samedi 31 janvier 2015

Etat chronique de poésie 2386





2386

J'étais parti si loin
Sur la barque d'une nuit profonde
.
Il faut s'égarer
Pour mieux se retrouver
Et perdre son chemin
N'a pas grande importance
La terre sait
Comme elle l'a toujours su
Nous accorder havre de paix
Lorsque tout semble nous échapper
.
Et c'est du fond de l'égarement
Que jaillissent les pépites de lumière
.
Au noir le plus profond
Des mains tendres écrivent
En lettres de flamme
La carte d'une autre vie
A nos yeux improbable
En première approche
.
Sans doute fallait-il
Quelque dentelle flottant au vent
Un petit signe
Venu de pays si pauvre
A peine visible
De cette rive de large suffisance
Pour éveiller le temps d'écrire
.
Le beau nous est trop souvent étranger
.
Pourtant il nous sourit

*

Le beau se cultive
A l'ombre douce
D'amours qui ne se disent
.
C'est travail d'artisan
De le faire jaillir
De la gangue de terre
De la carapace d'être
.
Et pourtant beau demeure
.


30 novembre 2014 

© Xavier Lainé, décembre 2014, tous droits réservés

vendredi 30 janvier 2015

Etat chronique de poésie 2385





2385

Tu mesures l'océan des fatigues
Avance au jugé entre paupières défaites
Ne sais ce que sommeil offre
Puisque rare se fait
Te laissant au matin
Yeux lourds sur les rives
D'un pays hagard

*

Si peu à partager
Sinon mots échappés
En petites fumées
Frêles messages
Délivrés
Lorsque cœur n'en peut mais
.
Où es-tu
Toi qui offrais tant d'amour
A l'horizon de jeunesse
Brutalement enfuie
.
Serais-tu toujours là
Patiente vestale
Assise au bord du monde
Pieds ballants
Au-dessus du parapet
Que rien ne trahit plus ta présence
Sinon petit souffle discret
D'un doux zéphyr
En ta chevelure dénouée
.
Si longtemps fut nue
Emue et tendre
Aux rendez-vous attendus
Lorsque secret tissait encore
De ses lianes
Corps enlacés
Au noir de nuit sans lune

*

Il faut avec acharnement
Maintenir ta vision claire
Ne pas lâcher à l'instant
De franchir le seuil
Puisque d'amour tu ne sais
Vivre sans
Comme sans voix
.


29 novembre 2014

© Xavier Lainé, décembre 2014, tous droits réservés

jeudi 29 janvier 2015

Etat chronique de poésie 2384





2384

Mes doigts savent aussi
Saisir la fleur rouge sang
Semer fines graines
Aux sillons de subversion
.
Mes doigts savent aussi
Pincer les cordes en subtils accords
Jouer de ce bois qui fait flûtes
Aux aurores où d'autres crèvent
.
Mes doigts savent aussi
Compter fleurette sur ta peau
Caresser le velours d'un amour
Souffler chaud et froid
.
Mes doigts savent aussi
Jouer de l'absence et du silence
Muets ils s'aventurent
Aux pavés de bonnes intentions
.
Mes doigts savent aussi
Se saisir du mouchoir
Pour éponger les larmes
Lorsque le mot blesse
.
Mes doigts ne savent pas
Signer acte de compromis
Lorsque trop d'âmes errent
A l'orée de nos conforts douillets
.
Mes doigts ne savent pas
Se rendre complices
Mes doigts savent
Qu'un mot n'arrête aucune arme
.
Mes doigts se font cri
Aux brumes d'un jour d'automne
Ils déchirent la parole vaine
Dressent leur acte d'insoumission
.
Mes doigts persistent et signent
Au risque de perdre audience
Au risque de vos chagrins
De poètes bien nés
.
Mes doigts ne demandent
Aucun pardon ni bienveillance
Ils vont de leur vie de doigt
Sur la page du coeur

