mardi 25 novembre 2014

Etat chronique de poésie 2335





2335

Tu regardes tout autour : il n'y a plus rien ! Rien que silence quand il faudrait hurler ; rien que maigre vie sans relief quand il la faudrait râpeuse, aigüe, acérée.
Tu regardes tout autour : il n'y a plus rien ! Rien qu'un ordre tragique et des rues froides et nues d'être si propres, nettoyées de tout ces reliefs que le monde chie.
Tu regardes tout autour : il n'y a plus rien ! Rien que regards creux ne quittant jamais l'épuisante certitude de ne plus vivre pour rien.
Tu regardes tout autour : il n'y a plus rien ! Rien qu'épuisante course après le vide ; rien que petits costumes bien mis pour cacher l'horreur des corps meurtris.
Tu regardes tout autour : il n'y a plus rien ! Regards fuyants et têtes baissées, têtes baisées d'avoir cru en un confort sans avenir.
Tu regardes tout autour : il n'y a plus rien ! Rien que lambeaux de nos rêves d'hier, dits et redits en discours d'anciens combattants ; rien que cortège funèbre pour nos utopies défuntes.
Tu regardes tout autour : il n'y a plus rien ! Rien que paysage dévasté sous les montagnes d'immondices, poubelles éventrées d'une histoire trafiquée.
Tu regardes tout autour : il n'y a plus rien ! Rien qu'amours ébauchées mais jamais abouties, vains désirs éclatants au soleil des non dits.
Tu regardes tout autour : il n'y a plus rien ! Rien qu'enfants sans avenir, rendus muets à se tenir droits contre la volonté de leurs passions.
Tu regardes tout autour : il n'y a plus rien ! Rien qu'encensoirs pour pleurer la mort d'un cynique, large fortune amoncelée en des îles discrètes.
Tu regardes tout autour : il n'y a plus rien ! Rien que ta plume qui vomit sur le cadavre encore fumant d'un monde qui n'a plus rien à dire, plus de rêves à bercer, plus que poésie insipide à marmonner dans les salons télévisés de la honte répandue.
Tu regardes tout autour : il n'y a plus rien ! Rien que ton poing serré, dressé, ta plume écrivant rouge sur le fond glauque d'une vie dépossédée.
Tu regardes tout autour : il n'y a plus rien ! Rien d'autre à suivre que longue cohorte d'exilés renvoyés de barbelés en miradors, sous les yeux impassibles de vos appétits rassasiés.

*

Y aurait-il ici
Quelque langue de révolte
Quelque soupçon de pavés
A balancer sans vergogne
A la face ahurie
De ce monde blafard
.
Petites jupes bourgeoise
Culs serrés sur le mensonge
Vous allez de vos pas chaloupés
Pieds perchés sur échasses en vogue
L'esprit creux
En forme d'écran plat
.
De votre petit sac
Vous tirez le rimmel rouge sang
Sans un regard sur le monde sanglant
.


21 octobre 2014

© Xavier Lainé, novembre 2014, tous droits réservés

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