne sera pas vain
.
Face contre terre de n'avoir pas su
Freiner l'ampleur de nos exils
.
Je tomberai avec eux et avec toi
Juste avant que la relève ne s'en vienne

*

Toujours pour se relever
Car pas l'âme en défaillance
.
A trop vivre debout
Parfois te trouve un peu en fatigue
.
Prends distance
Amis
Ne laisse point la vague
Rompre l'échine des mots
.
Roule et te laisse plonger
Toujours reviens à la surface
.


20 mai 2015

© Xavier Lainé, juin 2015, tous droits réservés

mardi 28 juillet 2015

Etat Chronique de poésie 2545





2545

Sur un Hasapiko, j'ouvrirai les barrières au flot de nos danses. Puisque l'été traînera son jour, jusqu'au crépuscule de vos ennuis, il me faudra peindre le décor, baliser la route pour que vos parachutes d'espérance puissent se poser à l'orée de nos tendres forêts.
.


.

Bien plus sais-tu
Que toutes les raisons
Celle d'espérer
Par dessus les frontières
.
Porte ouverte
Laisse donc entrer
La danse

*

Qu'avons-nous besoin encore
De ces tracés aveugles
De ces cloisons étanches
.
Un ciel se poursuit
Par de là nos langues nouées
Il suffit de quelques mots
Pour libérer les contours
Délier les langues interdites
.
Tant de ciment pour souder nos espoirs
Tant de briques pour construire nos maisons
Où déposer amours libres
.
Qu'avons-nous donc besoin
De ces barbelés hargneux
De ces murs de béton
.
Puisque hommes nous savons
Nos liens plus forts
Que toutes nos différences

*

En ce quelconque monde
Où vont avec arrogance
Les puissants zélés
Les cyniques
En leur lit de corruption
Tout est à entreprendre
.


19 mai 2015

© Xavier Lainé, juin 2015, tous droits réservés

lundi 27 juillet 2015

Etat chronique de poésie 2544





2544

Francesco Da Milano (1497 – 1543) : je reste fasciné. Nous en savons moins désormais sur les véritables créateurs qu'en ces années où renaissance rimait avec humanités. A l'heure où nous plongeons sans délectation dans les délires sanglants d'une nouvelle barbarie, serait temps d'écouter et réécouter la subtile musique d'un temps renaissant...
.


.

A vrai dire
Ne devrai rien écrire
Au dehors le chant
En dedans les rêves
Et puis étoiles attardées
Entre deux lumières pâles
D'une aurore hésitante
.
A vrai dire
Ne devrai d'aucun mot
Ensemencer le jour
Rien ne vient
En terre aride
Où s'éparpillent
Fragiles souvenirs
.
Il ne reste rien
Lorsque jour s'en vient
Poussant le précédent
Hors de portée
En notes envolées
Sur les pages perdues
Où s'attarde la beauté

*

Et moi
Moi qui ne suis pas grand chose
Au pays des petits rien
Je t'ouvrirai des portes
Je briserai les murs
Taillerai en la pierre
Les fenêtres
Où déposer
Tes frêles esquisses
Tes doux sourires
.


18 mai 2015

© Xavier Lainé, juin 2015, tous droits réservés

dimanche 26 juillet 2015

Etat chronique de poésie 2543





2543

Nous danserions jour et nuit. La musique serait notre alcool fort, et notre ivresse un doux parfum. Une grâce sereine viendrait orner nos crépuscules, nos aurores se réveilleraient dans une extase sublime. J.Playford, D.Douglass, P.O'Dette, A.Lawrence-King guideraient nos pas, chaque frôlement serait invitation à nous perdre...
.


.

Puisque printemps s'y prête
Nous irions danser sous les frondaisons
Compter fleurette à l'ombre des ormeaux
Jusqu'au crépuscule irions en douce ivresse
.
Temps n'est plus de ces heures gaies
Mains doucettement effleurées au silence
Regards échangés entre deux verres
Temps n'est plus aux tendres réjouissances
.
Voyez donc en quels tristes mines
Vont les uns au marché sans confidences
On se regarde en lampées d'ignorance
On se croise sans jamais la rencontre
.
Puisque printemps s'y prête
Nous irions rompre les digues serrées
Où vie se trouve cloîtrée sans espoir
Briser les barrières et les murs
.
Un doux murmure s'en vient du ruisseau
La nuit se fait au creuset des rêves
Ouvrez donc les vannes de la relation
Brisez l'étau des méconnaissances
.
Puisque printemps s'y prête
Franchissons d'un pas de deux allègre
La rivière des indifférences coupables
Jetons aux orties les tristes suspicion
.
Puisque printemps s'y prête
Secouons donc le joug de nos soumissions
Brisons la chaine de nos compromissions
Il est temps de rompre l'engrenage
.


17 mai 2015

© Xavier Lainé, juin 2015, tous droits réservés

samedi 25 juillet 2015

Etat chronique de poésie 2542





2542

Pour les soupirs, rien de tel que la subtilité du baroque. Tant d'harmonie délivrée, que les mots se font tendres et rêvent de doux libertinages, sous l'oeil dansant des candélabres. Jacques de Saint-Luc berce l'instant de tendre douceur, il travaille son luth en orfèvre et la danse des flammes dans tes yeux suit celle des notes dans les rythmes endiablés du cœur.
.