*

Clou enfoncé
Entre toi et eux
.
Peine perdue
Tu t'égosilles
Ce monde ira
Jusqu'au bout
Si n'est déjà fait


*

Poètes compteront fleurette
Aux parvis des saisons défaites
Laisseront maigre trace
Au sol labouré de compromis
.
Plume trempée
Au vitriol de vivre
Tu harcèles ce monde
En moustique des pages
Rêve qu'aucune moustiquaire
Ne saura protéger
Des poétiques piqûres

*

Un instant délaissé
Les rives où m'attendaient
Imaginaires amours
En leurs déshabillés de soie
.
Au foyer ai jeté
Tant de pages inutiles
Froissé chaque vers
Pour en tirer le jus
.
J'étais parti
Sur les sentiers de la colère
Refusant devenir proie
Aux dents avides des corrompus
.
Mes mots déclinent
Sur la peau d'un jour
Lentes litanies
Rêves délicieux
Juste avant d'étreindre
Les lumières du cœur
.


28 novembre 2014

© Xavier Lainé, décembre 2014, tous droits réservés

mercredi 28 janvier 2015

Etat chronique de poésie 2383





2383

A vivre les yeux trop ouverts
Tu hésites sur le seuil du jour
.
Ecrire une partition de silence
Sur la portée des heures sans grâce
.
De partout ne montent que clameurs
Très vite couvertes de bruits de bottes
.
Ton matin se fait amer sous la pluie
Tes oreilles cherchent quelque auberge
.
Tu écris des mots sans portée
A chaque mesure s'égrènent tes silences
.
Coupable de ton retrait tu n'oses crier
Comme crient les suppliciés de toutes couleurs
.
Tu reviens à Bach pour ne pas sombrer
Pour ne pas pleurer plus fort que le ciel
.
Jamais le joug ne fut si pesant
Aux épaules nues des peuples désarmés

*

J'ai tant veillé à l'amour de ce monde
Qu'à le voir s'étriper mon âme saigne
Ne trouve aucun repos
.
Où inscrire encore ma soif
Ma faim de simple tendresse
Puisque désormais tout passe
Sous le joug clouté d'autorités sans bornes
.
Vous me voyez désemparés
En ceci ne suis guère autre
Ne m'étends qu'au commun
D'une pluie de misères

*


Je vais de mon pas de plume
Déserte toute zone où s'acharne
Le futile et l'apparent
Je vis au revers
.
Puisque à l'endroit ne sont
Que pitoyables déconvenues
.


27 novembre 2014 

© Xavier Lainé, décembre 2014, tous droits réservés

lundi 26 janvier 2015

Etat chronique de poésie 2382





2382

Tant besoin de plus
Plus de nuit
Plus d'amour
Plus de vie
.
Tant besoin de plus
Plus de beauté
Plus d'âme
Plus de pensées vives
.
Qu'à chercher tu ne sais
Quelle porte pousser
Qui soit de plaisir
Sans outrage
.
Tu ne sais
Quelle porte pousser
Qui ne donne sur le vide
Où l'absence te pousse

*

Pourtant elle est là
Elle est là dans l'ombre
Coeur palpitant sous la peau
Coeur battant dans la paume
Elle t'offre ses désirs
Elle t'offre ses plaisirs
Elle ouvre grand les portes
De ses volcans souverains
Elle

*

Tu te moques alors des nuées
Tu la regardes danser
Dentelles collant à sa peau de pluie
.
Quelque chose luit aux souterrains
Où ton âme hier allait à chaudes larmes
.
Sais-tu décliner
A fleur de peau
Le poème subtil
Celui qui va debout
Sous la mitraille du siècle
.
Tu sais en la peau nue
Déchiffrer la soif
.

