jeudi 31 juillet 2014

Etat chronique de poésie 2253



2253

Il vaudrait mieux ne plus rien afficher
Prendre les maquis du silence
Pour ne plus troubler la sieste estivale
Des touristes permanents
.
Bien sûr tant de poètes
Estampillés en des annuaires de confidence
Savent parfaitement aligner
Les mots sur des pages sans convictions
Le bon poème officiel
Serait celui qui ne dit rien
De l’étendue des misères
De la soif de liberté
Du besoin impérieux de vivre
Autrement qu’en esclave
.
Je n’en suis pas
N’en déplaise aux jeteurs de sorts
De ce monde sous étiquettes
Je n’en suis pas
Ne mange pas de ce pain là
Qui s’épanche en sirupeuses odes
Sans un regard pour cet éternel autre
Crevant de faim devant les tours d’ivoire
.
Je n’en suis pas
Revendique et vitupère
Acariâtre et atrabilaire
Tiens à mon pavé quotidien
En la mare des grenouilles reconnues

*

Rien à voir avec un poème
Retournez donc à cette digne littérature
Qui vous conforte en vos indifférences
.
Je dis qu’un seul homme qui crève
Un seul enfant assassiné
Une seule femme violée
Sont encore trop
A mes pages trop blanches
.
Ma plume en détournant son regard
Serait trempée dans leur sang
Ma page éclaboussée de leurs lentes agonies
.


8 juillet 2014

© Xavier Lainé, juillet 2014, tous droits réservés

mercredi 30 juillet 2014

Etat chronique de poésie 2252



2252

Comme un puits sans fond
Tu vois
Comme un puits sans fond
.
Beau tenter d’éponger
Jamais ne s’arrête la fuite
.
Comme si de tes pores
Sortait l’eau lustrale
Des fatigues les plus anciennes
.
C’est lave gluante
Qui empèse tes jours
Alourdit tes nuits
Du plomb de ton histoire

*

Plus plomb que le plomb
La mort
Et puis le deuil impossible
D’un enfant dans sa peine
.
Tandis que tu dors
Fils 
Du sommeil du juste
La triste faucheuse
Est passée sur tes rêves
Coupant net hors de ta joie
L’existence de ton animal
De ton totem
.
Hier encore heureux
Tu admirais ses facéties
En haut d’une échelle
Aux échelons d’un échafaudage
.
Il m’a fallu sous un soleil de plomb
Relever son petit corps tout raide
Oté à ta tendre affection
.
De plomb te dis-je
Me voilà de plomb
Journée en berne
D’avoir trop espéré
Tandis qu’au dehors
Les tôles affolées aiguisaient leurs armes
.


6 juillet 2014

© Xavier Lainé, juillet 2014, tous droits réservés

mardi 29 juillet 2014

Etat chronique de poésie 2251



2251

Tandis que vous vous disputez
Cherchez à connaître
Qui d’entre vous a trahi
En quoi et pourquoi
.
Tandis que vous vous disputez
L’héritage vidé de sa substance
Crevé de toutes idées généreuses
Sacrifiées sur l’autel de vos médisances
.
Tandis que vous vous disputez
L’os à défaut d’avoir la chair
L’oseille à défaut d’avoir l’idée
Les ruines à défaut d’avoir construit
.
Tandis
Donc
Vont les plus nombreux
Toujours plus dépourvus
Toujours plus dépossédés

*

Puis se taire et regarder
Contempler sans un mot
La marche étonnante des foules
.
Tu entres en brutal anonymat
Qu’une voix t’interpelle
Tu ne regardes pas
.
Tu étouffes sans rien dire
Dans le flot impétueux
Où l’été te précipite
.
Le précipice ouvert sous tes pas
Tu chancelles sur la voie publique
Offrant ton ébriété heureuse
Aux quolibets d’infamie

*

Chaque jour tu vas
Longes les murs d’ombre
Jettes un œil inquiet
Au non-sens des foules
.
Revenu en ton antre tu attends
.


5 juillet 2014

© Xavier Lainé, juillet 2014, tous droits réservés

lundi 28 juillet 2014

Etat chronique de poésie 2250



2250

C’était si clair
Sous les frondaisons
Que la magie des mots
Saurait nous donner des ailes
.
C’était si clair
Sous un soleil de plomb
Dans l’assourdissant discours
D’un orchestre cigalier
.
Regards complices à l’orée des pages
Le ciel pour témoin de nos mots libérés
Plus rien ne saurait retenir nos rêves
Puisque nous voici complices

*

La limite est ténue
Qui va du normal
Au pathologique
.
C’est un fil invisible
Une frontière impalpable
En deçà toutes grâces
Au-delà point de salut
.
Toi qui navigues
De part et d’autres de ces marées
Houle continue d’une rive à l’autre
Tu ne sais à quoi tenir tes pensées
.
Tu observes
Avances à tâtons
Laisses le champ ouvert
Aux possibles retours
.
Il n’est jamais d’aller simple
En l’âme vivante
Mais lente oscillation
Au soupir des heures
A la monotonie des jours
Qui te fait semblable et différent
Jamais tout à fait identique
Bâtissant ta mémoire
Sur l’espace ressenti
La trace et l’empreinte
.


4 juillet 2014

© Xavier Lainé, juillet 2014, tous droits réservés