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Il te faut la nuit et l'ombre
Il te faut cordes pincées
Juste avant qu'aurore
Ne vienne troubler sommeil
.
Tant d'étoiles communes
Tant de cieux à partager
Lorsque vie s'étale et s'éteint
Au seuil d'un temps blafard
.
Si peu d'espoir dans les yeux
Si peu de révoltes dans les actes
Et chaque jour comme une insulte
Déroulé en lambeaux d'illusions
.
Temps étrange qui nous laisse
Démunis et perdus sous la fourche
Soumis et angoissés de vivre
Dépossédés de toute pensée
.
Il te faut la nuit et l'ombre
Entre dix cordes pincées
Juste avant qu'aurore
Ne sonne ton éveil

*

Lorsqu'éveil s'en vient
C'est pour aussitôt disparaître
Sous les coups de boutoir
De tes vents de folie
.
Dès lors erre
Bras ballants d'avoir trop étreint
Lèvres amères d'avoir trop embrassé
.


16 mai 2015

© Xavier Lainé, juin 2015, tous droits réservés

vendredi 24 juillet 2015

Etat chronique de poésie 2541





2541

A chaque instant sa musique qui génère ses mots. Lorsque Sofia Gubaidulina entre, la magie s'opère et ouvre les vannes, les mots dévalent la pente de l'aurore, « In Tempus Praesens ». L'heure est à écouter... Les mots se promènent au bras des notes, nos soupirs s'accordent à l'humble matin...
.


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Difficile d'être de ce temps
Difficile d'être d'un autre
.
Dès lors regarde l'heure présente
Etonné d'être assis là
tandis que dehors colère
Et terre font gros dos
.
Difficile d'être de ce temps
Difficile d'être d'un autre
.
Simplement stupéfait
D'être encore là
Une fois toutes défaites
Indigestes mais bues
.
Difficile d'être de ce temps
Difficile d'être d'un autre
.
Trouve refuge encore
En quelque merveilleux rêve
Juste avant qu'il ne soit
A son tour interdit
.
Difficile d'être de ce temps
Difficile d'être d'un autre
.
En ta demeure de mots
Assoupie est l'esquisse
Ouvragée de mille soupirs
Mille cris déchirants
.
Difficile d'être de ce temps
Difficile d'être d'un autre
.


15 mai 2015

© Xavier Lainé, juin 2015, tous droits réservés

jeudi 23 juillet 2015

Etat chronique de poésie 2540





2540

Mais parfois la musique tombe à propos, ainsi de cette « Conversation With Father », de Zbigniew Preisner
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Peut-être est-ce déjà trop tard
Et nous ne trouvons plus les mots
.
Nous partirons peut-être
Lovés dans nos incompréhensions
Absents à ce que nous fûmes
Carapaces dressées en paravent
.
Peut-être est-ce déjà trop tard
Et nous ne trouvons plus les mots
.
Une enfance passe si vite
Dans la colère des jours d'après
La faille s'écarte et nous fait étrangers
Sans même que nos yeux en voient le creux
.
Peut-être est-ce déjà trop tard
Et nous ne trouvons plus les mots
.
La vie avec ses failles et ses murs
Vient encore mettre ses mots de travers
Laisse béante la plaie des refus
Le fatras des erreurs commises
.
Peut-être est-ce trop tard
Et nous ne trouvons plus les mots
.
Le passé chaque fois s'impose
Muraille infranchissable à nos paroles
Disjointes d'avoir trop pleuré en silence
Sur nos chemins toujours divergents
.
Peut-être est-ce trop tard
Et nous ne trouvons plus les mots
Les miens se répandent comme fleuve
A la recherche d'un temps qui n'est plus
A la recherche d'un temps qui ne sera jamais plus
.


14 mai 2015

© Xavier Lainé, juin 2015, tous droits réservés

mercredi 22 juillet 2015

Etat chronique de poésie 2539





2539

Je me souviens d'un film, mais plus de son titre. Mais Sibelius était présent d'un bout à l'autre du récit et sa musique venait, comme une obsession. Tout le reste est désormais effacé de ma mémoire, mais je ne sais pourquoi, mes pas reviennent sans arrêt à sa musique. Aujourd'hui, sa symphonie n°2, Salonen et déjà me voilà parti en voyage, vers ces rives du Nord que je ne visiterai jamais.
.


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Parfois ne sais pas ou plus
Regarde d'un oeil effaré
La platitude du temps
L'absence de mouvement
.
Parfois ne sais pas ou plus
Vous vois si morts et éteints
Que demande quel réveil
Enfin vous sortirait de léthargie
.
Parfois ne sais pas ou plus
Jusqu'à quel degré chauffés
Vous seriez enclins à réagir
Tant sommeil profond vous prive
.
Parois ne sais pas ou plus
Quels sommets de mensonges
Saurez-vous gober sans frémir
Ni nausée avant salutaire révolte
.
Parfois ne sais pas ou plus
Regarde par ma fenêtre ouverte
La calme plat d'un temps d'apathie
Et le travail souverain des anesthésistes
.
Parfois ne me demande pas ou plus
Puisque déjà l'amputation de vos âmes
Sous le bistouri des puissants
Est une opération en cours

*

L'opération rate à tous les coups
Vous demeurez sanglants
.


13 mai 2015

© Xavier Lainé, juin 2015, tous droits réservés