26 novembre 2014 

© Xavier Lainé, décembre 2014, tous droits réservés

samedi 24 janvier 2015

Etat chronique de poésie 2381





2381

Mes mots vont de leur pas
Blottis au silence des censures
Je ne me tais pas
Vous posez le bâillon

*

Dès lors m'en suis retourné
Entretenir la flamme
Juste avant que tu t'avances
Au soir de nos espérances
.
Si longtemps t'ai attendu
Assis devant l'âtre
Ne sachant en quels tourments
Laisser errer mes sentiments
.
Viendrais-tu enfin
Te blottir en mes bras refroidis
Réchauffer le vieux cœur
Plongé aux gouffres des solitudes
N'en savais rien

*

Tu es venue
Pâle et nue
Sous un sourire de lune
.
Tu es venue
Devant l'âtre presque éteinte
Rallumer la flamme
Des amours évanouies
.
Nos mains se firent ardentes
A défaire la contrainte
De nos ultimes résistances

*

Tu es venue
Pâle et nue
Offrir à mon crépuscule
La folle soif des ultimes désirs
.
A doigts tremblants je dessine
Sur la carte du ciel
L'infinie beauté de ton être
A l'heure où il bascule
Au versant de la vie brûlante
Pâle et nue tu es venue
.

25 novembre 2014 


© Xavier Lainé, décembre 2014, tous droits réservés

mercredi 21 janvier 2015

Etat chronique de poésie 2380





2380

Rompre le silence peut-être
Pour ne pas semer confusion
.
Rompre le silence sans doute
Si possible avec paisibles harmonies
.
Ecoutez donc l'impérieux désir de recul
Lorsque ce monde s'affole
Entendez l'immense soif de lenteur
Lorsque tout n'est qu'invitation
Au tumulte sans nulle issue
Sinon demeurer là étourdi et muet
.
A la sidération il te faut répondre
Et c'est de distance dont tu parles
A la dépossession il te faut affirmer
Que nul n'est tenu de s'y vautrer
.
Rompre le silence peut-être
Pour dire qu'amours valent mieux
Que toutes les tempêtes

*

Rompre le silence
A quoi bon
Puisqu'en tous lieux
Cris s'échappent en vain
Que rien ne vient arrêter
Les bras assassins
.
Rompre le silence
D'un long hurlement
Infiniment repris
Bouches tordues
Sous la torture de survivre
A quoi bon encore
.
Rompre le silence
Où crimes et délits
Se succèdent en longues litanies
Ultimes homélies
Pour un monde à l'agonie

*

Je ne me tais pas
Vous m'imposez le bâillons
De vos illusoires libertés
.


25 novembre 2014 

© Xavier Lainé, décembre 2014, tous droits réservés

mardi 20 janvier 2015

Etat chronique de poésie 2379





2379

Ainsi donc
L'oeil s'est allumé
.
Mais voilà que je dois m'éclipser
Sur d'autres pistes
.
Samedi est jour mercantile
En ce pays qui ne manque de rien
.
Dès lors
Pas de place pour les soupirs
Pas de place pour l'amour
Ni les tendresses
.
Avant de prendre la route
J'ouvre un coeur grand comme mes bras
J'offre lèvres hésitantes
Pour des baisers
De hasard et de passion
.
Pour que poésie vienne
Il lui faut un grand lit d'amour et de courtoisie
.
Il lui faut ôter les parures
Défaire les dernières hésitations
.
Alors elle s'avance
Et d'un doigt tremblant
Dessine sur la peau frémissante
L'empreinte des doux baisers
.
Mais voilà que le temps d'écrire
L'oeil s'est déjà refermé
.
Ce n'était donc qu'éphémère croisement
Bien avant que le temps
Ne laisse à la rencontre
Le temps de s'épanouir

*

Dès lors vais croisant beaux chemins
Tapis aux ombres désirables
Où s'étirent premiers frimas
.
Peut-être en es-tu là aussi
Patiente et souveraine
.


22-23 novembre 2014 

© Xavier Lainé, décembre 2014, tous droits réservés