dimanche 30 novembre 2014

Etat chronique de poésie 2339





2339

Pourtant un jour
Moi aussi ai perdu pieds
Ai levé la main
Dans l'aveuglement
D'une douleur
Trop longtemps tue
.
Je fus blessé
Vois-tu
Blessé à mort
D'avoir franchi ce pas
De l'amant à la brute
.
Me suis offert
A l'enfermement d'une chambre
A la camisole de l'esprit
Pour échapper à la mort
Devenue seule issue
Une fois brisé le miroir
D'une grâce déchue
.
Il me fallait la prison de l'âme
Pour échapper à la culpabilité d'être
C'est long une vie de coupable
Même lorsque nul n'en sait rien
.
Parfois encore
En mes rêves déchus
Les portes se ferment
Sur ma mémoire blessée
.
Nul ne peut ignorer ses enfants
Nul ne peut ignorer qui fut aimé
Nul ne peut détourner l'autre de son chemin
Sans courir le risque de mourir noyé
En l'océan des chagrins

*

A trop vouloir paraître
A oublier qui tu es
Que fais-tu ?
Et moi qu'on dit poète
Qui serais-je
Si je ne complétais
Les mots déjà écrits
D'un cri d'apaisement
.


23 octobre 2014 

© Xavier Lainé, novembre 2014, tous droits réservés

samedi 29 novembre 2014

Etat chronique de poésie 2338





2338

L'enfant qui maigrit
Souffre de père
Souffre de mère
Epuisés de se combattre
.
Nos enfants ont faim
Faim d'être unique
Dans la présence du deux
Dans la présence vraie
.
Il ne savent pas lire
Entre les lignes
.
Ils ne jouent pas
Ils jouissent d'exister
Ou pleurent d'être emportés
Dans le tourbillon mortel
D'adultes arrogants
.
Tu n'as pas de titre
D'autre permis
Que celui d'être père
.
Père n'a jamais rien porté
Rien supporté
Sinon sa maigre douleur
Trop longtemps tue peut-être
Trop longtemps travestie
.
Tu ne te respectes pas
Lorsque coups affleurent
Sur l'océan de tes douleurs
.
La femme là-bas
Perdue sous les orages
N'est peut-être pas
Le monstre claironné
.
La femme hier aimée
Ne se dissout pas
Dans les brumes
D'une haine soudaine
.
Elle est la vie et la mémoire
.


23 octobre 2014 

© Xavier Lainé, novembre 2014, tous droits réservés

vendredi 28 novembre 2014

Etat chronique de poésie 2337





2337

A trop vouloir paraître
A oublier qui tu es
Que fais-tu ?
.
Tu sais pourtant
Que même avec une rose
Et en ôtant les épines...
.
Pourtant un jour
Hors de toi
Hors du monde tien
Que faisais-tu ?
.
Qu'est la vie sous la menace
Vie factice
Couchée entre deux pages
Reste vie couchée
.
A trop vouloir paraître
A oublier qui tu es
En oublies-tu qui attend ?
.
Jamais un enfant
Tout aimé qu'il soit
Ne fera le gros titre
D'un roman déchiré
.
Jamais une femme éplorée
Brisée d'avoir aimé
De s'être cogné aux murs
De stratégiques attitudes
Ne jouera la trame
D'un poème sans voix
.
La vie ne se joue pas
A la roulette éditoriale
La vie n'a rien de factice
Sous un visage fardé
.
La vie palpite loin des parades
Elle frémit dans la boue
Ecarlate de sang et de larmes
Elle est où nul ne l'attend
Perdue en la langue menaçante
.


23 octobre 2014

© Xavier Lainé, novembre 2014, tous droits réservés

jeudi 27 novembre 2014

Etat chronique de poésie 2336





2336

Lorsque tes yeux se ferment
Ils voient d'autres formes délicates
Danser sur le fond de tes pensées
.
Un baiser furtif déposé
Sur la grève d'un jour
Deux bras qui se ferment
En serments de tendresse
.
Lorsque tes yeux se ferment
Ils voient prunelles ardentes
Brûlantes dans la nuit des rêves
.
Il n'est pas d'autre chant
Pas d'autre murmure
Que celui de la mer
A l'heure de nos promesses
.
Lorsque tes yeux se ferment
Ils voient tendre fée
Penchée nue sur ton visage assoupi
.
Coeur battant à tout rompre
Tu te laisses emporter
Au cœur de ces ondes
Un peu ému de ne savoir rien dire

*

Les yeux fermés
Tu avances tes lèvres
Un souffle d'étoile
Y dépose son baiser
.
L'univers au loin
Retient son chant
Retient sa danse
.
Tout est suspendu
A l'éphémère rencontre

*

Distances effacées
Nulle frontière ne vient
Endiguer la lave
Le volcan de l'amour
Brûle
Avide est la nuit
.


