samedi 31 mai 2014

Etat chronique de poésie 2215



2215

Me voilà donc en panne
Rien à dire
Rien à crier
Sinon ma lassitude

*

J’aurais pu vous dire la beauté d’un ciel d’orage
Sur les cimes noires et blanches
Plongées dans un hiver de traîne
.
J’aurais pu vous parler du vent froid
Un instant perdu sur les sommets demeurés hier
Que le printemps ignore encore
Nous laissant à nos frissons
.
J’aurais pu
Mais je me tairai

*

Car ce qui vient est pire que l’orage
Si nous n’y prenons garde
Ce qui vient est lourd de fumées
Avance dans un bruit de bombes
Ne regarde ni l’âge ni le sexe de ses victimes
.
Ce qui vient a un parfum déjà senti
.
Bien que né après
Je ne peux effacer de ma mémoire
Les cadavres par milliers
Ventres bombés dans des tranchées
.
Puis les autres décharnés
Derrière les barbelés de la honte
.
Ce qui vient est de triste augure
Je regarde le ciel
La splendeur de mes montagnes
Elles ne suffisent plus
A ma sérénité

*

Un enfant pleure hier en danger
Un autre rit de se savoir sauvé
Pour une vie criant victoire
Combien de victimes à pleurer
Je ne sais et laisse mes larmes rouler
.


3 mai 2014

© Xavier Lainé, mai 2014, tous droits réservés

vendredi 30 mai 2014

Etat chronique de poésie 2214



2214

Me voilà si démuni, à l’instant d’éteindre les feux, sans même qu’une minute ne vienne bercer mes mots. Vaine course, consommation et re-consommation, histoire d’être comme toutes et tous, quand mon désir serait de fuir.
La page laissée vierge, je tend à la noircir quand même, puisque le soir s’en vient et que je sais les mots si prompts à venir troubler mon fragile sommeil.

*

Quelle journée donc qui voit un enfant perdu, venir au monde d’une famille, neuf ans après sa naissance. Qui sommes-nous pour t’accueillir, toi qui si petit fut déjà dans une indicible révolte.
Abandonné sur cette route, tu ne savais rien de ce qui adviendrait. Ce fut un si long chemin que de t’accueillir et t’entendre dire «Maman» et «Papa».
.
Je me souviens de ce temps où les mots s’absentaient de ton univers. Nous avions du, par la force des choses, t’interdire le premier. Alors tu te taisais, tu ne disais rien, tu serrais tes petits poings très fort, tu crispais tes petits pieds, et tu dormais, ultime refuge pour le déserteur que tu étais. Plus tard, bien avant qu’une phrase ne soit prononcée, tu te mis à dessiner et peindre et ta peinture rayonnait de mille couleurs dont tu tapissais nos murs.
.
Je me souviens et ne me souviens pas.  Je me souviens de ta résistance à poser ta tête sur mon épaule. Je me souviens du jour où tu découvris ce plaisir là, si fugace, si tendre.
Je me souviens que, de ce jour, tu te mis à nous regarder au lieu de plonger dans ton sommeil refuge. Quelque chose avait changé qu’il était impossible de dire, puisque nul ne nous croyait.

*

Me voilà si démuni, à l’heure étoilée, si seul devant ma page.
Peu à peu je dévoile un état chronique bien pire que celui contenu entre les mots.
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Que vaut une vie qui ne ferait rien pour ses semblables ?
Oserais-je même me regarder dans la glace si ta tête ne s’était jamais déposée ?
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Je fus pourtant de ces pères absent. Je dois avouer avoir fuis, pour ne plus souffrir.
Vous qui désormais m’ignorez, enfants d’un lit perdu, j’entendais vos cris et vos rires chaque nuit, et vos pas dans ma chambre qui venaient me tirer d’un sommeil trop fragile.
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Je fus d’intense compagnie, en ces temps qu’il s’agissait de changer, une rose et un drapeau à la main, sur des places de Bastille depuis longtemps défaites.
Je fus d’intense compagnie lorsque virulent je prenais la défense du pauvre et de l’orphelin, à grandes diatribes sur la place publique.
Lorsque je fus à mon tour, pauvre et délaissé, plus personne ne vint frapper à ma porte.
Les amis de la veille détournaient leur regard. Et la nuit s’arrêtait sur vos pas de fantômes, mes enfants perdus.
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Je fus de cette espèce brisée, bien avant que quiconque ne dénonce la déchéance harcelante.
Je suis toujours de cette espèce là, si lentement reconstruite sur les ruines fumantes d’un monde rêvé. Je suis et ne suis plus. Je n’attends rien. Je tente une ultime pirouette avant le dernier tour de piste.
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2 mai 2014

