jeudi 29 mai 2014

Etat chronique de poésie 2213



2213

Alors tu vois, je ne sais pas, je ne sais plus.
Faut-il rester sur le terrain vague des idées, ou plonger corps et bien dans les souvenirs et la douleur. Je lis ce que d’autres vivent, qui se trouve si proche et si loin de mes mésaventures. Et sans doute faut-il puiser en cet humus pour demeurer vrai.
Ce que j’ai brisé, rendu aveugle par des passions sans importance, cette plaie qui ne se refermera que sur mon dernier souffle puisque rien ne pourra jamais réparer ce qu’une vie en débandade a pu offrir de bosses et de calvaires, je ne sais comment le dire.
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A l’heure douce d’un jour de révolte manquée, le ciel porte quelques nuées. Les doux rayons de saison tendre affleurent au front de mon compagnon marronnier. Il contemple, lui, imperturbable, le cheminement de mes mots, jetés comme bouteille à la mer que nul œil ne viendra ressusciter.
J’ai tant perdu de temps à ne point me connaître, tant commis d’erreur à vivre selon des idées arrêtées, qu’il ne saurait y avoir aucun regret pour me sauver.
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Il me faut les mots des autres, comme béquilles à mes propres rêves.
Il me faut le chant des autres, comme pansement sur ma voix un temps perdue.
Il me faut toute la poésie pour n’en cerner que maigres bribes, aux aurores où se perd ma mémoire. Je voudrais pourtant ne m’arrêter que sur la beauté, mais toujours elle se dérobe à mes doigts, et je reste pantois de ne savoir par où commencer.
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Dès lors le plus souvent je me cache. On m’affuble du mot poète et cela me sied.
Ce masque posé par d’autres me permet de ne rien dire de vrai, de me réfugier derrière les circonvolutions métaphoriques pour, au final, ne rien dire de mes ruptures.
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Alors…
Je lis, lentement, et me laisse emporter par la beauté et l'émotion...
Tu me réponds d’une rive où je ne suis pas. Car j’ai déserté la compagnie des hommes, en fait. Trop blessé pour les côtoyer d’avantage. Trop meurtri pour croire encore qu’il soit une rédemption possible par la ligne de nos pensées.
Peu à peu, le doute est devenu mon meilleur compagnon de voyage. J’ai perdu la foi en quoi que ce soit qui nous dessine un avenir. Je ne sais plus qu’être là où il me faut être, chaque jour, devant vos douleurs innommables.
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Tu me dis ce mot.
Je ne me sais pas poète. J'écrivais justement à l'instant qu'il me fallait tes mots pour voir mes propres blessures que le mot poète cache bien mal.
Je lis, lentement, comme pour mieux entendre cette musique d'amour que nous partageons, sans doute, et qui nous fait errant sur cette terre dévastée.
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Sans doute me faut-il assumer cette errance immobile, mes yeux rivés sur des nuées de passage.
Si je connais plaisir de vivre, les baumes offerts se révèlent éphémères.
Je me réfugie dans la double vie d’écrire et de vivre, et la cloison se fait de plus en plus étanche entre ce que les pages disent et ce qui est de ce réel où je ne fais que surfer dans l’attente de quelque chose qui ne vient que rarement et qui serait peut-être, à nouveau, dans le registre de la passion.
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1er mai 2014

© Xavier Lainé, mai 2014, tous droits réservés

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