22 octobre 2014

© Xavier Lainé, novembre 2014, tous droits réservés

mardi 25 novembre 2014

Etat chronique de poésie 2335





2335

Tu regardes tout autour : il n'y a plus rien ! Rien que silence quand il faudrait hurler ; rien que maigre vie sans relief quand il la faudrait râpeuse, aigüe, acérée.
Tu regardes tout autour : il n'y a plus rien ! Rien qu'un ordre tragique et des rues froides et nues d'être si propres, nettoyées de tout ces reliefs que le monde chie.
Tu regardes tout autour : il n'y a plus rien ! Rien que regards creux ne quittant jamais l'épuisante certitude de ne plus vivre pour rien.
Tu regardes tout autour : il n'y a plus rien ! Rien qu'épuisante course après le vide ; rien que petits costumes bien mis pour cacher l'horreur des corps meurtris.
Tu regardes tout autour : il n'y a plus rien ! Regards fuyants et têtes baissées, têtes baisées d'avoir cru en un confort sans avenir.
Tu regardes tout autour : il n'y a plus rien ! Rien que lambeaux de nos rêves d'hier, dits et redits en discours d'anciens combattants ; rien que cortège funèbre pour nos utopies défuntes.
Tu regardes tout autour : il n'y a plus rien ! Rien que paysage dévasté sous les montagnes d'immondices, poubelles éventrées d'une histoire trafiquée.
Tu regardes tout autour : il n'y a plus rien ! Rien qu'amours ébauchées mais jamais abouties, vains désirs éclatants au soleil des non dits.
Tu regardes tout autour : il n'y a plus rien ! Rien qu'enfants sans avenir, rendus muets à se tenir droits contre la volonté de leurs passions.
Tu regardes tout autour : il n'y a plus rien ! Rien qu'encensoirs pour pleurer la mort d'un cynique, large fortune amoncelée en des îles discrètes.
Tu regardes tout autour : il n'y a plus rien ! Rien que ta plume qui vomit sur le cadavre encore fumant d'un monde qui n'a plus rien à dire, plus de rêves à bercer, plus que poésie insipide à marmonner dans les salons télévisés de la honte répandue.
Tu regardes tout autour : il n'y a plus rien ! Rien que ton poing serré, dressé, ta plume écrivant rouge sur le fond glauque d'une vie dépossédée.
Tu regardes tout autour : il n'y a plus rien ! Rien d'autre à suivre que longue cohorte d'exilés renvoyés de barbelés en miradors, sous les yeux impassibles de vos appétits rassasiés.

*

Y aurait-il ici
Quelque langue de révolte
Quelque soupçon de pavés
A balancer sans vergogne
A la face ahurie
De ce monde blafard
.
Petites jupes bourgeoise
Culs serrés sur le mensonge
Vous allez de vos pas chaloupés
Pieds perchés sur échasses en vogue
L'esprit creux
En forme d'écran plat
.
De votre petit sac
Vous tirez le rimmel rouge sang
Sans un regard sur le monde sanglant
.


21 octobre 2014

© Xavier Lainé, novembre 2014, tous droits réservés

lundi 24 novembre 2014

Etat chronique de poésie 2334





2334

Dès lors me suis arrêté
Au carrefour de ces petits rien
Où notre rendez-vous fut manqué
.
C'est si longue traversée
Qui te mène
Où jamais ne croyais aller
.
Que mots t'ensorcellent
Te voilà haletant
Sur la rive obscure
D'un univers inconnu
.
Des Hommes ici
Posent leurs errances
Chantent autour d'un feu
Infimes bonheurs
D'être
Pour un instant
Ce qu'ils sont

*

Vois-tu
Ami d'éphémère rencontre
J'ai vécu
.
J'aurais pu abréger
Mais j'ai vécu
.
J'ai rêvé
D'une terre d'utopie
Où déposer les armes
Une fois mes pensées
Remises sur leurs deux pieds
.
Or voilà erreur de jeunesse
Petit péché véniel
De débutante prétention
Jamais pensées ne trouvent havre
Jamais ne se redressent en totems définitifs
.
Elles vont
Hésitantes entre les mots
Jamais certaines de leur destinée
Te laissent parfois
Au bout de ton expérience
Hagard et livide
.