© Xavier Lainé, mai 2014, tous droits réservés

jeudi 29 mai 2014

Etat chronique de poésie 2213



2213

Alors tu vois, je ne sais pas, je ne sais plus.
Faut-il rester sur le terrain vague des idées, ou plonger corps et bien dans les souvenirs et la douleur. Je lis ce que d’autres vivent, qui se trouve si proche et si loin de mes mésaventures. Et sans doute faut-il puiser en cet humus pour demeurer vrai.
Ce que j’ai brisé, rendu aveugle par des passions sans importance, cette plaie qui ne se refermera que sur mon dernier souffle puisque rien ne pourra jamais réparer ce qu’une vie en débandade a pu offrir de bosses et de calvaires, je ne sais comment le dire.
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A l’heure douce d’un jour de révolte manquée, le ciel porte quelques nuées. Les doux rayons de saison tendre affleurent au front de mon compagnon marronnier. Il contemple, lui, imperturbable, le cheminement de mes mots, jetés comme bouteille à la mer que nul œil ne viendra ressusciter.
J’ai tant perdu de temps à ne point me connaître, tant commis d’erreur à vivre selon des idées arrêtées, qu’il ne saurait y avoir aucun regret pour me sauver.
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Il me faut les mots des autres, comme béquilles à mes propres rêves.
Il me faut le chant des autres, comme pansement sur ma voix un temps perdue.
Il me faut toute la poésie pour n’en cerner que maigres bribes, aux aurores où se perd ma mémoire. Je voudrais pourtant ne m’arrêter que sur la beauté, mais toujours elle se dérobe à mes doigts, et je reste pantois de ne savoir par où commencer.
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Dès lors le plus souvent je me cache. On m’affuble du mot poète et cela me sied.
Ce masque posé par d’autres me permet de ne rien dire de vrai, de me réfugier derrière les circonvolutions métaphoriques pour, au final, ne rien dire de mes ruptures.
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Alors…
Je lis, lentement, et me laisse emporter par la beauté et l'émotion...
Tu me réponds d’une rive où je ne suis pas. Car j’ai déserté la compagnie des hommes, en fait. Trop blessé pour les côtoyer d’avantage. Trop meurtri pour croire encore qu’il soit une rédemption possible par la ligne de nos pensées.
Peu à peu, le doute est devenu mon meilleur compagnon de voyage. J’ai perdu la foi en quoi que ce soit qui nous dessine un avenir. Je ne sais plus qu’être là où il me faut être, chaque jour, devant vos douleurs innommables.
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Tu me dis ce mot.
Je ne me sais pas poète. J'écrivais justement à l'instant qu'il me fallait tes mots pour voir mes propres blessures que le mot poète cache bien mal.
Je lis, lentement, comme pour mieux entendre cette musique d'amour que nous partageons, sans doute, et qui nous fait errant sur cette terre dévastée.
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Sans doute me faut-il assumer cette errance immobile, mes yeux rivés sur des nuées de passage.
Si je connais plaisir de vivre, les baumes offerts se révèlent éphémères.
Je me réfugie dans la double vie d’écrire et de vivre, et la cloison se fait de plus en plus étanche entre ce que les pages disent et ce qui est de ce réel où je ne fais que surfer dans l’attente de quelque chose qui ne vient que rarement et qui serait peut-être, à nouveau, dans le registre de la passion.
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1er mai 2014

© Xavier Lainé, mai 2014, tous droits réservés

mercredi 28 mai 2014

Etat chronique de poésie 2212



2212

J’t’ai attendue, j’te jure, j’t’ai attendue.
Mais t’es pas v’nue, alors j’suis reparti.
J’ai mis mon attente dans ma poche
Avec un gros mouchoir dessus
Pour faire taire mes désirs déçus
Mes rêves sans avenir
.
Mes rêves sont l’avenir
Ils demeurent dans cette posture
Depuis si longtemps
Que j’en fais mon affaire
Mes rêves sont bien plus beaux
Que toutes vos grossières salades

*

Mais je ne parlerai pas de vous
Car à parler de vous
Je ne ferai que souligner
Ce que je n’ai rien su faire
En une vie écoulée
.
L’aube était chargée de nuages noirs
Un vent délicat en efface les restes
Mais je n’ai rien vu
Trop absorbé dans mes vaines attentes

*

Qu’elles sont dures
Les larmes du soir
Et la tristesse enfermée
En petites valises rouges
.
Elles frappent à la porte du crépuscule
Laissent tomber leur lot de malaise
La lassitude de vivre
Lorsque tout se délite
Usé jusqu’à la corde
Sur la crête escarpée
De nos égoïsmes bavards
.
Qu’elles sont dures
Les larmes du soir
Lorsque plus un lieu
Ne sait être port d’attache
A l’âme déchirée
Sur le couteau de vivre
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30 avril 2014

© Xavier Lainé, mai 2014, tous droits réservés