20 octobre 2014 

© Xavier Lainé, octobre 2014, tous droits réservés

samedi 22 novembre 2014

Etat chronique de poésie 2333





2333

Te dire ce que la nuit inspire
En clignements d'étoiles
En rêves dispersés
.
Tu lis
Sous petite lumière tendre
L'histoire de celles et ceux
Qui toujours se sont dressés
Redressés
Insoumis et mutins
Sur le navire d'humanités chancelantes
.
A voix basse écrire
Pour rien
Pour si peu
Pour petite trace sinueuse
Jetée à lèvres douces
Sur le front de nos aurores

*

Parce que j'ai perdu d'avance
Savez-vous
Disqualifié dès le début de la course
Mots enchevêtrés dans la chaine
Le nez dans la boue de l'histoire
.
Disqualifié par malchance
Ha
Naître du bon côté
Où le mode d'emploi
Est introduit
A haute dose
Dans le biberon de l'enfance
.
Non voyez-vous
Je n'ai pas pris la bonne carte
Ma route fut sinueuse
Qui ne m'a mené nulle part
.
Il en faut du temps
A celui ou celle
Qui ne vient pas
Du bon côté de ce monde
.
Demeure alors la longue bataille
Contre ses propres préjugés
.

19 octobre 2014

© Xavier Lainé, octobre 2014, tous droits réservés

vendredi 21 novembre 2014

Etat chronique de poésie 2332





2332

Lorsque mots s'emmêlent
Tirent le sommeil par les pieds
Ne laissent plus d'air
Aux rêves égarés
.
Lorsque mots s'enflamment
Au milieu de nuit sereine
Soufflent en vent de panique
Au pays des rêves évanouis
.
Tu te lèves et déambules
Ouvre pages après pages
Le livre des secrets mal gardés
En qui se déclinent les nuits

*

Tu t'assois et lis
Frêle ironie des pages
Sous la faible lumière
.
Le livre achevé
Te lèves avec douleur
Pose l'ouvrage sur la table
.
En saisit un autre
Puis encore
Jusqu'à extinction des feux
.
En dedans vacille la flamme
Où projeter l'enfer de tes désirs
Nuit interminable
Etoiles ironiques
Posées au ciel de tes folies

*

La page attend
Compte les heures
En battements de paupières
En usure de ton regard las
.
Portes et fenêtres ouvertes
Les mots entrent et sortent
Un cache-nez pour toute parure
Tu ne voudrais point
Qu'ils prissent froid
C'est toi qui éternue
Au matin mutin de tes cauchemars
.


18 octobre 2014

© Xavier Lainé, octobre 2014, tous droits réservés

jeudi 20 novembre 2014

Etat chronique de poésie 2331





2331

Où que je sois
Avec toi je m'avance
Où que je sois
Mains en main
Nos soupirs s'échappent
.
A l'aube de toutes choses
J'imagine autre chose
Ce monde impalpable
Penché sur nos pensées
Petit sourire aux lèvres
De les voir s'agiter
En le dernier sommeil
.
« Vos beaux yeux
D'amour mourir me font
Madame »
.
Et l'oeil perdu
Regarde la pendule
Son cadran rouge
Dans le noir de ce temps
Marque ton retard
Pour le train de l'espoir
.
D'un coup te lève
Où que je sois
Où que tu
D'un coup nous levons
A tâtons dans le noir
Qui étend son emprise
Bien au-delà de tes rêves
.
« D'amour mourir me font
Madame
Vos beaux yeux »
.
La pendule ne marque
De son œil rouge
Comme un brasier
Au silence d'aurore
Que la suspension
De nos rêves attendris
Puisque faux le réel nous poursuit
.


17 octobre 2014 

© Xavier Lainé, octobre 2014, tous droits réservés

mercredi 12 novembre 2014

Etat chronique de poésie 2330





2330

Il te faudra fuir
Fuir encore
.
Dans le silence de nos maisons sans âme
Rien ne transpire de la conspiration
Ni des frontières qui se ferment
Autant que coeurs et esprits
.
Alors tu fuis
Et lorsque ta fuite s'arrête
Il se trouve quelque maréchaussée
Pour te pousser plus loin
Dans l'indifférence et les abjects compromis
.
C'est l'Homme qu'ils chassent désormais
L'Homme déjà mort en eux-mêmes
L'Homme vivant en ton âme d'exilée

*

J'ai tant exploré
Rives inconnues
Où s'abreuvaient
Petits espoirs
Grands rêves
.
Qu'ici en mes murs
Nulle lézarde ne sait
S'ouvrir sur la nuit

*

Lorsque regards se croisent
Au crépuscule d'un jour terrible
Lorsque fatigue
Frappe à la porte des rêves
.
Un crépuscule se dessine
En nuits élastiques
Juste avant qu'hiver ne souffle
.
Lorsque regards se croisent
Incrédules du naufrage
Ceux-là reviennent à leurs dieux
Brandissent leurs cimeterres
Au-dessus des têtes éperdues
.
Ils sortent dans l'ombre
Rampent en leur aveugle certitude
.


16 octobre 2014 

© Xavier Lainé, octobre 2014, tous droits réservés